Blogue de Philippe Rezzonico

Heavy Montréal: Korn termine la première journée avec intensité

samedi 8 août 2015 à 2 h 29 | | Pour me joindre

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Jonathan Davis, le chanteur de Korn, a mis toute la gomme. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Jonathan Davis, le chanteur de Korn, a mis toute la gomme. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Déflagrations sonores, frénésie, retrouvailles, nostalgie, renouveau et indifférence ont marqué la première journée de la septième présentation de Heavy Montréal, vendredi, au parc Jean-Drapeau. Une journée couronnée par une prestation intense de Korn.

Les Californiens ont mis le paquet pour cette tournée qui souligne les vingt ans de formation du groupe : jeu de lumières efficace, pulsions lourdes et guitares mordantes.

Impossible, bien sûr, d’assister à un spectacle du groupe de nu métal sans goûter aux autres genres musicaux intégrés (hip-hop, grunge, funk). Le bassiste Reginald Arvizu – Fieldy, de son surnom – se paie la part du lion avec son jeu percussif. Toujours un régal de le voir tenir une basse électrique bien droite, comme s’il s’agissait d’une contrebasse.

On avait un peu l’impression de revivre le spectacle de Weezer de la semaine dernière, au festival Osheaga. Les adolescents des années 1990, désormais adultes, chantaient les paroles des chansons. L’intro de Blind, les salves répétitives de Clown et l’immense Falling Away From Me ont fait mouche. Mention spéciale à Shoots and Ladders, quand le chanteur Jonathan Davis s’est amené pour livrer l’intro avec sa cornemuse, comme il le fait d’habitude.

Au fait, quelqu’un peut m’expliquer pourquoi on asperge avec les canons d’eau les festivaliers à 21h48 – quand il fait nuit – et que le mercure est de 19 Celsius? Ce n’est pas vraiment la canicule, à ce moment.

Alexisonfire avait bien mis la table. Le groupe canadien qui était en pause depuis trois ans a fait un retour qui a comblé des milliers d’amateurs. Comme toujours, les voix de George Pettit et Dallas Green (Monsieur City and Colour) sont complémentaires.

Alexisonfire: vous avez dit en feu. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Alexisonfire: vous avez dit en feu. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Le doublé coup de poing formé de We Are the Sound et .44 Caliber Love Letter a été le fait saillait de la prestation énergique à souhait. Comme retrouvailles, ce n’était pas piqué des vers.

Les variantes de son

Le festival se déroule désormais sur trois jours, notamment en raison de l’élargissement des genres. On ne se limite plus qu’au métal et à ses déclinaisons (speed, death, nu, trash). Des groupes d’allégeance punk ou hard sont désormais dans la programmation et on peut facilement mesurer l’intérêt – ou le désintérêt – des festivaliers envers un genre ou un groupe spécifique.

Ça ne pouvait être plus évident que lorsque Extreme a suivi Arch Enemy. Il y avait encore moins de monde devant la scène (200 personnes?) pour Extreme qu’il y en a eu pour Elvis Costello à Osheaga en 2008. Gênant… La gigantesque ballade More Than Words ne pèse pas lourd quand deux autres groupes de pur métal se produisent à l’autre bout du parc Jean-Drapeau sur les scènes de l’Apocalypse ou de la Forêt.

Il faut quand même noter qu’Ach Enemy a fait tout un carton avant Extreme. Le groupe suédois, dont la figure de proue se veut désormais la Montréalaise Alissa White-Gluz, a fait vibrer des milliers d’amateurs au son de son death mélodique.

Alissa White-Glutz, la nouvelle chanteuse d'Ach Enemy. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Alissa White-Gluz, la nouvelle chanteuse d’Ach Enemy. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Invitée à se joindre au groupe né dans les années 1990 par son ancienne chanteuse (Angela Gossow), White-Gluz possède une voix d’une puissance, d’une élasticité et d’une gravité remarquables. Tout ça, doublé d’une présence de scène innée et de la fougue de ses 30 ans… Il fallait voir sa tignasse bleue flotter dans tous les sens. Spectaculaire.

Parmi les valeureux spectateurs qui ont passé la journée à se bousculer à l’avant-scène ou à se faire porter au-dessus de la foule, on décerne la médaille de la bravoure au festivalier déguisé en Spider-Man et celle du mérite au type vêtu en banane. Oui, il y a autre chose que des vêtements noirs à Heavy Montréal…

La passion métal

Pourquoi le métal, justement? Comment expliquer aux non-initiés la passion pour cette musique qui émane des gens qui la façonnent? Il faut peut-être demander aux plus passionnés d’entre eux…

« On est Anonymus! Ça fait 26 ans qu’on fait du métal!!!! » Ce point d’exclamation digne d’un cri du cœur fut celui d’Oscar Souto, le bassiste et chanteur du groupe québécois qui a livré une prestation dynamitée. Une heure plus tard, dans la zone média, on voyait la même ferveur dans ses yeux. Le métal, ce n’est pas qu’une musique pour lui. C’est la vie.

Oscar et le batteur Carlos Araya ne s’en cachent pas. Ils font du métal pur et dur. Vieille école, quoi. Boulot de semaine et spectacle le week-end. Les longues randonnées – 12 heures de route pour jouer à Sept-Iles, tout ça vaut le coup quand on entre sur scène ou qu’ils lancent un disque, assurent-il. Surtout quand ils mettent en marché leur septième album depuis 1994, comme ils l’ont fait vendredi.

Nous sommes…, titre autobiographique auquel a participé l’ex-membre Marco Calliari, et la chanson-titre Envers et contre tous résument à elles seules qui sont et où sont les membres d’Anonymus en 2015.

Oscar Souto et Jef xx d'Anonymus. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Oscar Souto et Jef Fortin, d’Anonymus. Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

« C’est un titre qui exprime ce que l’on vit en ce moment. Après 26 ans, on se rend compte que, oui, on est encore là, dit Souto. On s’en rend compte aujourd’hui, peut-être, en raison de toutes les entrevues que l’on fait. On dit tout le temps : « C’est pas facile de faire de la musique. C’est pas facile de faire du métal. C’est pas facile de faire du métal en français. » On se donne corps et âme pour ça, parce que ça nous apporte encore du bonheur. Après toutes ces années, nous sommes reconnus pour le travail que l’on fait. »

Et le fait français, rarissime dans le milieu du métal, est devenu incontournable pour le groupe dont les membres portaient des chandails identiques, comme s’il étaient au métal en 2015 ce que les Beatles étaient au pop-rock en 1965.

« Les deux derniers albums sont entièrement en français, sauf une chanson en espagnol sur État brute, poursuit Souto. Tout est en français. On aime ça comme ça et on ne se pose même plus la question. Je pense qu’à l’avenir, Anonymus, ça va être en français. Ça ne me tente même plus d’écrire en anglais. »

« C’est qu’on a trouvé notre identité, renchéri Araya. Si on faisait le même style en anglais, je pense que l’on passerait dans le beurre. Mais le fait que l’on chante en français donne une autre sonorité à la mélodie vocale. Et après toutes ses années, je monte encore sur scène avec le sourire. Le métal, pour moi, c’est du gros bonheur. »

Le week-end

Deux autres journées à venir. Quelques suggestions.

Samedi, 8 août

Lita Ford, 15 h, car il y a si peu de femmes en tête d’affiche. Gojira, 16h30, pour la maîtrise du genre. Iggy Pop, 20h, pour la légende intacte. Faith No More, 21h15, car ils ne sont pas venus à Montréal depuis 1992, en première partie de Metallica et de Guns N’ Roses, au Stade olympique. Le fameux soir de l’émeute.

Dimanche, 9 août

Marky Ramone, 16h30, parce que c’est un membre des légendaires Ramones. Bullet For My Valentine, parce que c’est trop tentant. Lamb of God, 20h, pour la voix la plus gutturale qui soit.