Blogue de Philippe Rezzonico

Stromae: réjouissantes retrouvailles et répétition générale

mardi 29 septembre 2015 à 1 h 57 | | Pour me joindre

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Stromae au festival Coachella en 2015
Stromae au festival Coachella en 2015 Rich Fury/AP
À bien des égards, le spectacle que Stromae a livré lundi soir à Montréal était tout aussi festif, rassembleur et achevé que ceux offerts lors des FrancoFolies de 2014. Sauf que l’an dernier, tout était frais et neuf, tant pour les spectateurs que pour l’artiste belge lui-même. Pas cette fois.

Pour les amateurs présents au Centre Bell en 2014 – il y en avait beaucoup dans la foule, lundi soir -, ce spectacle était un calque de celui de l’an dernier. Pour ceux qui voyaient le Belge pour une première fois sur scène, la prestation était un électrochoc. Et pour Stromae, ce spectacle était à la fois un moment d’éternité et une fichue de belle répétition générale avant sa première au Madison Square Garden de New York, jeudi.

Dix-huit chansons interprétées exactement dans le même ordre et avec la même enveloppe visuelle (animation, lasers, ombres chinoises, projections) qu’en 2014. Et avec des introductions inchangées, comme celle des « Belgium fries » qui précède l’interprétation de Moules frites. Non, il n’y avait rien de nouveau à se mettre sous la dent, ce qui est logique, dans la mesure qu’il s’agit de la tournée de l’album Racine carrée amorcée depuis deux ans.

Seule variante notable, la livraison de Formidable, offerte cette fois à la lumière blanche, un privilège réservé d’ordinaire par des artistes à leurs plus grands monuments, comme Born To Run (Bruce Springsteen) ou (I Can’t Get No) Satisfaction (Rolling Stones). Quand une chanson n’a plus besoin de production particulière pour la soutenir, elle fait désormais partie des mœurs. Entendre les 11 180 spectateurs chanter les paroles avec Stromae avait de quoi donner des frissons.

Effet bœuf

En dépit de cette redite, personne ne s’est ennuyé une seconde. Parce que même si l’effet de surprise n’y est plus, il est difficile de résister à une bombe comme Ta fête, on ne peut s’empêcher de danser sur Te Quiero et l’émotion est à son comble durant Quand c’est, lorsque le crabe géant (le cancer) projeté sur grand écran bouffe littéralement Stromae et ses musiciens sur scène. Effet bœuf.

Imaginez maintenant pour ceux qui découvraient le Belge sur les planches. Les réactions du couple dans la jeune vingtaine à ma droite et de celui dans la mi- trentaine devant moi étaient sans équivoque: tout ce beau monde dansait presque autant que Stromae et s’époumonait à chanter les paroles de chansons désormais connues de millions de gens, comme Tous les mêmes ou Ave Cesaria.

Et ça tapait des mains à s’en faire mal durant Bâtard ou Silence, l’instrumentale percussive à souhait qui ne porte vraiment pas bien son nom. Et on sort les cellulaires pour illuminer le Centre Bell lors d’une Sommeil mélodique à souhait. Non, personne ne s’est ennuyé.

DVD à Montréal

Après avoir salué la foule, Stromae a expliqué que la prestation était gravée pour la postérité, ce qui expliquait la présence de la caméra qui flottait au-dessus du parterre. Belle marque de confiance pour le public montréalais qui a été le premier à apprécier Stromae en Amérique. Et comme cette foule est nettement plus familière avec le répertoire du Belge qu’il y a un an, ça chantait fort. Ça sera excellent pour la captation et les spectateurs pourront dire « j’y étais! », quand le DVD verra le jour.

Petit revers de fortune, j’avais l’impression que Stromae et sa bande étaient un peu trop conscients de cet enregistrement. Pendant les deux premiers tiers du spectacle, on avait franchement l’impression que cette prestation désormais rodée au quart de tour manquait de spontanéité, comme si on voulait s’assurer que les prises allaient être impeccables et que tous les plans prévus allaient être respectés à la lettre.

Impression balayée du revers de la main dans le dernier tiers, quand Stromae et ses potes ont mis le pied sur l’accélérateur : la version revisitée de Carmen et l’enchaînement avec Humains à l’eau et les frénétiques clones ont propulsé ce spectacle à un autre niveau. De formidable qu’il était, il est devenu libérateur, comme si tout le monde se livrait enfin avec abandon. Stromae aussi, soit dit en passant, qui paraissait moins fougueux qu’en 2014 jusque-là.

La belle forme

C’est qu’on s’inquiétait un peu, après cet épisode de traitement préventif contre le paludisme qui a mené à de nombreuses annulations de spectacles cet été et cet accident nébuleux de la semaine dernière (forfait à Minneapolis). Mais Stormae, cet animateur de foule hors pair, va bien.

Il cause avec aisance, il marche, il court, il saute et sautille et il danse comme un diable dans l’eau bénite pendant Alors on danse qui a transformé le parterre du Centre Bell en ruche en folie. Et le Belge virevolte et se contorsionne dans tous les sens durant Papaoutai, après avoir été sorti de sa boîte par ses collègues comme s’il était un pantin sans vie. Irrésistible, ce truc.

Si Stromae voulait profiter de son programme double à Montréal pour mettre la touche finale à sa préparation en vue de son spectacle dans le légendaire Madison Square Garden, il ne pouvait espérer mieux.

Et comme il boucle une prestation de plus de deux heures en interprétant Tous les mêmes a cappella avec ses musiciens, comme le faisaient les groupes doo-wop américains au coin des rues des grandes villes dans les années 1950, on se dit qu’il va casser la baraque à New York.

Stromae au Centre Bell, supplémentaire le mardi 29 septembre