Blogue de Ronald Georges

Le vin dans la littérature

Vendredi 16 novembre 2012 à 15 h 04 | | Pour me joindre

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© iStockphoto/Arne Thaysen

C’est le Salon du livre de Montréal et l’occasion est belle pour discuter non pas des nombreux guides du vin qui paraissent ces jours-ci, mais plutôt de la présence du vin dans la littérature. Voici quelques beaux exemples en la matière.

Le xérès
J’étais adolescent lorsque j’ai lu les nouvelles d’Edgar Alan Poe la première fois. Un titre m’avait alors intrigué : La barrique d’amontillado. Barrique de quoi? me suis-je dit en me jetant sur mon dictionnaire. Ah, du xérès? OK, il s’agit d’un vin espagnol, et l’amontillado est un style de xérès.

Dans cette nouvelle, le protagoniste entraîne sa victime dans une cave à vin pour lui faire goûter un amontillado. En chemin, il en profite pour lui faire déguster autre chose aussi, un bordeaux :
« Je cassai un flacon de vin de Graves, et je lui tendis. Il le vida d’un trait. Ses yeux brillèrent d’un feu ardent. Il se mit à rire, et jeta la bouteille en l’air avec un geste que je ne pus pas comprendre. »

Et à propos du xérès :
« Soit, dis-je, en replaçant l’outil sous ma roquelaure, et lui offrant de nouveau mon bras. Il s’appuya lourdement dessus. Nous continuâmes notre route à la recherche de l’amontillado. »


Le champagne
Les références au champagne sont nombreuses dans les romans qui mettent en vedette le célèbre cambrioleur Arsène Lupin. J’imagine que l’auteur Maurice Leblanc aimait bien les bulles :
« Pendant la nuit, et tandis que les trois détectives veillaient en bas, ou plutôt qu’ils dormaient, car le colonel Sparmiento leur avait fait boire du champagne peut-être pas très catholique, ledit colonel a décroché les tapisseries et les a fait passer par les fenêtres de sa chambre (…) »


Le sauternes
Le père de San Antonio, Frédéric Dard, n’a que des mots dithyrambiques pour le plus grand des sauternes, Yquem :
« Guitry disait qu’après du Mozart le silence qui succédait était encore du Mozart. Après une gorgée d’Yquem, les instants qui suivent sont toujours d’Yquem. »


Un bourgogne
Dans Romanée-Conti 1935, l’auteur japonais Kaiko Takeshi raconte la dégustation d’une vieille bouteille de bourgogne par deux amis :
« Une extrême tension apparut sur le visage du serveur. La main s’empara de la bouteille avec fermeté mais en préservant avec le panier un interstice de l’épaisseur d’une feuille de papier. Le goulot se glissa auprès du verre avec la prudence du chat. La bouteille n’allait-elle pas être agitée, le vin troublé, la lie soulevée – pendant tout le temps où le vin était versé, le romancier retint son souffle. Le serveur remplit les deux verres avec douceur, lenteur, en plusieurs fois, et à l’instant où il eût terminé, on l’entendit pousser un petit soupir. C’était fini. La première partie de la cérémonie s’était déroulée sans encombre, la dernière goutte avait été rentrée dans la bouteille sans couler, la lie ne s’était pas non plus échappée. Par-delà les deux verres remplis d’Histoire, les deux hommes échangèrent un regard éperdu avant de se sourire. [...]
Il y avait là, une nouvelle fois, un fruit ayant accompli sa métamorphose. »


Un bordeaux
L’humoriste Pierre Desproges a réuni dans un recueil ses chroniques radiophoniques d’humeur. Dans une de celles-ci, L’aquaphile, il me rend jaloux avec un bordeaux de grande classe :
« Je l’emmenai donc déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d’une impasse endormie du XVe où j’ai mes habitudes. J’avais commandé un Figeac 71, mon Saint-Émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un si grand vin que Dieu existe à sa seule vue. »


La Loire et la Bourgogne
L’épicurienne Chrystine Brouillet, qui a coécrit avec le sommelier Guénaël Revel un livre sur le champagne, ponctue régulièrement ses romans policiers de références vinicoles. Dans C’est pour mieux t’aimer, mon enfant, la détective Maud Graham, avec son conjoint, est invitée à un souper chez son collègue André Rouaix :
« — Quelle jolie robe, Maud! s’exclama Nicole Rouaix. Tu as l’air en pleine forme!
— Ça va, fit la détective en évitant de regarder Alain Gagnon qui tendait une bouteille de sancerre à leur hôte.
— Ce sera parfait avec le poisson (…)
Ils terminaient une bouteille de mercurey quand Graham reparla de la France. »


Et vous, quel passage mettant en relief un vin vous a frappé dans un roman?
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Références
Edgar Alan Poe, La barrique d’Amontillado dans Nouvelles histoires extraordinaires, éditions Gallimard, collection Folio, 1974, pages 196-197.
Maurice Leblanc, Les confidences d’Arsène Lupin.
Kaiko Takeshi, Romanée-Conti 1935.
Pierre Desproges, Chroniques de la haine ordinaire.
Chrystine Brouillet, C’est pour mieux t’aimer, mon enfant, Les Éditions de la Courte échelle, 1996, pages 242 et 243.