Blogue de Sébastien Auger

Retrouver son coeur d’enfant dans une ruelle

lundi 30 mai 2011 à 15 h 13 | | Pour nous joindre

« Depuis que je suis né que je joue au hockey

 Comme tous les petits gars dans mon quartier

 Je rêvais de gagner la Coupe Stanley

 Mon idole c’était Jean-Claude Tremblay »

Le nom de Jean-Claude Tremblay n’a peut-être plus la même résonance qu’à l’époque décrite par Beau Dommage dans la chanson Hockey, mais un fait demeure : les quartiers de Montréal grouillent toujours de hockeyeurs de tous âges.

Si la patinoire reste le principal endroit pour pratiquer le sport national des Canadiens pendant l’hiver, les ruelles constituent la surface de jeu privilégiée pour assouvir cette passion durant les trois autres saisons.

Une brève promenade dans les quelque 450 kilomètres de ruelles que compte la ville permet de constater l’engouement marqué pour le hockey, même en été.

Cette popularité s’explique notamment par le caractère gratuit de cette activité, à condition évidemment d’avoir un bâton à portée de main. Tous sauf exception possèdent déjà, enfoui quelque part dans un recoin sombre d’un placard, un bout de bois ayant servi à la même cause dans un passé plus ou moins lointain. Si ce n’est le cas, il est facile d’en emprunter un à un voisin.

Personnellement, je n’ai pas besoin d’aller très loin pour être témoin de ces tableaux typiques de la vie quotidienne montréalaise, qui ont d’ailleurs souvent été représentés dans la peinture. Derrière mon appartement, la même scène se répète à d’innombrables reprises chaque année. Ils sont plusieurs à se rassembler pour une joute improvisée dans la voie de desserte parallèle à la rue où j’habite. Le hockey fait partie des mœurs des enfants de mon quartier, c’est inscrit dans leur code génétique.

En fin d’après-midi après les classes, le week-end ou durant les vacances estivales, mes juvéniles voisins divisent à la volée les effectifs en deux équipes idéalement égales et le match commence aussitôt. Il s’étire régulièrement jusqu’à la pause forcée du souper pendant l’année scolaire, ou jusqu’au coucher du soleil quand il y a congé d’école le lendemain. Puisque l’action se déroule tout juste derrière leurs appartements respectifs, ils peuvent rentrer à la maison en un rien de temps, ce qui leur permet de prolonger le plaisir au maximum. 

 

Crédit photo : Sébastien Auger

Il n’y a habituellement qu’une fille parmi la bande de garçons. Dans l’espoir d’être enfin invitée à jouer avec les plus vieux, la petite sœur de l’un des gamins propose gentiment aux autres d’aller chercher la balle avec sa trottinette lorsqu’elle sort des limites imaginaires du terrain.

Comme il n’y a pas d’âge limite pour s’adonner à ce loisir, des adolescents et des adultes se joignent à l’occasion au groupe. Ils se replongent alors avec nostalgie dans l’époque où ils avaient 10 ans et où ils se prenaient pour leurs idoles du Canadien. Avec cette innocence retrouvée, ils ressemblent aux Colocs dans le vidéoclip de la chanson Passe-moé la puck, patins à roues alignées en moins.

Pendant mes séances d’observation, perché sur mon balcon, je me suis vite rendu à l’évidence que Sidney Crosby a détrôné dans le cœur des jeunes son mentor Mario Lemieux, que j’ai incarné maintes et maintes fois durant ma tendre enfance. Certains mordus vont même jusqu’à recréer à leur façon les feintes typiques de Crosby et des autres hockeyeurs d’élite de la Ligue nationale qu’ils ont observées à la télévision et sur Internet. Mais pour la majorité des participants, s’amuser importe davantage.

Probablement plus par gêne que par manque d’envie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de quitter mon rôle de spectateur pour celui d’acteur. Dès qu’ils ont reconnu mon visage familier, les jeunes m’ont accueilli à bras ouverts. J’ai tout de suite regretté de ne pas m’être imposé plus tôt.

J’ai à mon tour éprouvé un sentiment de déjà-vu, à la différence qu’une ruelle avait remplacé la rue de campagne où j’ai grandi. Comme durant ma jeunesse, je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer « Voiture! » à la vue d’une automobile et de crier « Engagement! » quand l’action pouvait reprendre en toute sécurité, à la manière des personnages de Wayne et de Garth dans une scène d’anthologie du film Wayne’s world.

Je vous invite à faire de même près de chez vous. Que ce soit en vous immisçant parmi les jeunes du quartier ou en organisant un match pour pimenter un repas entre amis, vous retrouverez vous aussi votre âme d’enfant. Il en resurgira d’intarissables souvenirs. 

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