Blogue de Philippe Rezzonico

Ni franco, ni anglo: que fera l’ADISQ de Loud Lary Ajust?

vendredi 5 juin 2015 à 16 h 28 | | Pour me joindre

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Loud Lary Aujst

Loud Lary Ajust

Loud Lary Ajust, un trio qui mélange français et anglais, ne verra pas son album Blue Volvo retenu dans la catégorie album hip-hop de l’année lors du prochain Gala de l’ADISQ, pas plus que dans la catégorie album anglophone de l’année d’ailleurs, a-t-on appris vendredi matin dans La Presse.

Une affaire de chiffres… Une histoire de langue… Une controverse (une autre)… Et la preuve que le son vibrant et actuel qui émane de la rue est toujours en mouvance, souvent trop rapide pour les galas, qui catégorisent la musique à des fins de remises de prix.

Ici, la langue d’expression et les chiffres sont liés. Dans la réglementation de l’ADISQ, un « produit de langue française » est un produit « dont au moins 70 % du contenu est de langue française ». Visiblement, selon les calculs de l’ADISQ, ce n’est pas le cas de Blue Volvo.

Tout disque qui atteint un pourcentage de matériel francophone de l’ordre de 61 %, 64 % ou 67 % ne peut donc être nommé dans une catégorie francophone du gala, peu importe son genre musical. Conséquemment, un album qui atteint de tels pourcentages ne peut contenir au moins 50 % de matériel anglophone, ce qui lui permettrait d’être en nomination dans la catégorie album anglophone de l’année. L’opération est purement mathématique.

Alors, quoi? On gueule? On dénonce? Les membres de Lord Lary Ajust, dont l’album est sous étiquette Audiogram, ne sont pas contents. On les comprend. L’ADISQ se défend, en disant qu’elle a respecté à la lettre les critères d’admissibilité. Il n’y a pas de raison d’en douter. La dernière chose que l’ADISQ désire est une énième controverse linguistique.

Et si, tout simplement, la réalité ne faisait pas bon ménage avec les concours qui sont, par définition, encadrés par des paramètres de toutes sortes.

Combien de fois, au cours des ans, a-t-on vu des artistes ou des albums écartés pour diverses réglementations? Combien de fois l’ADISQ a-t-elle modifié des appellations de catégories musicales ou en a-t-elle créé d’autres, histoire d’être conforme à l’air du temps? Cela fait des décennies que ça dure.

Chaque année, l’ADISQ se donne une période de quelques semaines pour réviser les critères d’admissibilité et les paramètres de chacune des catégories. Toutefois, ces modifications et ces transformations surviennent toujours bien après quelques injustices ou incohérences. Disons simplement que les musiques hip-hop et électronique existaient déjà depuis un bon moment quand l’ADISQ leur a finalement consacré des catégories.

Il y a 40 ans, on chantait en français ou en anglais au Québec, et en espagnol, en italien ou en grec dans d’autres pays. Cependant, en général, une chanson était dans une seule langue. Plus maintenant.

Comme la musique qui fusionne parfois allègrement pop, rock, hip-hop et électro dans une seule et même composition, les langues s’entrechoquent. Radio Radio s’exprime en français, en anglais et en chiac. Les Dead Obies chantent en franglais. Quant à Lisa LeBlanc, elle s’exprime comme elle seule peut le faire…

L’ADISQ devra peut-être apporter d’autres modifications à ses catégories en début d’année 2016. Ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, la balle sera dans leur camp. D’ici là, de plus en plus de gens découvriront Loud Lary Ajust. Rien de tel qu’une controverse qui ressemble à une tempête dans un verre d’eau pour mousser une œuvre, surtout quand elle est de qualité comme celle du trio de Lary Kidd.

Et qui sait? À défaut de mettre le groupe en nomination, l’ADISQ pourrait inviter Loud Lary Ajust à prendre part en direct à son gala télévisé l’automne prochain. Ce serait une belle façon de prouver qu’au-delà des critères d’admissibilité de ceci ou de cela, la chose la plus importante est de diffuser à heure de grande écoute et pour le plus large public la musique jeune et actuelle de chez nous.