Blogue de Philippe Rezzonico

Cormier fait fi de la guigne du deuxième album

vendredi 15 mai 2015 à 1 h 59 | | Pour me joindre

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Louis-Jean Cormier au Métropolis à MontréalLouis-Jean Cormier au Métropolis à Montréal

Rien de tel que la parution d’un nouveau disque et une nouvelle tournée pour voir où se situe un artiste en regard de son passé récent. Progresse-t-il? Fait-il du sur-place? Ou bien, malheureusement, régresse-t-il?

La réponse offerte jeudi soir par Louis-Jean Cormier à cette interrogation a été à ce point sans équivoque qu’il y a de quoi être bouchée bée. La tournée de l’album Les grandes artères, paru en mars, et sa virée amorcée depuis seulement quelques semaines, peut-elle être – déjà – aussi convaincante que celle du Treizième étage? Peu de gens en doutaient en sortant du Métropolis.

Cormier, venu lui-même présenter Antoine Corriveau, son invité de première partie, semblait être le type le plus à l’aise au monde vers 20 h 30. Jeans, casquette et drink à la main : zéro stress et confiance visiblement au beau fixe après plusieurs prestations dans les régions du Québec depuis avril.

Mais nous n’étions pas en droit de nous attendre à une telle cohésion de la part de l’artiste et de ses cinq musiciens. Du moins, pas à ce stade-ci de la tournée. Et pourtant, le groupe était soudé comme si nous étions en train de voir le dernier spectacle de la précédente virée de l’ami Louis-Jean dans ce même Métropolis.

Ça coulait de source, ça s’enchaînait sans heurts, la définition des instruments était bien nette (bravo au sonorisateur), bref, nous étions à cent lieues des premières ou des rentrées ponctuées de pépins techniques et où la complémentarité des musiciens est à parfaire.

Oser

Et on ne peut reprocher à la tête d’affiche de s’être lovée dans sa zone de confort. Cormier a livré d’entrée de jeu six nouvelles chansons. Six! Même U2, pour le coup d’envoi de sa tournée mondiale hier soir à Vancouver, n’a pas risqué un tel coup de poker, logeant les classiques Out of Control et I Will Follow parmi ses quatre premières offrandes. Il a osé, monsieur Cormier, osé au point de livrer les 13 titres de son nouvel album lors d’un spectacle qui comprend… 17 chansons. Jamais vu ça.

D’ordinaire, le public n’est guère familiarisé avec les nouvelles compositions. Pas cette fois. Écoute presque attentive – après le bavardage incessant durant la prestation de Corriveau – pour Les hélicoptères, quand les musiciens baignent dans un clair-obscur. Réaction unanime au terme des pulsions irrésistibles de St-Michel, synchronisées avec les spots de lumière. Et interprétation spontanée de l’assistance des paroles de Si tu reviens, quand une section de 10 cuivres, dont cor et tuba, se joint aux six musiciens. Un régal.

« Vous chantez bien, vous chantez fort, vous chantez juste », a dit Cormier, peut-être bien la seule fois qu’il s’est adressé au public autrement qu’à la deuxième personne du singulier («tu»), ce qui est devenu autant une manie qu’une marque de commerce.

Quand la foule hurle dès qu’elle reconnaît deux mesures, comme cela a été le cas pour une nouvelle chanson comme Tête première, tu comprends que la popularité que Cormier s’est forgée durant son passage à La voix n’a pas baissé d’un cran. Bien au contraire.

Et on sent qu’il ne tient rien pour acquis. Il assure que lui et ses collègues vont « tout donner », et ils le font. Vol plané, avec la voix en écho et des projecteurs vers le plafond, est envoûtante. Le jour où elle m’a dit je pars incite au voyage et aux changements d’univers avec ses montées sonores brusques et ses accalmies. Et tout le monde suit le mouvement.

Les métamorphoses

Ce même public qui n’arrive pas à reconnaître la longue introduction de Bull’s eye, première offrande la soirée tirée du Treizième étage. Et pour cause. Avec Adèle Trottier-Rivard et Alex McMahon qui s’offrent un xylophone à quatre baguettes et Marc-André Lambert qui martyrise ses percussions, Cormier métamorphose l’enveloppe de son jeune classique et lui donne un nouveau souffle. Pas de zone de confort, disais-je plus haut. J’avais l’impression d’entendre Paul Simon, période Graceland.

Cette même instrumentation collective penchait plutôt pour des clins d’œil aux sonorités des années 1980 d’Indochine pour Le cœur en téflon. Tout aussi rafraîchissant, cela dit. C’est probablement Tout le monde en même temps qui était la plus proche de sa forme d’origine, mais ce trio de chansons connues et remodelées a eu un effet bœuf.

Jouer des tours, quand Cormier et Trottier-Rivard se sont assis sur la scène pour un duo intimiste, se voulait une passe aussi méritée que réussie. Ce fut moins le cas pour Montagne russe, cette fois en trio avec Simon Pedneault au banjo. Moins bonne livraison, tout simplement.

Faire semblant et sa défonce rock, et La fanfare avec les cuivres aux avant-postes ont été des moments forts avant le rappel. Mais c’est Un refrain trop long qui a eu droit au seul commentaire politique de la soirée, quand Cormier l’a dédiée aux gens qui se « mobilisent » et au candidat péquiste Alexandre Cloutier.

Quand il a bouclé près de deux heures de spectacle avec Deux saisons trois quarts et ses jolies notes chaudes qui s’étiraient à l’infini, la cause était entendue : Louis-Jean Cormier a fait fi de la guigne du deuxième disque et a passé avec brio le test de la scène.