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La téléréalité «16 ans et enceinte» est-elle un bon contraceptif?

Mercredi 15 janvier 2014 à 9 h 58 | | Pour me joindre

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Une adolescente enceinte.

Les émissions de téléréalité qui exposent le quotidien d’adolescentes enceintes pourraient avoir un effet dissuasif sur les jeunes qui voudraient avoir des relations sexuelles non protégées et ainsi contribuer à réduire les grossesses précoces. Ou pas.

Deux études un peu contradictoires viennent d’être publiées à propos des séries 16 ans et enceinte et Teen mom.

Au Québec, on peut actuellement écouter la saison 4 de 16 ans et enceinte sur les ondes de Musique Plus.

Selon des chercheurs de l’Université du Maryland, ces émissions sont très populaires chez les adolescents. Aux États-Unis, 71 % des ados ont déjà regardé ces téléréalités controversées, qui comptent de nombreux détracteurs. Ceux-ci soutiennent que ces séries glorifient les grossesses précoces.

Or, si l’on se fie aux chercheurs de l’Université du Maryland, ces émissions serviraient plutôt d’exemple à ne pas suivre pour les ados.

Depuis la mise en ondes des premières saisons, le taux de grossesses précoces a chuté de 15 % aux États-Unis, et ces téléréalités seraient responsables de la moitié de ce déclin (l’autre moitié s’explique entre autres par la récession économique qui a aussi un effet dissuasif sur les grossesses).

De plus, les chercheurs soulignent que lorsque les épisodes de 16 ans et enceinte sont en ondes, on observe une forte hausse des recherches sur Internet à propos des méthodes de contraception.

Cet effet est attribué au fait que les émissions montrent plusieurs aspects négatifs des grossesses précoces. On y voit les jeunes filles délaissées par des petits amis absents, on les voit en conflit avec leurs parents, aux prises avec des difficultés financières ou des complications médicales… Rien de bien réjouissant.

Imaginez que vous vivez dans une prison. C’est comme ça [la maternité], c’est comme une prison.
- Janelle, participante à l’émission 16 ans et enceinte, en 2010

Image tirée de l’émission 16 ans et enceinte, diffusée à Musique Plus.

Mais avant d’aller asseoir vos enfants devant Musique Plus, il vous faut aussi prendre connaissance des résultats de l’étude de l’université Indiana Bloomington et l’Université de l’Utah sur ces émissions.

Selon cette deuxième étude, les fans de 16 ans et enceinte ont tendance à idéaliser la vie des filles-mères. Le jeune public croit que les adolescentes qui tombent enceintes ont une belle qualité de vie, que leurs conjoints sont des pères impliqués et qu’elles terminent leurs études, alors que cela est souvent loin de la réalité contredit dans une large proportion la réalité.

Les adolescents pourraient ainsi être portés à minimiser les conséquences des grossesses précoces et à être moins vigilants lorsqu’ils ont des relations sexuelles

De fille-mère à superstar

Les résultats de ces deux études semblent donc s’annuler. Mais pas forcément.

Si on y regarde de plus près, on note que la première étude s’intéresse principalement aux premières saisons diffusées en 2009 et 2010, à l’époque où les participantes étaient d’illustres inconnues. Or, depuis leur passage au petit écran, plusieurs sont devenues des célébrités. Elles ont touché un cachet important en participant à l’émission, elles ont eu des chirurgies plastiques et elles font régulièrement les manchettes des journaux à potins. Autrement dit, leur vie ressemble aujourd’hui beaucoup à celles d’autres starlettes américaines.

Ainsi, si écouter une émission comme 16 ans et enceinte peut avoir un effet dissuasif sur les adolescents, dans un premier temps, le fait que les participantes deviennent ensuite des célébrités peut donner l’impression au public que la vie d’une mère adolescente est glamour et amusante.

Cette hypothèse pourrait expliquer, en partie à tout le moins, pourquoi les deux recherches parviennent à des résultats opposés.

On estime que les participantes à l’émission 16 ans et enceinte ont touché en moyenne un cachet de 60 000 $. En revanche, les filles-mères aux États-Unis gagnent en moyenne 6 500 $ par an au cours des 15 premières années de leur parentalité.