Blogue de Philippe Rezzonico

La comète Hozier à Montréal

lundi 2 mars 2015 à 17 h 08 | | Pour me joindre

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Hozier durant la cérémonie des Grammy, en février. Photo AP/John Shearer

Hozier durant la cérémonie des Grammy, en février. Photo AP/John Shearer

Le vedettariat instantané ne date pas d’hier dans l’industrie de la musique et le phénomène est décuplé quand une plateforme visuelle s’y rattache. C’était déjà vrai au début des années 1960, bien avant que le clip ne soit une forme d’art. C’est tout aussi vrai au 21e siècle, en cette ère de médias sociaux.

En 1962, Shelley Fabares interprète Johnny Angel durant La famille Stone (The Donna Reed show) : plus d’un million de 45 tours seront vendus. Cinquante ans plus tard, en 2012, le clip Gangnam style du Sud-Coréen Psy fait son apparition. On compte aujourd’hui plus de deux milliards de vues. Deux époques différentes, deux supports distincts, un même résultat. Et l’histoire se répète avec Hozier.

Hormis sa famille, ses amis et la communauté musicale de son pays, très peu de gens connaissaient l’artiste Andrew Hozier-Byrne en dehors des frontières de l’Irlande en 2013. C’est une chanson nommée Take me to church qui a changé tout ça. Une chanson très bien écrite avec un propos fort et marquant, certes, mais qui doit sa popularité planétaire à un clip qui est devenu viral.

Inspiré du rejet des homosexuels par l’Église catholique et des actes de pédophilie commis par les membres du clergé contre des enfants, Take me to church, dans sa forme visuelle, montre un homosexuel battu par un groupe de renégats devant son amoureux.

Le clip en noir et blanc réalisé pour une bouchée de pain selon les normes actuelles a été mis en ligne il y a environ 18 mois. Succès phénoménal! À l’automne 2013, le clip enregistrait parfois 10 000 vues à l’heure durant les périodes de pointe. Depuis, plus de 86 millions de clics ont été enregistrés, uniquement sur YouTube.

Terminé, l’anonymat, pour Hozier-Byrne qui a réduit son nom d’artiste à sa plus simple expression. Après le minialbum (Take me to church) de septembre 2013, il a enchaîné avec un autre minidisque (From Eden) en mars 2014 et l’album Hozier, il y a six mois.

Succès international

La chanson phare de l’Irlandais s’est logée de la première à la quatrième position dans dix marchés mondiaux (2e position au Canada). Quant à l’album Hozier, il a atteint le palmarès des dix meilleurs vendeurs de neuf marchés internationaux (encore une fois, une 2e position au Canada).

Pour l’auteur-compositeur-interprète de 24 ans féru d’americana qui avait amorcé sa carrière au sein de la chorale irlandaise Anúna quand il avait 18 ans, les honneurs et les accolades n’ont cessé depuis.

Publicisé sur les réseaux sociaux par Taylor Swift et Adele, Hozier a été invité à participer à l’émission Saturday Night Live ainsi qu’à la spéciale télévisée de la maison de lingerie fine Victoria Secret, après avoir signé un contrat pour le marché nord-américain avec Columbia.

Bien mieux, Take me to church a été retenue dans la catégorie Chanson de l’année à la remise 2015 des trophées Grammy et Hozier a été invité à livrer une prestation en direct.

Take me to church s’est inclinée devant Stay with me, de Sam Smith, mais Hozier n’a pas raté son coup lors de son passage sur la plus grande scène planétaire de la musique. Son duo avec Annie Lennox (Take me to church/I put a spell on you) a été l’un des moments forts de la soirée.

C’est avec tout ce bagage que Hozier se pointe mardi sur la scène du Métropolis, lors de son deuxième passage à Montréal en moins de cinq mois. Les Take me to church, From Eden, Work song et Sedated vont-elles faire mouche dans une salle bien plus grande que le Théâtre Corona Virgin Mobile qui avait été retenu en octobre? Probablement, tant Hozier tire parti de sa popularité grandissante en Amérique.

Profitons donc – comme Hozier – de l’instant présent. On ne sait jamais ce que réserve l’avenir. Car l’histoire l’a prouvé : on peut devenir une vedette nationale (Fabares) ou internationale (Psy) en un clin d’œil, mais le vedettariat instantané n’est jamais garant de la suite des choses.