Blogue de Elizabeth Ryan

Se promener au cimetière

mardi 7 juin 2011 à 0 h 00 | | Pour nous joindre

Une balade au cimetière Notre-Dame-des-Neiges est une aventure qui vaut la peine d’être vécue, même si vous n’avez aucun être cher à y saluer. 

En plein cœur du mont Royal, 1 million de corps y sont plongés dans les entrailles du monde et existent parmi les pierres, les herbes hautes et les fleurs, ce qui donne à ce vaste lieu une aura de plénitude. 

Présentez-vous d’abord à l’accueil. Ensuite, carte détaillée et brochure sur les personnages célèbres du cimetière en mains, choisissez vos célébrités parmi une centaine de noms. Tracez votre chemin, sachant qu’il faut un sacré sens de l’orientation pour s’y retrouver! 

Nous démarrons la voiture. Le soleil est brûlant. Ça sent déjà les pneus qui surchauffent. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

Premier arrêt : le héros parmi les héros, l’idole d’un peuple, le glorieux Maurice Richard. Sans doute avait-il rêvé de retrouver, dans la mort, la paix de l’anonymat. Mais voilà un souhait difficile quand l’on a marqué tant de générations de Québécois. 

En moins de cinq minutes, pas moins de deux voitures s’arrêtent devant son monument funéraire pour le moins original, et sur lequel le plus talentueux des hockeyeurs nous livre son secret : « Ne jamais abandonner. » 

Un conseil que je garde précieusement dans mon cœur, M. Richard. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

C’est avec une certaine émotion que nous nous recueillons ensuite devant la pierre tombale modeste et dépouillée de La Bolduc, née Marie Travers, et morte en 1941. Ces mots éloquents et qui rappellent les coutumes d’une autre époque y sont gravés : « Madame Édouard Bolduc, cantatrice célèbre ». 

Émile Nelligan, ce jeune poète tourmenté devenu célèbre malgré lui, semble avoir enfin trouvé le repos éternel « dans le vent vespéral du vallon ». Que reste-t-il de cet homme et de sa tempête intérieure 70 ans après sa mort? De grands « mots qui touchent l’azur des mers inconnues », révèle sa pierre tombale. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

Nous reprenons la route à la recherche du roi québécois de la botanique, le frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac. Nous le trouvons finalement enterré avec tous les frères de la communauté des Écoles chrétiennes. 

Heureux soit Marie-Victorin, condamné à l’enchantement à perpétuité dans ce cimetière luxuriant, où les plus vaillants des endeuillés plantent chaque année de magnifiques fleurs au pied des pierres tombales de ceux qu’ils pleurent encore. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

Avec sa place au soleil, Pierre Laporte, tué brutalement pendant la crise d’octobre 70, nous rappelle que la violence n’est pas la mère de tous les combats. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

Qu’ont en commun Pierre Falardeau et « La famiglia Alphonso Rizzuto »? 

Réponse : leurs âmes sommeillent en paix sur le même lot du plus grand cimetière d’Amérique du Nord. 

La famille Rizzuto ne badine pas avec l’au-delà. Elle s’est payé une partie de la montagne sur laquelle elle a fait ériger une falaise artificielle pour y rassembler ses défunts à tout jamais. Un genre de mausolée de luxe comme il y en a de nombreux au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. 

La preuve que s’il est un lieu où les hommes ne sont pas égaux, c’est bien dans l’éternité. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

Non loin de là, dans ce désert de pierres tombales de bon et de très mauvais goût, des drapeaux du Québec flottent au vent sur la sépulture de Pierre Falardeau. Sur celle-ci, des mots destinés à son fils sont inscrits :  « J’ai l’impression, Jérémie, qu’on n’y arrivera jamais. » 

Quand la politique réussit à trouver son chemin parmi les morts. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

N’ayez pas peur 

Comme dans tout bon cimetière, le silence règne. Les nombreux corbeaux, réputés de mauvais augure et avides de cadavres, semblent y avoir trouvé un nid. Mais le chant sporadique des jolis oiseaux du printemps amoindrit le côté macabre de l’expérience. 

Je suis interrompue dans ma contemplation par l’arrivée inopinée d’un groupe de cyclistes qui jasent à tue-tête. Un peu de respect, les gars! Les chemins étroits du cimetière sont envahis de tous bords tous côtés par les sportifs en mal de dénivellations. 

Crédit photo : Laurence Dompierre-Major

Sur une note plus candide, les futurs parents à la recherche de prénoms originaux pour leur rejeton seront servis, car le cimetière regorge de suggestions avant-gardistes : Alma, Aldéric, Stanislas, Nestor, Cyriac, Laurentine, Gédéonne comptent assurément parmi les noms de demain. Essayez-en un, vous vous démarquerez. 

Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges est une inoubliable oasis urbaine à s’approprier les après-midi de soleil, mais gare aux mauvais esprits! Ma grand-mère me disait toujours que les morts n’aiment pas les gens qui parlent trop fort.

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