Blogue de Philippe Rezzonico

AC/DC au Stade olympique : le courant passe toujours

mardi 1 septembre 2015 à 2 h 41 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Angus Young, en prestation à Boston le 22 août. Photo AP/Winslow Townson

Angus Young, en prestation à Boston le 22 août. Photo AP/Winslow Townson

Malcolm Young est hospitalisé à vie pour démence. Phil Rudd est en taule. Et pourtant, même privé de son guitariste rythmique des débuts et de son batteur arrivé en 1975, AC/DC a fait la démonstration, lundi soir au Stade olympique, que l’essentiel était toujours au rendez-vous.

L’essentiel, c’est un chanteur (Brian Johnson) encore capable d’interpréter le répertoire de toutes les époques du groupe, un guitariste de légende (Angus Young) aussi fougueux que l’écolier dont il porte encore l’uniforme et des chansons immortelles connues de deux ou trois générations d’amateurs.

AC/DC est un cas particulier dans l’histoire du rock. Il s’agit peut-être bien du seul groupe établi qui a survécu au décès de son chanteur (Bon Scott, en 1980) après avoir pondu des succès de masse dans les années 1970 (T.N.T., Dirty Deeds Done Dirt Cheap, Highway To Hell), puis atteint des sommets de popularité avec son successeur (Johnson) et un album mythique (Back in Black).

Trente-cinq ans après la disparition de Scott, un spectacle d’AC/DC propose encore et toujours un survol du catalogue du groupe, aussi généreux pour la génération qui a adulé Scott que pour celle qui a découvert le groupe formé en Australie après l’arrivée de Johnson.

S’il est vrai que l’actuelle tournée s’intitule Rock Or Bust, titre du plus récent disque, paru en 2014, depuis quelques années, l’apport d’un nouveau disque d’AC/DC dans un spectacle se mesure surtout à la variante de l’entrée en scène.

Lundi, la chanson-titre a été précédée d’une vidéo diffusée sur des écrans vraiment géants, où une météorite détachée de la Lune s’écrase sur la Terre après avoir fait des clins d’œil à Rosie (Whole Lotta Rosie), à un train (Rock n’ Roll Train) et à une cloche (Hell’s Bells). Une ouverture bien faite, mais bien moins spectaculaire que l’entrée en matière de la tournée de 2009 (Black Ice) dans ce même stade, où un train immense faisait son entrée sur les planches durant Rock n’ Roll Train.

Sinon, tous les éléments usuels d’un spectacle d’AC/DC étaient présents : la cloche géante pour Hells Bells, les lance-flammes pour Highway To Hell, la poupée gonflable pour Whole Lotta Rosie, les canons pétaradants de la guerre de Sécession durant For Those About to Rock (We Salute You) et la plateforme surélevée sur laquelle Angus Young se tient quand il livre un solo de fin du monde de plus d’un quart d’heure pour Let There Be Rock. L’apothéose pour tout amateur de guitare, avec un jeu de lumière explosif et des milliers de confettis en suspension dans l’air. Rien de nouveau, mais ça demeure diablement efficace.

Angus, la dynamo

S’il est vrai que Stevie Young, le neveu d’Angus et de Malcolm, a bien fait à la guitare en remplacement de son oncle, et que Chris Slade, de retour avec le groupe, abat bien le boulot à la place de Rudd, c’est Angus Young qui demeure la figure dominante.

Angus, c’est le ciment de toutes les époques, le fondateur, l’essence et – excusez le jeu de mots facile – la dynamo du groupe. Encore doté d’une main gauche d’une rare vivacité sur le manche, le guitariste peut déverser des cascades de notes que le public reconnaît en une fraction de seconde. Que ce soit pour Shoot To Thrill, T.N.T, ou la gigantesque Thunderstruck, ça ne rate pas, une clameur accueille chaque titre.

Angus Young et Brian Johnson, d’AC/DC, à Boston le 22 août 2015 (Winslow Townson/Invision/AP)

Le tempo de Shoot To Thrill a été soutenu par quelque 40 000 spectateurs qui battaient la mesure, et Back In Black, d’une lourdeur exemplaire, a permis à Johnson de démontrer qu’en dépit de ses 68 ans à venir dans quelques semaines, il avait encore une voix qui porte. Quant à Thunderdstruck et son riff de guitare frénétique, elle a été, comme d’habitude, l’équivalent de l’arrivée d’un ouragan ou d’une division de chars d’assaut. Rien n’y résiste.

Chaque fois, c’est Young, digne héritier de Chuck Berry pour sa démarche sur scène, dégoulinant de sueur et sautillant dans tous les sens, qui entraîne avec lui cette foule, dont des milliers de spectateurs sont coiffés de cornes lumineuses clignotantes. Spectaculaire image! Pas de répit pour le guitariste, donc, en dépit de ses 60 ans. Certes, il sautille un peu moins longtemps qu’auparavant, mais rien n’est venu amenuiser le plaisir, sinon, à l’occasion, la qualité du son.

Les variantes sonores

J’ai commencé la soirée dans la section 228 durant la première partie de Vintage Trouble, que je n’ai guère pu apprécier. Sous le balcon, le son est nettement plus caverneux. J’ai vu 80 % du spectacle d’AC/DC dans la section 126 (son très valable) et le rappel dans la section 102 (encore mieux), en ligne directe avec les enceintes centrales. Dans un stade qui contient plus de 50 000 sièges, dites-vous qu’il y a toujours une place libre quelque part.

Obtenir une sonorité optimale dans notre « bol » olympique, c’est perdu d’avance, tout le monde le sait. Chaque spectateur aura donc, mardi matin, une perception différente de cet aspect, selon l’endroit où il était placé. Cela dit, selon les standards du stade, on a déjà entendu pire, et à observer la foule, j’ai l’impression que cela avait peu importance.

Le volume des 48 amplificateurs Marshall placés sur scène était tellement élevé que la musique finissait par s’imposer d’elle-même. Même mes bouchons ne servaient à rien… De plus, plus de la moitié des 20 chansons proposées étaient des hymnes fédérateurs, dont la majorité des spectateurs connaissait les paroles par cœur. Si je suis sourd mardi matin, j’en connais quelques-uns qui doivent être aphones.

Ce jeune couple devant moi n’en revenait pas d’entendre toutes ces chansons qui jouent sur les ondes des radios commerciales depuis des décennies. Il fallait voir leur sourire durant Have A Drink On Me. Ces deux quarantenaires souriaient à pleines dents en partageant leur bonheur avec leur pote venu en fauteuil roulant au terme d’une Dirty Deeds… plus que mordante. Un moment touchant. Et des centaines de spectateurs dansaient au fond du parterre comme s’ils étaient dans leur sous-sol durant Highway To Hell. Ça ressemblait à de la félicité, ça.

Il y avait aussi toutes ces jolies femmes repérées par les caméramans de la production pendant You Shook Me All Night Long, certaines dénudant leur poitrine au bénéfice des caméras. Oui, oui… N’ayez crainte. Il s’agissait d’un show de hard rock pour adultes. Le spectacle des ados de One Direction, c’est samedi prochain. On leur souhaite d’ailleurs que le courant passe aussi bien entre eux et leurs jeunes admirateurs qu’entre AC/DC et leurs fans de longue date.