En fait, la loi cherche aussi à permettre la création de distillateurs artisanaux et d’une coopérative qui achèterait des déchets de raisins de producteurs de vin. La loi vise également à ce que leurs produits aient accès au même réseau de vente que le vin.
« Cette loi nous permettrait d’avoir une plus belle portée, que nos produits deviennent plus accessibles. Les gens se plaignent de ne pas les trouver à la SAQ ou que le vignoble se trouve trop loin de leur demeure », croit Alexandre Jalbert, directeur ventes, marketing et communications au Vignoble Rivière du Chêne, qui est situé à Saint-Eustache, en banlieue montréalaise.
Je trouve les vignerons québécois courageux, voire complètement fous, pour produire du vin dans de telles conditions climatiques. Cette année, je crois que beaucoup d’entre eux n’ont pas beaucoup dormi, étant donné les épisodes de gel que nous avons connus au début du printemps. Déjà que ce métier n’est pas facile dans les pays de l’Ancien Monde, alors imaginez au Québec!
Quant au projet de loi 395, je crois qu’on fait fausse route et qu’on veut commercialiser trop rapidement un produit qui n’est pas assez mature. Le gouvernement devrait plutôt aider les vignerons à améliorer leurs vignobles, à choisir des cépages plus fins au palais et leur offrir une expertise sur les cépages vitis viniféra (chardonnay, pinot noir). Oui, il y en a au Québec, mais la qualité des vins produits n’est pas toujours là. Il faudrait qu’Agriculture Québec intervienne un peu en amont, dans les champs. Ai-je raison? Non, selon Alexandre Jalbert : « Oui, la recherche (dans les champs et dans les chais) doit se faire parallèlement. Au Québec, l’industrie est tellement jeune que les vignerons doivent vendre leurs vins pour réinvestir dans la production. Pour les vignerons qui produisent à petite échelle et qui ne vendent qu’au vignoble, vendre dans les épiceries de leur région est une opportunité de développement. »
Yvan Quirion, du Domaine Saint-Jacques en Montérégie et vice-président de l’Association des vignerons du Québec, est insatisfait de ce projet de loi. « On négocie avec le gouvernement pour avoir un programme global de développement du vin au Québec depuis six ans. L’Union européenne subventionne très grassement les producteurs de vin. On demande au gouvernement de faire la même chose. Cette offensive m’a déçu. Oui, elle est intéressante, mais l’Association des vignerons du Québec préfère se développer dans le réseau de la SAQ en premier lieu pour la notoriété », dit-il.
Et qu’en est-il du prix des vins québécois qui sont souvent jugés trop chers? « Nos vins ne sont pas chers, rétorque Yvan Quirion. Ce sont des vins de terroir à l’échelle humaine. Sur une même patinoire, d’égal à égal, nous sommes hyper compétitifs. Un vin chilien ou australien qui est produit sur un vignoble de 100 hectares, mécanisé et rempli de pesticides, ce n’est pas la même chose. »
Yvan Quirion ajoute à propos de la loi : « On peinture des bandes, on met de la publicité sur la glace, mais on n’a pas de patins pour jouer au hockey. C’est de l’opportunisme politique, sans vision économique. Dans ce dossier, la SAQ est notre partenaire. Il faut que quelqu’un dans le gouvernement ait une vision à long terme, comme ça s’est fait dans toutes les autres provinces canadiennes. »
En somme, le dossier est loin d’être clos…
Comment le vin québécois se défend-il à la dégustation? À mon humble avis, les blancs et les rosés se défendent pas mal, les rouges se sont améliorés depuis quelques années, mais les vins de glace m’ont récemment déçu. Alors que les cidres de glace québécois sont en général de qualité impeccable, ce n’est pas le cas pour les vins de glace. Les acidités sont souvent trop basses et il n’y a pas de réelle complexité. Bref, il reste bien du travail à faire avec ce produit prometteur.
Quelques vins québécoisVignoble Les Artisans du Terroir Prémices d’Automne 2002
11,95 $
En vente au domaine
Les cépages cayuga et saint-pépin forment un vin très acide, marqué par les fruits blancs dans le genre de la poire et de l’abricot. Très bon.
Vignoble la Bauge Le Solyter 2011
Composé de seyval blanc, Le Solyter dégage des saveurs de citron et de fruits blancs confits. La finale est minérale, avec un rappel sur le citron.
Vignoble de Sainte-Petronille Réserve du bout de l’île 2011
Code SAQ : 11440394
19,25 $
Minéral, ce vin de vandal-cliche de l’île d’Orléans frappe le palais en premier lieu. En deuxième lieu, on a droit à des arômes de zeste de lime et de pierre. Un très beau vin, mais attendez quelques années pour que ses airs de jeunesse s’effacent.
Domaine des Côtes d’Ardoise riesling 2011
En vente au vignoble et au Marché des saveurs du Québec.
Ce vin est issu de riesling, un cépage vitis vinifera de « la famille de la vigne européenne », selon L’atlas mondial du vin de Hugh Johnson et de Jancis Robinson. Le vignoble québécois compte beaucoup de cépages hybrides, « greffés sur des cépages vinifera européens, afin de permettre notamment une bonne maturation dans les régions où la saison de croissance est brève », selon le même atlas. Et au verre, qu’est-ce que ça donne? Des arômes de paille, d’écorce d’orange, très acide et minéral. Particulier. Il faut aimer le genre.
Vignoble de l’Orpailleur Cuvée prestige Natashquan 2009
En vente sur le site du producteur et au vignoble
Cette cuvée, composée à 100 % de seyval blanc, développe des arômes de craie, de fumée, de citron et d’orange amère. Très bien fait.
Givrée d’Ardoise Domaine des Côtes d’Ardoise vin de glace 2007
Code SAQ : 00719971
62,50 $
Un vin de glace bien équilibré, malgré la charge sucrée. L’abricot, le miel et le sirop de maïs complètent sa palette aromatique.
Château Patache D’Aux 2009
Code SAQ : 11338226
22 $
Depuis 1964, la famille Lapalu détient des vignobles à Bordeaux en AOP Médoc, Haut Médoc et Bordeaux blanc. Cette petite entreprise totalise aujourd’hui cinq vignobles (Patache d’Aux, Leboscq, Liversan, Lacombe Noaillac et Lieujean), dont les raisins sont transformés sur quatre sites de production : Patache d’Aux (où est vinifié Leboscq), Liversan, Lacombe Noaillac et Lieujean. De couleur rubis foncée évoluée, ce vin sent le poivron rouge, les fruits transformés et un fond animal. Dans le verre, on a affaire à des arômes de fumée, de fruits noirs, de cassis et de tabac. La finale est longue et elle se termine sur le cassis, la fumée et des tannins en grand nombre. Un Bordeaux droit, structuré et classique. Bravo!




















