Blogue de Philippe Rezzonico

L’éclatant renouveau d’Ariane Moffatt

samedi 23 mai 2015 à 2 h 46 | | Pour me joindre

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Ariane Moffatt
Ariane Moffatt, que l’on voit lors du lancement de 22 h 22, a fait un carton vendredi soir au Métropolis.

Elle m’a bien eu, la belle Ariane, avec 22 h 22, son disque onirique parfois aérien, tantôt atmosphérique, nappé de musique électro somme toute pas trop remuante. Charmé, étais-je, à l’écoute de l’album. Mais taillée pour la scène, cette galette? Je doutais un peu. Pourtant, depuis le temps que je la vois sur les planches. J’aurais dû savoir…

Vendredi soir au Métropolis, à 22 h 22 tapant (attention, concept!), Ariane a arrimé Eye of the Tiger, de Survivor, à la finale endiablée de Soleil chaleur et une foudroyante onde de choc a balayé la salle de la rue Sainte-Catherine. Si la naissance de ses jumeaux a, de son propre aveu, transformé la femme, l’artiste a démontré qu’elle ne cesse de se renouveler.

C’est ce qui frappait le plus, au plan musical. En 15 ans de carrière solo, Ariane Moffatt a incorporé au gré de ses chansons des touches d’électro-pop à ses offrandes, mais jamais comme sur son dernier bébé (musical).

Avec deux claviers, dont celui de Laurence Lafond-Baulne, la batterie électrique d’Étienne Dupuis-Cloutier et la basse de Jonathan Dauphinais, rarement un spectacle d’Ariane Moffatt n’a-t-il reposé sur une instrumentation aussi peu organique. Et pourtant, nous n’avons rien perdu en chaleur, en raison de la nature rassembleuse de l’artiste et de la participation de la foule, conquise.

Influences maîtrisées

Rêve se voulait à mi-chemin entre un spleen et un vol plané. Les tireurs fous était soutenue par des lumières stroboscopiques et était scindée par un solo au piano. Quant au groove lent de Hasard, tirée d’aussi loin q’Aquanaute (2001), il était livré avec des basses assourdissantes qui nous frappaient au plexus. On repérait ici et là pas mal d’influences de Massive Attack ou de Portishead, groupes marquants du trip-hop des années 1990.

Si Moffatt a joué à fond la carte de la nouveauté et a respecté à la lettre l’enrobage de ses nouvelles compositions d’entrée de jeu, elle a ramené tout le monde sur le plancher des vaches avec un doublé (toujours le concept) de chansons sensibles. Notez, tout – ou presque – prend une forme de dualité chez Ariane ces temps-ci. Son couple, ses jumeaux, le titre de son album qui repose sur le chiffre 2. Elle a même commencé son spectacle à 21 h…. 22. Sérieux.

Doublé sensible, donc. La première, Domenico, fort jolie, offerte piano-voix, et la seconde, Hôtel amour, avec le duo (!) de Milk & Bone, formé de Lafond-Baulne et de Camille Poliquin.

Milk & Bone, qui a offert la première partie, est à l’électro-pop anglo-saxon ce que sont Les Sœurs Boulay au folk francophone: un duo féminin qui construit des chansons mélodiques interprétées en harmonie. Hôtel amour est devenu un petit moment de grâce à trois voix qui s’est conclu par une finale au piano à quatre mains… et à trois pianistes. Belle technique.

À fond la caisse

Multi-instrumentiste, Ariane s’est installée derrière une batterie pour sa reprise de tournée (elle fait ça dans chaque virée). Cette fois, ce fut In the Air Tonight, de Phil Collins. Une interprétation solide qui a été immédiatement été enchaînée à Mon corps qui a bénéficié du concours de l’énergique rappeur Eman (toujours le concept du chiffre 2…) et même d’une phrase de Material Girl, de Madonna, utilisée tel un motif récurent.

L’enchaînement de ces deux titres, une version retravaillée et dynamitée de Réverbère (Ariane à la guitare électrique) et l’ajout des dynamiques Debout et Miami ont transformé le parterre du Métropolis en fourmilière (du moins, à vingt pieds du micro central, où j’étais. Mais ça semblait aussi sautiller derrière).

Sans surprise, le rappel a maintenu le concept en vie avec le doublé (!) participatif formé de Point de mire et Montréal, livré en mode acoustique (guitare-voix). En ajoutant, cela va de soi, les voix de 2000 personnes qui interprétaient deux des plus grands succès de Moffatt à l’unisson. Grand frisson.

Formidable, quand même… Moffatt a réussi, dans le même spectacle, à offrir les deux tiers de ses nouveaux titres dans leur mouture électro-pop, à moduler des anciennes chansons à ce moule, à s’offrir un intermède de toute beauté et à faire des offrandes dignes de feux de camp. C’est ce qu’on appelle avoir du métier.

Quel spectacle cela pourrait être sur une scène extérieure, me disais-je, avant qu’elle revienne conclure avec Toute sa vie. Ariane se disait sûrement la même chose quand elle a annoncé avant de terminer qu’elle participera le 1er août au Festival Osheaga.

C’est un rendez-vous.