Blogue de Philippe Rezzonico

Le Comiccon de Montréal, phénomène de culture populaire

vendredi 3 juillet 2015 à 13 h 10 | | Pour me joindre

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Le Comiccon de Montréal (Photo : Ryan Remiorz / PC)

Si la tendance se maintient, plus de 60 000 personnes vont accourir au Palais des congrès de Montréal ce week-end pour la tenue du Comiccon, cette foire de culture populaire qui englobe collectionneurs d’illustrés, fanas de science-fiction, imitateurs de superhéros, chasseurs d’autographes de célébrités du cinéma et de la télévision et amateurs de jeux vidéo. Soixante mille! L’équivalent d’un stade olympique bien rempli.

Comment se fait-il qu’un événement qui n’était qu’un festival d’initiés il y a 10 ans encore attire désormais des foules équivalant à celles du Salon de l’auto? Et ce, au point de réserver tous les étages du Palais des congrès… Tout phénomène a une explication. Suivez-nous dans une galaxie très, très lointaine.

Place Bonaventure, septembre 2011, deuxième journée du Comiccon. Il n’est pas 13 h quand les centaines de personnes qui font la queue à l’entrée se font refouler par les membres de la sécurité. Le Comiccon déborde. Au sens propre du terme.

« Nous avions attiré de nombreux amateurs en 2009 et 2010 à la Place Bonaventure, se souvient le directeur général du Comiccon, Cliff Caporale. Mais en 2011, nous avons invité Adam West et Burt Ward (Batman et Robin de la série télé des années 1960), ainsi que Stan Lee, qui a créé l’univers Marvel. C’était fou! On n’attendait pas un tel achalandage. Au Salon du livre, tu te présentes, tu achètes un billet et tu entres… Mais pas cette fois. »

Après un tel achalandage — plus de 20 000 amateurs –, une décision s’impose pour les organisateurs. En 2012, le Comiccon se déplace au Palais des congrès, où l’événement attire 32 000 amateurs, puis 42 000 (2013) et 51 000 (2014).

« Là, ça a explosé. Nous avons ajouté des conférences, des ateliers, de la BD francophone, du cinéma… Nous n’avons cessé de croître depuis. »

Cinéma et télévision

Si ce sont les illustrés américains (comic books) qui ont donné naissance à ce genre de foires populaires dès les années 1970 aux États-Unis, ce sont d’autres médias que la bande dessinée, à savoir le cinéma et la télévision, qui ont mené à leur croissance.

Le septième art s’est longtemps intéressé en dilettante aux superhéros de papier. Il y a eu le premier film de Batman (1966), puis ceux produits durant les années 1980 et 1990, ainsi que les films de Superman avec Christopher Reeves. Mais durant des décennies, ces productions étaient un sous-genre de la science-fiction au grand écran. Quant à la télévision, hormis les séries cultes de Star Trek des années 1960 (Star Trek) et 1980 (The Next Generation), les réseaux américains ne misaient guère là-dessus.

« Puis, on a eu les films Blade et The Matrix à la fin des années 1990, se souvient Caporale. Et la relance de la série Star Wars avec The Phantom Menace au même moment. Ça a brassé les choses. La qualité des effets spéciaux permettait de nouvelles possibilités. Et c’est devenu très rentable. Cela a surtout donné le feu vert aux films de Spider-Man et de la série des X-Men. »

On connaît la suite. Depuis l’an 2000, les productions liées à l’homme-araignée, celles liées aux mutants, la trilogie de Christopher Nolan du Dark Knight (Batman), ainsi que la kyrielle de films mettant en vedette les vengeurs (The Avengers, Iron Man, Thor et Captain America) ont rapporté des milliards de dollars à Hollywood, qui doit une partie de son salut financier à ces productions qui, comme celles de Star Wars, rapportent d’autres millions de dollars en produits dérivés.

Le film The Avengers (Photo : AP / Disney)

« Avant, ces productions s’adressaient aux geeks. Puis, des gros noms d’Hollywood (Hugh Jackman, Robert Downey Jr., Halle Berry, Heath Ledger, Christian Bale) ont commencé à jouer dans ces films. Il y a eu une sorte de légitimité. Maintenant, tous les acteurs et actrices veulent jouer là-dedans.

« À la télévision, c’est The X-Files (1993) qui a tout changé. Quand 30 millions de personnes regardent ça en même temps, ça devient accessible pour tous. Une série comme Surnatural n’aurait jamais vu le jour sans The X-Files. »

Aujourd’hui, tous les univers sont représentés à la télévision, qui s’est redéfinie dans les années 2000, des zombies de Walking Dead aux rois et reines de Game of Thrones en passant par les nouvelles séries Arrow et The Flash. Et cette nouvelle (jeune) clientèle de téléspectateurs ne fait que grossir les rangs d’événements comme le Comiccon.

Celui de San Diego, l’ancêtre du Comiccon qui a vu le jour dans les années 1970, est désormais utilisé par les studios de cinéma ou les réseaux de télé pour annoncer les nouvelles distributions d’un film ou d’une série, sinon pour dévoiler des nouveautés technologiques. D’ailleurs, les studios de Warner Brothers et ceux d’Ubisoft font une entrée remarquée en 2015 à Montréal avec les jeux vidéo.

Mais ce qui a le plus changé, ce sont les amateurs qui participent à ces foires de la culture pop. Il y a 30 ans, on voyait les gens porter des t-shirts ou une épinglette, tout au plus. Ce week-end, on risque de croiser Spider-Man, Batgirl, des tas de soldats de l’Empire et une foule de Wonder Woman aux abords du Palais des congrès. Aujourd’hui, les festivaliers font l’événement. Non, ils sont l’événement.

« Avant, c’était inacceptable de se costumer, sauf pour l’Halloween. Aujourd’hui, les gens mettent des mois à créer des costumes remarquables, note Caporale. D’ailleurs, le concours de costumes est l’activité la plus populaire, à égalité avec la rencontre des célébrités. »

Et un grand nombre de ces apprentis superhéros seront prêts à débourser des dizaines de dollars de plus que le prix de leur billet d’admission ce week-end pour se faire photographier avec leur acteur ou leur actrice préférés. Être un superhéros par procuration, c’est bien. Mais rencontrer le « vrai », il faut croire que ça n’a pas de prix.

Le Comiccon de Montréal, au Palais des congrès, du 3 au 5 juillet.