Blogue de Philippe Rezzonico

Vive la Môme! : les chansons de Piaf célébrées à Montréal

mercredi 17 juin 2015 à 9 h 41 | | Pour me joindre

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Édith Piaf (Photo : AFP)

Édith Piaf (Photo : AFP)


Édith Piaf, dite la Môme, est née le 19 décembre 1915, il y a 100 ans cette année. Elle nous a quittés à l’automne de 1963, soit il y a plus d’un demi-siècle. Une éternité en soi. Pourtant, le mythe de la chanteuse est encore bien vivant, comme en font foi les relectures de son œuvre, les adaptations cinématographiques de sa vie et les incontournables hommages musicaux.

C’est l’objectif du spectacle Piaf a 100 ans. Vive la Môme! qui sera présenté lors des FrancoFolies de Montréal, le 17 juin, à la Maison symphonique, puis en tournée au Québec en novembre. Mais comment rendre justice, dans un spectacle hommage, à la voix la plus singulière et inimitable qui soit? En respectant l’esprit de la légende.

Yann Perreau est la barre de cette production en qualité de metteur en scène, tout comme pour un autre spectacle collectif, celui de Légendes d’un peuple, qui sera présenté en clôture des FrancoFolies, le 20 juin.

L’artiste a pris du galon, lui qui nous a habitués à des tas de participations lors de spectacles collectifs ou individuels durant les FrancoFolies au fils des ans. On se rappellera sa participation aux prestations d’Alain Bashung il y a plus d’une décennie, ou celle de l’hommage à Jacques Brel… de 1998. Un habitué, le Yann.

Mais Piaf? Vraiment? Perreau n’était même pas né quand la Môme est morte.

« Ben oui… Quand j’étais tout petit, ma grand-mère me chantait Milord pour m’endormir, se rappelle Perreau. Et à la fin des années 1990, j’avais un coach vocal qui m’a fait connaître son répertoire, moi qui n’est tellement pas un grand chanteur classique. »

Tous ceux qui suivent la carrière de Perreau depuis Doc et les Chirurgiens savent à quel point ce dernier n’est pas conformiste dans ses approches scéniques. Ni, peut-être, dans le choix des artistes qui participent au spectacle. Outre sa participation, on trouve sur scène Betty Bonifassi, Daniel Lavoie, Florence K, Marie-Thérèse Fortin, Sylvie Moreau et Martha Wainwright.

Spectre large

Des femmes, bien sûr, mais aussi des hommes pour chanter Piaf. Des francophones, mais aussi des artistes qui chantent couramment en anglais. Et des chanteurs de carrière, parmi lesquels on trouve des comédiens plus identifiés au théâtre ou à la télévision qu’au chant. Un spectre large. Une distribution atypique s’il en est une.

Il y a tout de même une certaine logique à travailler avec des comédiens qui savent chanter. Impossible d’évoquer Piaf en faisant abstraction de la dimension théâtrale qui l’habitait sur scène.

« J’ai eu l’occasion de chanter Les mots d’amour lors d’un spectacle à La Licorne il y a longtemps, se souvient Sylvie Moreau. J’étais intriguée quand Yann m’a approchée pour participer à cette production.

« Je trouve ça excitant de me colleter à ce répertoire. Je vois ça comme un défi. Piaf a toujours eu une dimension théâtrale. J’avais envie d’effiler ses chaussures. »

Yann Perreau et Marie-Thérèse Fortin sur le plateau de Pénélope McQuade pour le spectacle Piaf a 100 ans. Vive la Môme!

Le succès de ce genre de spectacle repose sur le fragile équilibre entre l’interprétation et le respect des chansons. Si on appuie trop, on verse dans le mimétisme, et la comparaison avec l’artiste célébré tourne rarement à l’avantage des nouveaux interprètes. Mais si l’on demeure trop distant de l’œuvre, on passe aussi à côté de la cible.

« Sylvie et Marie-Thérèse sont deux très bonnes chanteuses, précise Perreau. Florence chante La foule comme si c’était sa chanson, et Betty est celle dont la voix se rapproche le plus de celle de Piaf. Avec Martha, ça fait une belle palette… Nous voulons être le plus près possible de l’œuvre, mais il n’est pas question d’imiter Piaf. »

Avec Yves Desrosiers qui assure la direction musicale, chaque interprète trouve ses repères en fonction de ses forces et de ses limites.

« Il y avait chez Piaf un certain maniérisme, note Moreau. Elle avait une façon particulière de mordre dans les consonnes. J’ai la même tonalité qu’elle et une voix un peu nasillarde », dit celle qui reprendra Les mots d’amour et s’attaquera à quatre autres titres de la Môme dans la production.

« Ce sont des chansons qui nous sont tellement familières qu’il y a des difficultés qu’on ne peut pas contourner, souligne Marie-Thérèse Fortin. Parce que nous sommes habitués à les entendre d’une façon bien précise. C’est dur de lutter contre ça », dit celle qui aura la tâche d’être la narratrice du spectacle par l’entremise d’un personnage imaginaire qui aurait pu être celui de l’auteure Marguerite Monnot ou de Simone Berteaut, la demi-sœur de Piaf.

« Pour une chanson comme Non, je ne regrette rien, tu te demandes comment la faire différemment, cette montée-là. Ce n’est pas évident. »

Durant des années, les spectacles hommages étaient souvent une affaire d’un soir, comme les cartes blanches qui ont fait époque aux FrancoFolies. Mais plus en plus, les productions ont une durée de vie prolongée. Le plus récent hommage à Brel a été présenté en région, tout comme le spectacle musical Belles-sœurs. Et ce sera le cas de cet hommage à Piaf, dont 15 spectacles sont prévus à l’automne.

« Ça me ravit, assure Marie-Thérèse Fortin. Je trouve toujours cruel de travailler si fort durant des semaines pour quelque chose d’éphémère, précise celle qui était de la distribution qui a joué plus de 200 fois Belles-sœurs dans la province depuis sa création. Et ça nous donne le temps de maîtriser quelque chose. »

« On a rapidement su qu’il allait y avoir une tournée, renchérit Moreau. C’est formidable. C’est intense de faire tout ça uniquement pour une soirée. Là, c’est exactement comme au théâtre, où l’on peut entrer dans la peau de son personnage. »

La fille de la rue

Piaf le disait quand elle était toute jeune et chantait sur les trottoirs : « Mon conservatoire, c’est la rue. » C’est cet esprit que Perreau veut recréer.

« Le spectacle n’est pas une biographie chronologique, assure-t-il. Le centre d’attraction sera un bistro, où tous les protagonistes seront présents. Ce n’est pas un spectacle comme Elvis Story. Avec nos 25 chansons, on veut recréer l’esprit de la chanteuse avec une pensée sincère pour celle que l’on va célébrer. »

Piaf a 100 ans. Vive la Môme, le 17 juin à la Maison symphonique, aux FrancoFolies de Montréal. Tournée automnale à suivre.