Blogue de Philippe Rezzonico

Le tourisme musical, le sauveur des festivals payants à Montréal?

vendredi 21 août 2015 à 0 h 09 | | Pour me joindre

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Marina and the Diamonds au festival Osheaga. Photo courtoisie evenko/Pat Beaudry

Marina and the Diamonds au festival Osheaga. Photo courtoisie evenko/Pat Beaudry

Le parc Jean-Drapeau sera moins achalandé en fin de semaine que lors des trois derniers week-ends, où on y présentait le festival Osheaga, Heavy Montréal et Île Soniq. Avec un achalandage combiné de 220 000 festivaliers payants, la pérennité de ses événements semble assurée, n’en déplaise aux citoyens de Saint-Lambert.

Il y a toutefois un chiffre étonnant qui ressort du lot : 111 000. Comme dans 111 000 entrées déboursées par des festivaliers qui proviennent hors du Québec, soit plus de la moitié des billets et passeports payants de ces trois festivals. Le tourisme musical serait-il le sauveur d’une industrie dont la matière première (la musique) ne se vend plus? Voyons ça de plus près.

Le festival Osheaga a affiché complet avec 135 000 personnes en 3 jours. Soixante-cinq pour cent de ces festivaliers provenaient de l’extérieur du Québec (87 750 entrées). Pour Heavy Montréal, près du tiers des 40 000 amateurs de musique lourde provenaient de l’Ontario, des États-Unis et même de l’Europe. Cela représente environ 12 000 entrées. Finalement, le quart des 45 000 festivaliers d’Île Soniq (11 250) ne résidait pas au Québec. Total : 111 000.

Le groupe Evenko n’a jamais caché son intention que ses festivals soient autant de destinations de choix pour un public friand de musique. Les modèles d’affaires sur lesquels Osheaga (dès 2006) et Heavy Montréal (en 2008) ont été bâtis étaient ceux des grands festivals américains (Coachella, Bonnaroo) et européens (Glastonbury).

C’est en partie pour cette raison que le groupe spécialisé dans la promotion de spectacles a demandé à l’administration Coderre d’apporter des modifications au parc Jean-Drapeau qui pourraient hausser la capacité d’accueil sur l’île de 45 000 à 60 000 spectateurs durant les festivals extérieurs dès 2017. Pour Osheaga, qui affiche complet depuis 2012, cela pourrait hausser son achalandage jusqu’à 180 000 entrées par année.

Cela dit, réaliser qu’après 10 Osheaga, sept présentations de Heavy Montréal et seulement deux Île Soniq, que la moitié des festivaliers provient de l’extérieur du Québec, ce n’est pas rien, même si l’Ontario est à est moins de deux heures de route de Montréal et que la frontière américaine est encore plus proche.

Il y a encore deux décennies, nous n’étions qu’une poignée d’amateurs de musique du Québec à quitter la province pour aller voir des spectacles à Toronto, à New York ou à Boston, le plus souvent, en voiture. Pas en avion… Et inversement pour les Américains qui venaient chez nous. Les temps ont bien changé.

Ce n’est pas d’hier que les organisateurs des festivals présentés à Montréal visent une clientèle hors frontières. Le déplacement permanent des FrancoFolies du mois d’août au début juin en 2010 s’inscrivait dans cette logique économique et touristique. Il est toutefois hasardeux de faire des comparaisons plus poussées entre les trois festivals d’Evenko au parc Jean-Drapeau et les Francos, le Festival de jazz de Montréal et même le Festival d’été de Québec, notamment en raison des importants volets gratuits de ces trois derniers.

Été d’exception ou pas?

Venons-nous d’avoir un été d’exception quant à la fréquentation des festivals payants au parc Jean-Drapeau, ou est-ce que ce sera la norme pour les années à venir? C’est probablement un facteur économique qui nous fournira la réponse.

La chute considérable de la devise canadienne par rapport à ses homologues américaine et européenne explique en partie l’achalandage majoré de touristes sur nos terres. Assister à un festival où tout coûte de 25 à 40 % moins cher, c’est tentant pour un festivalier provenant de l’extérieur.

Paradoxe, si une devise faible sur le marché boursier peut permette à un promoteur de s’assurer d’un bon flot d’amateurs de musique provenant hors du Québec, la faiblesse de cette même devise gruge sa marge de profit. Il faut savoir que les contrats de spectacles sont signés des mois avant lesdits spectacles – d’ordinaire en dollars américains – et que la baisse constante du dollar canadien ces derniers mois n’aide pas les promoteurs.

Cela pourrait même être un handicap quand viendra le temps d’attirer des artistes pour l’an prochain. Les promoteurs québécois et canadiens ne se battront pas à armes égales avec leurs vis-à-vis américains si notre dollar devait demeurer faible sur les marchés. Ils devront débourser plus d’argent que les promoteurs d’ailleurs si les artistes demandent le même prix pour se produire, et ce, sans égard à la fluctuation des devises.

Doit-on voir le tourisme musical comme le sauveur de l’industrie des festivals extérieurs payants à Montréal? L’avenir le dira. Mais si Osheaga, Heavy Montréal et Île Soniq n’avaient pas eu droit à cette manne venue de l’extérieur du Québec cette année, le bilan n’aurait certes pas été aussi reluisant.