Blogue de Elizabeth Ryan

En route vers le parc Jean-Drapeau

samedi 18 juin 2011 à 6 h 00 | | Pour nous joindre

L’île Sainte-Hélène et sa petite sœur l’île Notre-Dame sont parmi les secrets les mieux gardés de Montréal. Pas tout à fait à Montréal, j’en conviens, mais elles sont nées de sa chair après tout. L’île Notre-Dame a été façonnée de toutes pièces avec des déblais évacués du sol de Montréal lors de la construction du métro en 1967. Ces mêmes déblais ont permis d’agrandir l’île Sainte-Hélène juste à temps pour y tenir l’Exposition universelle la même année.

La dernière fois que j’ai foulé le sol de cet archipel luxuriant, j’avais 16 ans, et le site portait encore le nom de parc des Îles. Il y avait La Ronde, les feux d’artifice, la biosphère (à quoi ça sert, cette boule, déjà?) et le Grand Prix trois jours par année. Mais au fait, y a-t-il autre chose à voir au parc Jean-Drapeau?

C’est en empruntant la piste cyclable du pont Jacques-Cartier à bord d’un super BIXI (il y a trois stations sur le site pour vous départir de votre engin) que je m’y suis rendu par une fin d’après-midi lumineuse. Juste à temps pour ne rien manquer du coucher de soleil.

Crédit : Elizabeth Ryan

Quand les roues de mon vélo ont dévalé la pente à la sortie du pont, j’ai ressenti l’émerveillement de jadis, sur le chemin de La Ronde. Comme avant, j’ai été frappée par l’appel ensorcelant des manèges et des sensations fortes.

Mais pas question de débourser un sou ce soir-là, histoire de découvrir si le jeu de « Montréal est gratuit » en vaut vraiment la chandelle!

Avec moi, un couple d’amis plutôt sceptiques : « Le parc Jean-Drapeau, c’est le vestige un peu encombrant d’un Montréal glorieux qui n’existe plus », a clamé mon amie Cassandre dans les premières secondes de notre expédition.

Crédit : Elizabeth Ryan

Il y en a pour tous les goûts

Si l’on s’en tient à ce qui est gratuit, les randonneurs chevronnés seront enchantés par la myriade de sentiers en pleine nature que l’on trouve au parc Jean-Drapeau. Les touristes, eux, seront ravis par le circuit d’œuvres d’art public à ciel ouvert, mais peut-être un peu déçus par les bâtiments défraîchis de l’Exposition universelle de 1967.

Crédit : Elizabeth Ryan

Les sportifs aussi y trouveront leur compte. Les cyclistes extrêmes sont invités à jouer les héros sur le circuit Gilles-Villeneuve de l’île Notre-Dame. Les friands de sports nautiques, pour leur part, seront charmés par le superbe Pavillon des Baigneurs, un complexe aquatique dernier cri, exceptionnellement gratuit en ce samedi le 18 juin!

Crédit : Elizabeth Ryan

Pour les autres, les paresseux, les flâneurs ou les amoureux, pourquoi ne pas y apporter votre pique-nique et poser vos fesses sur le plancher mousseux d’herbes folles, face à la ville et au soleil qui se couche sur le fleuve et les gratte-ciel?

Crédit : Elizabeth Ryan

« Montréal n’est pas une ville assez tournée vers le fleuve, pourtant grandiose. On dirait que tout converge toujours vers le mont Royal. C’est dommage », s’est désolé mon ami Guillaume, qui, il faut le reconnaître, avait un peu raison.

Mais au parc Jean-Drapeau, il y a moyen de se réconcilier avec le fleuve en s’aventurant dans le petit talus de grosses pierres, tout au bord de l’eau, pour le contempler dans toute sa splendeur. J’y ai même surpris de jeunes amoureux en plein baiser romantique. Ah! L’amour quand on a 17 ans… Nul doute, vous y serez à l’abri des regards. Les plus téméraires oseront même se tremper les pieds.

Crédit : Elizabeth Ryan

L’apothéose

C’est sur le chemin du retour que la soirée nous a réservé son véritable clou : un immense bouquet de liberté sur le pont de la Concorde, vers le centre-ville. Le pont quasi désert ce soir-là appartenait véritablement à la poignée de cyclistes et de marcheurs qui, comme nous, avaient eu l’idée géniale de passer par là pour rentrer à Montréal.

Crédit : Elizabeth Ryan

Le vent tiède des soirs d’été fouettait doucement notre visage et notre vue était sublimée par Montréal tout en lumières.

Crédit : Elizabeth Ryan

Un rare moment d’éblouissement que nous avons partagé, mes amis et moi, et dont nous parlerons longtemps encore.

Montréal comme je ne l’avais jamais vue. Montréal qui soudainement n’avait plus les allures d’une ville en déclin, et sans vision, mais d’une grande ville nord-américaine puissante et fière, le temps d’une dernière photo.

Crédit : Elizabeth Ryan