Blogue de Philippe Rezzonico

Les Stones nous diront-ils adieu ce soir à Québec?

mercredi 15 juillet 2015 à 0 h 53 | | Pour me joindre

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The Rolling Stones à Detroit la semaine dernière lors de la tournée Zip Code. Photo AP

The Rolling Stones à Detroit la semaine dernière lors de la tournée Zip Code. Photo AP

Cinquante-trois ans presque jour pour jour après leur premier spectacle le 12 juillet 1962 au Marquee Club, à Londres, les Rolling Stones prendront d’assaut les plaines d’Abraham au Festival d’été de Québec (FEQ), mercredi. Une carrière de 53 ans? Mick Jagger et Keith Richards n’y auraient pas cru en 1962. Selon les dires, le rock and roll ne devait être qu’un phénomène éphémère.

Ce qui soulève quand même une question en 2015 : ce spectacle des Rolling Stones pourrait-il être leur dernier? Il est tentant de citer un extrait tiré de la chanson The Last Time, succès de la première heure du groupe anglais : « Is It the last time? Maybe… I don’t know ». En effet, avec eux, peut-on présumer quoi que ce soit?

Cette chanson évocatrice, les Stones l’ont ressortie des boules à mites à l’automne 2012 lors des premiers spectacles de la tournée anniversaire 50 and Counting en Angleterre et aux États-Unis, comme pour faire un pied de nez au temps, duquel ils semblent se moquer. Je n’ai pas l’impression qu’on l’entendra sur les Plaines, celle-là. Ce serait implicitement annoncer que cette prestation est la « der des ders ». Ce qui n’est pas leur genre.

Pour les plus fidèles amateurs du groupe, ceux qui se déplacent d’un spectacle à l’autre de ville en ville, voire d’un pays à l’autre, la question de la retraite ne se pose même pas.

Pas de retraite

« Non, ce n’est pas le dernier spectacle », assure Patrice Roderigue. Ce Français âgé de 56 ans, arrivé chez nous il y a trois jours uniquement pour assister au spectacle de Québec, a entendu les Stones pour la première fois à l’âge de 13 ans. Ce fut le coup de foudre. Il a vu le groupe une première fois en 1982, à 23 ans. La prestation de mercredi soir sera la 68e du groupe anglais auquel il assistera.

« On ne sait jamais ce qui peut se passer. Pour eux comme pour nous », dit-il, lucide, en parlant de ce groupe qui semble avoir conclu un pacte de longévité avec le diable, qui est la vedette d’une célèbre chanson de leur répertoire.

« Sinon, sauf problème de santé, ce n’est pas le dernier spectacle. La seule question désormais, c’est lequel (Jagger, Richards, Watts) va passer l’arme à gauche le premier… Quand nous étions jeunes, la question ne se posait pas. Maintenant, elle commence à se poser. »

Plus que leurs contemporains des Beatles qui ont implosé au sommet de leur gloire il y a 45 ans et des Who qui ont entrepris une ultime tournée pour célébrer leur 50e anniversaire de formation, les Stones ont fait la démonstration qu’un groupe de musique populaire, qu’un groupe de rock tout court, pouvait vieillir.

« Quand je les ai vus pour la première fois en 1981, ça faisait déjà 20 ans qu’ils jouaient. C’était du jamais vu à l’époque », se souvient le Montréalais Philippe Zeller, 51 ans, qui a vu les Britanniques sur scène plus de 130 fois sur quatre continents en quatre décennies. « Aucun groupe de rock and roll n’avait joué durant 20 ans. Déjà, les journalistes disaient que c’était clair qu’il s’agissait de leur tournée d’adieu. Et là, tu rajoutes plus de 30 ans. C’est quand même incroyable. »

The Rolling Stones à Buffalo le week-end dernier: Ronnie Wood, Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts. Photo AP

The Rolling Stones à Buffalo le week-end dernier : Ronnie Wood, Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts. Photo AP

Il y a pourtant certains éléments qui indiquent qu’il pourrait s’agir d’un dernier spectacle. Quand les Stones ont terminé la tournée A Bigger Bang en juin 2007 à Londres, plusieurs observateurs se demandaient déjà, légitimement, s’il ne s’agissait pas de leur chant du cygne. Les Anglais ont mis cinq ans avant de reprendre la route.

La virée à Québec pourrait aussi s’avérer un point d’orgue valable, surtout quand on se met dans la peau des organisateurs du FEQ : une passerelle jamais vue sur les plaines d’Abraham, une équipe technique record, des feux d’artifice et une foule attendue de 80 000 personnes. Ce n’est pas rien. Ce concert s’annonce mémorable.

Toutefois, 80 000 spectateurs, c’est de la petite bière pour les Stones. On parle d’un groupe qui a attiré plus de 450 000 spectateurs payants (et dénombrés) pour le concert-bénéfice après l’épidémie de SRAS à Toronto en 2003. Et l’on ne parle même pas du million et demi de spectateurs sur la plage de Copacabana en 2006.

Autre tournée en vue?

Cette fois, après les tournées 50 and Counting (2012-2013), 14 on Fire (2014) et Zip Code (2015), ainsi que la parution annoncée du premier disque solo de Keith Richards en 20 ans cet automne, peut-on présumer que la pause sera plus longue? Pas nécessairement.

Déjà, au sein des forums de discussions les mieux documentés portant sur le groupe et parmi les amateurs, on parle d’un retour au Madison Square Garden de New York, peut-être à la fin de la présente année ou au début de la prochaine. C’est plausible. Depuis leur relance en 2012, le groupe fait de courtes tournées (14 ou 15 spectacles) nettement plus rapprochées que naguère. S’ils ne désiraient cibler que quelques villes pour une résidence, nul doute que New York et Londres seraient au sommet de leur liste.

Pour l’heure, la seule chose qui intéresse les amateurs, c’est ce qui les attend mercredi. Rassurez-vous, plus la foule est immense, plus les Stones optent pour le spectacle « grand succès » plutôt que pour la prestation « raretés ». Aucune inquiétude, donc : Jumpin’  Jack Flash, (I Can’t Get No) Satisfaction (en clôture), Brown Sugar, Sympathy for the Devil, Honky Tonk Woman, It’s Only Rock ‘n’ Roll, Gimme Shelter, Tumbling Dice et Midnight Rambler seront de la partie.

Nous savons également que nous entendrons une chanson parmi Street Fighting Man, Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker), When the Whip Comes Down et Live With Me, selon le vote Internet. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à entendre des trucs comme la reprise des Temptations, Just My Imagination livrée à Detroit la semaine dernière, ou à un trésor comme Moonlight Mile, en dépit de la réédition de l’album Sticky Fingers sur lequel la pièce se trouve.

Cinq chansons sont en rotation ces dernières semaines. Aurons-nous droit à Can’t You Hear Me Knocking, à Bitch, à Paint It Black, à You Got Me Rocking ou à Out of Control? Comme l’histoire de la retraite, on ne sait trop. Seule certitude, ce spectacle à Québec sera le dernier de la tournée. Profitons-en.