Blogue de Philippe Rezzonico

Mononc’ Serge n’épargne – encore une fois – personne

vendredi 5 juin 2015 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Mononc' Serge : le retour du franc-tireur musical. Photo Myriam Francoeur

Mononc’ Serge : le retour du franc-tireur musical. (Photo : Myriam Francoeur)

Il ridiculise. Il se moque. Il égratigne. « Il », c’est Mononc’ Serge, un artiste qui n’a jamais eu la langue dans sa poche. La parution de son nouveau disque, la semaine prochaine, coïncide justement avec un retour à la chanson d’actualité.

Entre les titres qui reposent sur des faits de société ou des faits – très – divers, comme il le précise, celui qui se définit comme un caricaturiste musical accorde une large part de ce nouveau cru à ceux qui nous gouvernent, ici comme ailleurs. Politiciens, tous aux abris! Mononc’ Serge est de retour.

Après trois écoutes de l’album Mononc’ Serge 2015, un passage de la chanson Des questions, titre qui explique en partie les interrogations du créateur sur sa forme d’art, revient en tête : « Le carré de sable où je déploie mes bébelles jouxte la ligne entre l’acceptable et le libelle. »

Il est vrai que la ligne est de plus en plus mince entre les deux. Il y a 30 ans, des tas de déclarations de politiciens, de gens d’affaires, d’artistes et de personnalités publiques tombaient dans l’oubli, faute de diffusion. Ce n’est plus vrai à l’ère des réseaux sociaux. On a d’ailleurs l’impression que de plus en plus de gens s’excusent auprès de particuliers ou à des groupes de pression à la suite d’une déclaration malheureuse.

Dans ce contexte, où est la ligne à ne pas franchir pour des artistes qui versent dans l’humour, peu importe sa forme?

« Les limites? Je ne sais pas, assure Mononc’ Serge. Ce n’est pas intuitif. Je suis provocateur… et souvent sur la limite. L’humoriste Mike Ward m’a dit que quand il avait l’impression qu’il y avait une limite quelque part… Qu’il y avait une ligne… Il avait le goût de mettre l’orteil de l’autre côté, histoire de taquiner la limite. »

« C’est une seconde nature chez moi. En faisant des chansons sur des sujets d’actualité, sociaux ou personnels, il y a un côté libérateur. »

Têtes de Turc

Les premiers ministres Philippe Couillard et Stephen Harper, le chef de l’opposition au provincial Pierre Karl Péladeau, les ministres Gaétan Barrette et Pierre Moreau, le député Justin Trudeau, l’ex-ministre Yves Bolduc, le maire Jean Tremblay, le groupe armé État islamique, les chefs d’État d’Europe en général et les séparatistes en particulier font tous partie de la mosaïque musicale et chansonnière de l’artiste. Et rarement à leur avantage…

Il faut admettre que Mononc’ Serge ne fait pas de distinction entre fédéralistes et nationalistes ni entre les paliers de gouvernement. Tous sont marinés et croqués à la même sauce : la sienne.

« Je ne fais pas ça avec une intention militante, assure l’auteur-compositeur. Je me vois comme un caricaturiste. Je ne suis pas là pour prendre position, même si parfois mon jupon dépasse. Je cherche un angle pour parler de choses qui m’interpellent ou qui portent à réflexion. »

Ce n’est pas d’hier que l’ex-membre des Colocs taquine nos élus. Il faisait ça dans les années 1990.

« Les politiciens, c’est du cas par cas, dit-il. Il n’y a pas de forme qu’équilibre. En 1998, j’avais fait une chanson intitulée Le frisé qui portait sur Jean Charest. Un animateur de radio en région m’avait dit qu’il lui avait fait jouer la chanson lors d’un passage à son émission. Il semble qu’il avait ri. »

« C’est dans notre nature de nous moquer des politiciens. Ils sont caricaturés tous les jours : en dessin (les quotidiens), par le biais de sites web satiriques (Le Navet, La Pravda), avec des parodies (émissions de radio) ou des spéciales d’humour de fin d’année (Bye-bye, Infoman). C’est moins courant en chanson. »

Coupe Couillard porte sur les mesures d’austérité de l’actuel gouvernement provincial, Fait très divers évoque le lynchage public de l’animateur Joël Legendre sans le nommer, Charlie Hebdo fait état de la volte-face des politiques d’Europe après le massacre des caricaturistes de l’hebdomadaire, tandis que PCP et PKP… Ici, le titre est sans équivoque.

Mononc’ Serge peut être drôle, cynique, cinglant, cru et même grossier sur les bords dans ses propos. Mais il s’estime timoré en regard de ce qu’on lit dans le cyberespace.

« Je regarde ce que l’on écrit sur les réseaux sociaux… Écoute, à la suite du décès de Jacques Parizeau, j’ai vu des commentaires comme ‘race pig‘. Il y a une violence verbale incroyable sur Internet et un manque de savoir-vivre. »

« Je suis moins porté sur le commentaire vitriolique. J’écris parfois sur des formes de connivences acceptées ou des rumeurs plus ou moins fondées, mais c’est du sarcasme. J’exploite ça, parce que je crois que c’est comique. »

De la télé au web et au disque

Ce disque concocté avec Pépé, Ugo Di Vito et Dominique Lavoie est né d’une succession d’événements sans lien apparent. Le point de départ : la participation en 2014 de Mononc’ Serge à l’émission télévisée Ce show… avec Mike Ward.

« J’étais invité régulièrement et on m’a approché pour être là sur une base hebdomadaire. On m’a proposé de jouer mes tounes. Histoire d’apporter de la variété sur les thèmes et le contenu, je me suis mis à composer des chansons inédites sur des thèmes d’actualité. »

Mononc’ Serge s’est acquitté de cette tâche de la mi-octobre jusqu’à la fin de l’émission, qui n’a pas été renouvelée par MusiquePlus. Et il s’est retrouvé en plan au début de l’année. Mais pas à court d’idées.

« J’avais une bonne banque de chansons à publier. J’ai décidé de grossir le noyau avec des capsules maison que j’allais diffuser sur le web. Mais après la première diffusion, Voir m’a contacté pour héberger mon concept sur sa plateforme. »

De là à se servir de toutes ses chansons pour faire un disque, il y avait un pas facile à franchir. Prochaine étape : la scène.

« Nous avons un programme double sur une scène extérieure aux FrancoFolies le 17 juin. Après, il va y avoir d’autres festivals d’été. »

Et probablement plein de sources d’inspiration durant la saison estivale. Car, on le sait, pour les caricaturistes, l’actualité ne prend jamais de vacances.