Blogue de Lili Boisvert

Quel âge a cette femme?

Samedi 1 février 2014 à 8 h 46 | | Pour me joindre

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Julie Borawska

Image:Zuza Krajewska

Faisons un petit test, si vous le voulez bien. Jouons à deviner quel âge ont les mannequins sur ces photos, au moment où elles ont été prises :

  • L’Américaine Dakota Fanning, une bouteille de parfum accotée contre son sexe pour Marc Jacobs?

Photo: Jacobs

 

La réponse : 17 ans

  • Maintenant, la Brésilienne Thairine Garcia, les mamelons visibles sous sa petite robe jaune transparente?
Thairine Garcia

Photo:Bazaar

La réponse : 14 ans

  • Quel âge a Lottie Moss (oui, c’est la sœur de Kate Moss) en mini-jupe, perchée sur des talons hauts plateformes?

Photo:Andrea Carter Bowman

La réponse : 13 ans

 

  • La Québécoise Ryan, au décolleté plongeant et au regard sensuel?

Photo:Elle Québec/Leda & St.Jacques

La réponse : 16 ans

    • Ondria Hardin, dans une publicité pour Prada, se caressant les jambes sur une musique suave?

 

La réponse : 13 ans

Ah oui, et celle en haut de ce billet? C’est Julie Borawska, 15 ans.

Ce test, c’était pour vous poser la question suivante : sait-on vraiment faire la différence entre une femme et une fille dans une image publicitaire, ou les cartes sont-elles juste trop brouillées?

Cette semaine, mon collègue Jean-François Bélanger a fait un reportage sur des aspirantes-mannequins en Russie, des filles souvent âgées de 13 à 17 ans, qui doivent se présenter aux auditions en sous-vêtements et en talons hauts. (Cette réalité n’est pas spécifique à la Russie. C’est ainsi que se déroulent les auditions de mannequins ici aussi.)

Plusieurs d’entre elles seront appelées à poser pour des campagnes publicitaires dans des pays étrangers où elle seront sexualisées et où on les fera passer pour plus vieille que l’âge qu’elles ont réellement, comme dans les images ci-dessus.

Pour des mannequins comme l’Ontarienne Coco Rocha ou la Québécoise Rachel Blais, qui dénoncent les mauvaises pratiques de l’industrie de la mode, cette façon de « déguiser en adultes » de jeunes filles est fort douteuse. « Ça encourage pratiquement la pédophilie », a déjà dit Rachel Blais.

Des lolitas pour les femmes

Il est difficile de savoir quel âge ont les mannequins dans les images que l’on voit. Toutefois, selon The Model Alliance, un organisme qui défend les droits des mannequins aux États-Unis, la majorité d’entre elles (54 %) commencent leur carrière entre 13 et 16 ans et 37 % commencent à travailler entre 17 et 20 ans. Selon l’organisme, beaucoup de ces filles subissent de la pression pour se dénuder lors des séances photos.

Et vous savez ce qui est le plus étrange dans tout cela? C’est que l’on sexualise ces filles pour attirer le regard de femmes adultes. Les photos que je vous montre ici ont été publiées à l’occasion de campagnes publicitaires s’adressant aux femmes adultes qui ont une carrière et un véritable pouvoir d’achat. L’idée n’est pas d’attirer le regard des hommes.

Mais pourquoi diable exploitons-nous le corps de filles mineures en les érotisant pour un public féminin? Si l’on postule que la majorité des femmes sont hétérosexuelles, cela semble bien étrange.

Selon toute vraisemblance, on veut que les consommatrices se projettent dans cette image de femme sexy, à la beauté intemporelle. Sauf que, bien sûr, on oublie de dire qu’outre l’usage de Photoshop et les heures de préparations derrière chaque photo, la femme dans l’image… est en fait une fille.