Blogue de Philippe Rezzonico

Jean-Pierre Ferland s’offre la Maison symphonique pour ses 80 ans

mercredi 29 avril 2015 à 2 h 20 | | Pour me joindre

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Jean-Pierre Ferland et l'OSM. Photo courtoisie OSM/Sébastien Vergne.

Jean-Pierre Ferland, ses choristes et l’OSM. Photo courtoisie OSM/Sébastien Vergne.

Au moment où j’écris ces lignes, j’ai à mes côtés le programme de la dernière tournée (2005-2006) de Jean-Pierre Ferland, auquel on a greffé le supplément « J’étais là le 13 janvier 2007 », le soir du dernier tour de piste de la légende de la chanson québécoise.

On connaît l’histoire… Comme Aznavour et tant d’autres avant lui, Ferland n’a pu résister à l’appel des planches et il a célébré sur scène les 40 ans de son mythique album Jaune il y a quelques années. Pour ses 80 ans, il s’offre cette fois comme cadeau d’anniversaire trois soirées symphoniques avec l’Orchestre symphonique de Montréal et Florence K.

En fait, le cadeau, c’est plutôt celui du chef Simon Leclerc qui a fait à Ferland la proposition de cette collaboration qu’il ne pouvait refuser. C’est toutefois l’artiste qui a invité la belle et talentueuse Florence à participer à cet exercice toujours casse-gueule.

Et casse-gueule c’était, en ce mardi soir de première, car Ferland ne s’est pas pointé avec un groupe pop (guitare, basse, piano et batterie) à la Maison symphonique. C’était Ferland tout nu. Du moins, sans section rythmique. Uniquement lui et l’OSM. Enfin presque… Sinon pour le concours plutôt discret (piano, guitare) d’Alain Leblanc et celui, occasionnel, des choristes Lynn Jodoin et Julie-Anne Saumur.

Quand un groupe pop est flanqué d’un orchestre, ce dernier ne sert parfois qu’à enjoliver les mélodies ou ajouter des couches sonores. Ici, l’OSM a relevé des nuances insoupçonnées, il a transformé certaines versions d’antan et il a réussi à en magnifier d’autres.

D’entrée de jeu, par exemple, avec La grande mélodie, à la fois grande et mélodique, dont les arrangements symphoniques étaient plus prononcés que sur la version originale de 1968. Jolie contribution du hautbois et de la flûte, également, pour Sing sing, durant laquelle Ferland a intégré et interprété le refrain de Quand on aime on a toujours 20 ans.

Tons et couleurs

Un orchestre possède une richesse de tons et de couleurs. L’ajout de cordes durant Si je savais parler aux femmes a apporté une touche dramatique, le pont instrumental de Qu’est-ce que ça peut ben faire? semblait tiré d’une production cinématographique d’Hollywood et l’apport de la harpe et du clavecin lors de Maman ton fils passe un mauvais moment était rien de moins que ravissant.

Le risque dans une entreprise orchestrale, c’est que ce qui peut être grandiose devienne grandiloquent. Simon Leclerc et l’OSM ont évité les écueils en ne surchargeant pas les finales de crescendos pétaradants, ce qui est courant dans l’univers symphonique, sauf pour Un peu plus haut, un peu plus loin, où c’était de mise. Question d’équilibre.

Équilibre parfois rompu néanmoins, quand le mastodonte prend le dessus. L’orchestre a quelque peu noyé les paroles de Ferland à chaque début de couplet du Petit Roi (l’une des moins bien réussies de la soirée) et il a largement eu le dessus sur le chanteur lors de la finale d’Avant de m’assagir, qui fut néanmoins la chanson qui a eu droit aux plus audacieux arrangements. Si certaines introductions allongées étaient magnifiques (Une chance qu’on ça, notamment) on ne peut en dire autant de celle Envoye à maison. Aie, aie…

Le décorum

En forme et en voix, Ferland a su être Ferland en dépit du décorum qui sied aux grands orchestres. Cheveux coupés et bien placés, complet, cravate : on avait l’impression de revoir le jeune Jean-Pierre bien mis du début des années soixante. Mais la gestuelle était là (les grands mouvements de bras), les sourires étaient éloquents et l’humour au rendez-vous.

Avant de partager La musique avec Florence K (splendide première partie) en fin de programme, Ferland a salué l’OSM et Leclerc, qui a signé des arrangements « sympathiques, sensibles et célestes » qui ne sont « pas faciles à chanter ». Nous sommes d’accord.

C’est ce qui explique que ce concert – trop court – a été plus savoureux au plan musical (l’orchestre) qu’il n’a été émouvant (Ferland), hormis une poignée de titres comme T’es belle. En partie parce que les relectures musicales (intros, ponts, arrangements, montées, crescendos) ont mené à des variations qui ne sont pas faciles à gérer pour un artiste qui chante certaines de ces chansons de la même façon depuis 40 ans.

Question d’équilibre, disais-je plus haut. Ça devrait être plus soudé ce soir et demain.