Blogue de Véronick Raymond

Entrez, vous êtes libres de visiter!

samedi 11 juin 2011 à 6 h 00 | | Pour nous joindre

Petit dimanche matin ensoleillé. Je consulte le système interagences (www.sia.ca), où les propriétés à vendre d’un bout à l’autre du pays sont inventoriées. J’en cible rapidement plusieurs dizaines qui correspondent aux critères de ma fiction du jour : travailleuse autonome, vivant seule, cherchant une propriété de deux ou trois chambres, ayant idéalement une cour, la climatisation et un garage.

Oh, et mon personnage a du budget, hein, un maximum de 350 000 $! Je demande au système de ne retenir que les propriétés ouvertes à tous aujourd’hui et je copie-colle mes choix dans mon téléphone intelligent. J’enfile mes plus beaux bijoux et une camisole griffée. Maquillée et pleine de détermination, je pars à la conquête du foyer de rêve… Bienvenue dans l’univers des adeptes des visites libres (AVL, acronyme de mon cru)!

Crédit : Véronick Raymond

En une heure, je visite cinq condos et me prends à rêver d’acheter ce dernier : trois chambres, climatisé, cour, terrasse, garage et aspirateur central… Je calcule même l’hypothèque! Alors que je me cogne le nez sur la porte close d’une autre adresse, la visite libre s’étant exceptionnellement terminée plus tôt, un monsieur derrière moi dit : « C’est pas grave, y’en a sûrement d’autres! »

De toute évidence, j’étais en présence d’un AVL en pleine action et il ne se laisserait pas ainsi arrêter. Je me suis dit qu’il fallait que j’interroge un de ces spécialistes pour bien saisir ce monde clandestin. Et j’ai trouvé Diane, AVL de deuxième génération depuis plus de 40 ans et qui a accepté de communiquer ses secrets…

Crédit : Véronick Raymond

Crédit : Véronick Raymond

L’univers d’une vraie AVL

Au fond d’un café au centre-ville, Diane me laisse entrer dans sa vie parallèle. Clarifions d’abord une chose, elle a une règle éthique de base : comme elle visite pour se divertir, elle ne prend pas rendez-vous et s’en tient aux visites libres (sinon, on risque de se retrouver dans la mythique liste noire de faux clients des agents d’immeubles!).

Pour le reste, chacun a son style, mais il faut un scénario précis et on doit soigner ce qu’on dégage. « On ne fait pas une visite libre avec un trou dans ses bas », me précise-t-elle (c’est vrai, on doit parfois enlever ses chaussures, il faut penser à tout!).

Ses souvenirs sont impressionnants. Elle se rappelle si clairement sa première visite libre à l’âge de 9 ans, qu’elle peut encore décrire le papier peint, le jardin fleuri, l’odeur de tranches de pain grillées et la boisson offerte par la maîtresse de maison, une Européenne.

Crédit : Véronick Raymond

Dans sa tête d’enfant, elle vivait maintenant en France et avait installé virtuellement ses petits meubles, dans « sa » chambre. Elle ne savait pas encore que ses parents visitaient des chalets seulement pour rêver…

À 15 ans, avec une complice, elle se met à faire des visites libres en cachette, à l’insu de ses parents! Déjà, elle élabore son scénario et porte grande attention aux détails : il faut avoir une histoire crédible, être maquillée et habillée avec goût, bien parler et… faire quelques commentaires négatifs du genre « ah, il est un peu petit le garde-robe », me dit-elle.

Pendant des dizaines d’années, elle profite régulièrement des visites libres, y entraînant ses proches! Et puis, ce qui devait arriver arriva : un jour, elle entre dans une propriété sur le bord de l’eau et la réalité rattrape la fiction. Elle le sent, elle doit y vivre, elle est maintenant chez elle. Contre toute attente, quelques mois plus tard, Diane — et sa fille, devenue aussi une AVL passionnée! – s’installe confortablement dans son paradis riverain, un lieu où se trouve tout ce dont elle a rêvé, de propriété en propriété!

Crédit : Véronick Raymond

Écouter Diane raconter son parcours d’AVL est fascinant. C’est voir l’imagination au service de la réalité, et de mille façons :

  • Budget trop serré pour voyager? On visite des propriétés dans des quartiers où vivent des Montréalais d’origine italienne, française, britannique, portugaise…
  • Déprimé? On opte pour des propriétés correspondant à la superficie habitable de sa résidence : souvent, ça remonte le moral, parce que « chez nous, c’est tellement mieux »! Et si l’inverse se produit, on s’inspire, on rentre et on change nos meubles de place!
  • Envie de rêver en grand? Cap sur des propriétés de grand luxe, pour une bonne dose d’excès et d’idées déco à reproduire à plus petite échelle.
  • On rêvait d’être acteur? C’est l’activité parfaite pour s’inventer un grand rôle et partager des moments complices avec un conjoint, une amie, un enfant!

Et la liste se poursuit longuement!

Alors si vous vous reconnaissez dans ce profil, lancez-vous à l’assaut des visites libres! En prime, vous apprendrez à connaître le marché et qui sait, peut-être qu’un jour vous trouverez votre paradis immobilier!

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