Blogue de Philippe Rezzonico

La nouvelle réalité des FrancoFolies

mercredi 27 mai 2015 à 12 h 30 | | Pour me joindre

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Foule importante lors du spectacle de Loco Locass aux FrancoFolies de Montréal en 2014
Foule importante lors du spectacle de Loco Locass aux FrancoFolies de Montréal en 2014 (Photo : FrancoFolies de Montréal)

En dévoilant mardi leur programmation extérieure, les FrancoFolies de Montréal ont clairement annoncé que c’est dans la rue que l’on fera la fête du 11 au 20 juin.

Toutefois, les quelque 120 prestations prévues sous le soleil, les étoiles ou la pluie ne peuvent masquer le fait que l’édition 2015 du festival francophone est celle qui propose le moins de spectacles payants depuis au moins 15 ans. Bienvenue dans la nouvelle réalité des Francos.

Ne remontons pas trop loin dans le temps; concentrons-nous sur le passé récent. Lors des cinq dernières années (2010-2014), une cinquantaine de spectacles payants, en moyenne, ont été présentés aux FrancoFolies (toutes salles confondues). Quand on tient compte des programmes doubles, des plateaux triples ainsi que des spectacles avec un invité en première partie, cela représente de 65 à 90 prestations distinctes. De plus, certaines cuvées ont été choyées avec l’ajout de productions d’importance comme Les Misérables (2010), Le Big bazar (2010), Douze hommes rapaillés (2012) ou Sainte Carmen de la Main (2013).

Cette année, il n’y aura que 35 spectacles « payants ». En fait, 34, en raison de l’annulation du spectacle d’Étienne Daho, soit près de 30 % de moins qu’en 2014. La raison principale qui explique cette baisse est l’abolition de la traditionnelle série de fin de soirée (23 h) qui prenait place depuis trois ans aux Katacombes. Une série qui nous a offert plusieurs spectacles mémorables depuis 2012, quoique pas toujours très courus.

« C’est uniquement pour des raisons financières, confirme Laurent Saulnier, le vice-président à la programmation et à la production. Nous n’avons jamais trouvé la bonne adéquation pour nous permettre de rentabiliser cette série. Non, ce n’est même pas le bon mot… Juste pour nous permettre de ne pas perdre de l’argent. Quand tu comptes le cachet, la location, etc., il aurait fallu vendre le billet 35 $ et espérer des salles combles chaque soir (300 personnes).

Radio Radio
Radio Radio (Photo : FrancoFolies de Montréal)

« On se faisait notre propre concurrence en présentant le même genre de groupes à l’extérieur. Là [aux Katacombes], ils n’étaient pas vus par grand monde, nous perdions de l’argent et même le bar ne faisait pas ses frais. C’était un cercle vicieux. En faisant jouer ces artistes sur les scènes extérieures, au lieu d’être vus par 50 personnes, 1000, 2000 ou 4000 personnes peuvent les voir. »

Les soirées difficiles

Historiquement, il y a très peu de spectacles payants en salle le lundi, soirée de petite affluence. Quant au dimanche, il a longtemps été sur un pied d’égalité avec le week-end. S’il y avait cinq ou six séries en salle le vendredi et le samedi, il y en avait autant le dimanche. C’était vrai jusqu’à l’an dernier. Plus maintenant.

Cette année, aucun spectacle en salle le lundi 15 juin et seulement deux prestations le dimanche 14, soit le concert d’adieu de Juliette Gréco et la deuxième soirée d’Émile Proulx-Cloutier. Les gens ne vont plus voir de spectacles le dimanche soir en festival?

« Après quelques années, on a réalisé que peu importe ce qu’on présentait le dimanche et le lundi, c’était plus difficile, poursuit Saulnier. Cette année, on joue safe all the way. En partie, parce que l’on traîne un déficit financier que l’on chercher à résorber. On ne veut pas le creuser davantage, on aimerait même commencer à le rembourser (rires). »

L’offre gratuite

Il était prévisible que l’effondrement du marché du disque et la baisse de fréquentation des salles de spectacle que l’on observe depuis quelques années finissent par avoir des répercussions sur les plus importants festivals. Si les FrancoFolies ne peuvent échapper à cette réalité économique, un aspect ne change pas, soit les spectacles gratuits.

« Il faut parfois faire des ajustements, admet le vice-président, mais là où l’on n’a jamais coupé, c’est pour l’offre gratuite qui est toujours la même. On s’en tient à la ligne éditoriale qui fait rayonner la francophonie, en respectant l’originalité de chacun, comme Radio Radio qui chante en chiac. »

La programmation extérieure des FrancoFolies, en effet, est copieuse : le spectacle anniversaire pour célébrer les 25 ans de la mort de Gerry Boulet, Les BB, le premier spectacle de Pascale Picard en français, Boukman Eksperyans, Samian, Bernhari, Salomé Leclerc, Rosie Valland et tutti quanti. Des nouveaux visages aux sonorités d’ailleurs en passant par des spectacles nostalgiques, on ratisse large.

« J’aime penser que l’on est audacieux. Aurait-on pensé, l’an dernier, que l’on allait présenter Alex Nevsky sur la grande scène cette année? Probablement pas. Et Koriass, son spectacle avec orchestre, on pensait vraiment l’offrir une seule fois en salle (en 2014). Mais devant le succès, on s’est dit que ça valait le coup de présenter une version 2.0 sur la grande scène. Et Les sœurs Boulay, qui donnent très peu de spectacles cet été, on voulait les produire sur la place des Festivals avant la parution de leur deuxième disque, histoire de boucler la boucle de leur premier cycle. »

Stromae au Centre Bell en 2014 à l'occasion des FrancoFolies de Montréal
Stromae au Centre Bell en 2014 à l’occasion des FrancoFolies de Montréal (Photo : FrancoFolies de Montréal)

La nouvelle concurrence

L’économie ne représente pas la seule réalité avec laquelle les festivals doivent composer. La concurrence est plus féroce. Il fut un temps où les FrancoFolies n’avaient pas vraiment de concurrent durant la saison estivale à Montréal. Ce n’est plus le cas. Cet été, des vedettes francophones établies comme Stromae (Belgique), Christine & the Queens (France) et Ariane Moffatt (Québec) seront au festival Osheaga.

« Que Stromae, Christine & the Queens et Ariane débouchent sur autre chose qu’un festival francophone, on devrait peut-être s’en réjouir, note Saulnier. Ça prouve que l’on a bien fait notre job.

» Stromae, on l’a présenté au Métropolis quand il a lancé son premier disque et que personne ne voulait l’avoir. Et il a fait deux [spectacles au] Centre Bell aux Francos l’an dernier. On a produit Christine & the Queens à Montréal en lumière cet hiver et tout le monde connaît le lien entre Ariane et les FrancoFolies.

» Stromae et Christine n’avaient tout simplement pas de disponibilités en juin. Quant à Ariane, on savait qu’elle allait faire Osheaga cette année et qu’elle serait aux Francos en 2016. Osheaga, ce n’est qu’une partie de la concurrence. Et il n’y en aura pas moins au cours des prochaines années. »

La nouvelle réalité, c’est ça.

Pour connaître la programmation complète des spectacles (en salle et sur les scènes extérieures) des 27e FrancoFolies de Montréal (11 au 20 juin).