Blogue de Philippe Rezzonico

Osheaga, jour 1: une première journée conjuguée au féminin

samedi 1 août 2015 à 2 h 26 | | Pour me joindre

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Florence Welsh, la tornade. Photo courtoisie evenko/Vanessa Leclair

Florence Welsh, la tornade. Photo courtoisie evenko/Vanessa Leclair

Le Festival Osheaga célèbre cette année son 10e anniversaire. Au menu durant trois jours : 119 groupes ou artistes en vedette sur l’une ou l’autre des six scènes réparties dans le parc Jean-Drapeau.

Comme d’habitude, une évidence saute aux yeux : on ne pourra tout voir. Pour cette première journée, on vous fait vivre le festival comme nous le voyons, nous, journalistes. Devant et derrière les scènes. Et ce, sans filtre. Suivez le guide.

11h50 : Station de métro Sauvé. Je demande la carte de métro Osheaga (plus avantageuse), faite expressément pour le week-end du festival. Comme l’an dernier, la gentille préposée m’explique qu’elles ne sont disponibles qu’à certaines stations. Message à la STM : les amateurs de musique sont dispersés dans le Grand Montréal.

12h20 : C’est la cohue. Non, pas au parc Jean-Drapeau, mais bien sur le quai d’embarquement de la ligne jaune à la station Berri-UQAM. Tous les wagons sont pleins, remplis d’adolescents et de jeunes adultes (surtout des filles), bracelet au poignet, qui se désaltèrent à grandes lampées de boissons énergisantes. La journée va être longue.

12H30 : Arrivé sur l’île, je récupère mon bracelet… que je vais devoir garder à mon poignet trois jours durant. La foule, très nombreuse, pénètre néanmoins sur le site avec fluidité si l’on tient compte des milliers de festivaliers présents.

12h50 : On note que la zone terrasse/VIP a été modifiée. La structure comprend un étage de moins que l’an dernier et que seules les loges sont protégées en cas de pluie. Des gens paient cher pour avoir ce privilège.

13h00 : Catfish and the Bottlemen a le privilège ingrat de donner le coup d’envoi sur la scène de la Rivière. Les jeunes Gallois, un peu étonnés de voir tant de monde à cette heure, ont une énergie contagieuse et leur mixture de pop/punk/indé rock est adéquate en lever de rideau. Bonne finale vocale du chanteur Ryan McCann sur Homesick et une solide claque avec Tyrants.

13h35 : Je me laisse tenter par les fruits frais. Fraises, ananas, cerises, melon et bleuets sont servis dans des verres de bières, pour 4,50 $. Va pour les cerises. Les festivals de malbouffe, c’est terminé.

13h40 : Grace Potter prend d’assaut la scène : robe d’été brillante, lunettes de soleil et armée de sa Gibson, la chanteuse originaire du Vermont ne ménage pas les déhanchements. Avec une voix porteuse, un look digne de Courtney Love et un regard frondeur, elle chante, danse, joue des claviers et, occasionnellement, des percussions.

Grace Potter: de la fougue et des guitares. Photo courtoisie evenko/Pat Beaudry

Grace Potter: de la fougue et des guitares. Photo courtoisie evenko/Pat Beaudry

Moments forts : Nothing but the Water, livrée en duo guitare-batterie comme si elle était Jack White du temps des White Stripes, et une finale de Paris (Oh, la, la) avec huit percussions. Quand tu entends une clameur de la foule à 14h25 sur le site, la journée s’annonce bien.

14h45 : Retour dans la zone de presse pour écrire (tellement plus vaste qu’il y a dix ans…), où l’on peut voir et entendre sur écran les prestations des groupes qui alternent sur les scènes de la Rivière et de la Montagne. Celle d’Iron & Wine, même écoutée distraitement, ne valait pas le détour. Durant la rédaction, on voit passer Marina Lambrini Diamandis (de Marina and the Diamonds) dans un bel ensemble d’été rose et des souliers plateformes, roses, eux aussi.

15h15 : Passage rapide au comptoir bouffe pour engouffrer vite fait un hot-dog japonais.

15h45 : On arrive devant la scène Verte où Run the Jewels fait un carton avec son hip hop bien senti, quoique pas révolutionnaire. Ça permet néanmoins d’apprécier la nouvelle configuration des lieux. La scène Verte a été déplacée vers la gauche pour céder la place à la toute nouvelle foire de manèges. Quant à la scène de la Vallée, elle est désormais située…dans la vallée, plutôt que sur la bute plus haut. Joli coup d’œil et maximisation de l’espace.

16h10 : Je n’ai jamais été friand de reggae et de musique aux effluves des Caraïbes. Mais avec un mercure de 27 degrés centigrades et un soleil de plomb, la musique d’Afie Jurvanen, leader du groupe Bahamas m’a conquis durant une demi-heure. Les guitares, les grooves, les harmonies : un régal.

16h45 : Retour en catastrophe vers les grandes scènes pour assister à l’intégrale de la prestation de Marina and the Diamonds. Marina, si elle a gardé ses souliers, est cette fois vêtue d’une tenue ultra moulante.

Marina and the Diamonds: un joyau pop. Photo courtoisie evenko/Pat Beaudry

Marina and the Diamonds: un joyau pop. Photo courtoisie evenko/Pat Beaudry

Avec une tiare sur la tête qui porte le nom de son album Froot, la chanteuse aligne ses titres à succès. Fascinant, quand même, de voir des jeunes filles chanter les paroles de Bubblegum Bitch. I Am Not a Robot, Forget et Froot seront aussi de la partie de cette prestation rassembleuse. C’est toutefois lorsque Marina entraîne dans la danse des milliers de spectateurs avec Hollywood, que je me suis dit qu’elle était à la pop indé britannique ce qu’est une Katy Perry à la pop bonbon américaine.

17h45 : Écriture prise deux.

18H25 : Retour à la scène Verte pour voir Chet Faker – de son vrai nom Nicolas James Murphy -, l’Australien étant précédé de rumeurs très favorables. Après 25 minutes, je me demandais un peu pourquoi. Il faut dire que la sono, déficiente, ne l’a vraiment pas aidé. La voix était souvent en arrière-plan de sa musique, une mouture d’électronica avec de fortes influences trip hop à la Portishead. Moyen, en définitive. Cette musique fait tout son effet à la noirceur. Pas au soleil. À revoir dans une salle à une heure tardive.

19h15 : Décision à prendre. Je reste de ce côté du parc en attente de FKA Twigs, ou je retourne à la scène de la rivière pour The Avett Brothers. Chevauchement. C’est l’un ou l’autre…. J’ai trop envie de voir FKA Twigs. Je reste et je me dirige vers la scène de la Vallée pour entendre G-Easy.

L’entendre, ce n’était pas difficile. Des milliers de spectateurs ont repris en chœur la première chanson du rappeur blanc d’Oakland comme s’il s’agissait d’un tube connu de trois générations. En fait, j’ai soudainement eu l’impression que tout le monde était venu à Osheaga pour le voir. Un spectacle de 45 minutes énergique, mais on finit par se lasser de la forme répétitive de l’offrande.

19H55 : Deuxième service de  cerises…

20h00 : Comment vous décrire FKA Twigs? Une artiste qui pourrait être la petite sœur de Sade (physiquement parlant), qui possède une originalité qui rappelle Björk et dont la voix a quelques similitudes avec Kate Bush.

FKA Twigs: chanteuse et danseuse accomplie. Photo courtoisie evenko/Tim Snow

FKA Twigs: chanteuse et danseuse accomplie. Photo courtoisie evenko/Tim Snow

Quand l’Anglaise se contorsionne sur les pulsions de ses musiciens percussionnistes qui évoquent l’Orient, elle nous rappelle la Lorde vue l’an dernier, au plan de la gestuelle. Mais FKA Twigs est une vraie danseuse professionnelle. La fluidité de ses mouvements, sa composition scénique, ses enchaînements, son clin d’œil à Madonna (période Vogue), tout indique l’artiste accomplie. Ravissement.

Si la voix de la chanteuse – elle aussi – aurait tiré parti d’une meilleure sono, sa faiblesse (relative) est ailleurs. Il y a encore trop peu de chansons fortes dans son jeune catalogue, hormis Two Weeks, qui a hypnotisé l’assistance.  À revoir au plus vite.

20h55: Premières gouttes de pluie. Fausse alerte. le gros nuage noir évite de justesse le parc Jean-Drapeau.

21h10 : Troisième séance d’écriture avec of Monsters and Men en musique d’arrière-plan.

21H40 : Florence and the Machine, c’est le nom de groupe de Florence Welch. Tornade and the Machine, me texte la collègue Tanya Lapointe après trois chansons. En effet. Florence est arrivée encore mieux armée que lors de son passage en 2012 où elle avait étonné les festivaliers d’Osheaga.

Sautillante, virevoltante, Florence Welsh était déchaînée. Photo courtoisie evenko/Vanessa Leclair.

Sautillante, virevoltante, Florence Welsh était déchaînée. Photo courtoisie evenko/Vanessa Leclair.

Sauf que cette fois, elle revenait en qualité de vedette internationale consacrée. Sa prestation d’ailleurs, en fut une de consécration. Guitares, basse, batterie, claviers, cuivres, harpe et choristes : la machine a été lancée à toute allure à un tel point qu’on pensait qu’il fallait prendre Ship to Wreck à la lettre. Précédant Shake It Out, c’est tout ce qu’il fallait pour mettre le feu.

Sincèrement, au nombre de fois que Florence, pieds nus, a couru de droite à gauche à droite de la scène durant son spectacle, elle a dû parcourir plus de 3 kilomètres. Habitée, déchaînée, survoltée et virevoltant, elle est descendue dans la marée humaine pour conclure une chanson telle une prêtresse avec ses ouailles, en les tentant par la main.

Il y avait quelque chose d’émouvant dans son regard, dans sa joie communicative qui l’a incitée à dédier au public la magnifique How Big, How Blue, How Beautiful. Cette jeune femme désormais au sommet de l’Olympe musical interprète chaque chanson comme si sa vie en dépendait, au point de s’effondrer au terme d’une version dynamitée de What Kind of Man. Le désormais classique Dog Days Are Over fut le point final d’un spectacle exceptionnel et d’une journée du tonnerre. Et ce n’est que la première de trois.