Blogue de Philippe Rezzonico

Summer of ’69, Heaven… Soirée nostalgique signée Bryan Adams

mardi 24 février 2015 à 1 h 54 | | Pour me joindre

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Bryan Adams a interprété toutes les chansons de Reckless au Centre Bell. Photo PC/Borsi Rossler

Bryan Adams a interprété toutes les chansons de Reckless au Centre Bell. Photo PC/Borsi Rossler

Quand Bryan Adams lance l’album Reckless, le 5 novembre 1984, le vinyle est le support dominant du marché du disque, un téléphone cellulaire est un boulet qui pèse plus d’un kilogramme et Musique Plus n’a pas vu le jour.

Trois décennies plus tard, la musique est diffusée majoritairement sur le web, un téléphone intelligent se glisse dans une poche et les chaînes spécialisées (MTV, Much Music, Musique Plus) qui ont connu l’âge d’or du clip diffusent des séries de télé-réalité.

Et les chansons de Reckless, elles, on-t-elles bien vieilli? Adams répondait lui-même à cette interrogation, lundi, au Centre Bell, avec la tournée du 30e anniversaire de son disque phare présentée au festival Montréal en lumière.

À notre époque où parfois une seule chanson se révèle être un succès planétaire pour un artiste, force est d’admettre que Reckless fait partie de ces albums qui défient l’entendement.

Six titres (One night love affair, Run to you, Heaven, Somebody, Summer of ’69, It’s only Love) ont cartonné au palmarès américain Billboard. Tous se sont hissés parmi les 15 titres les plus populaires. À l’époque, seulement deux artistes avaient réalisé un tel exploit : Michael Jackson, avec Thriller, et Bruce Springsteen, avec Born in the U.S.A..

Reckless, vendu à plus de 12 millions d’unités, fut le premier disque d’un artiste canadien à obtenir la certification diamant au pays (un million d’exemplaires écoulés).

L’intégrale

On ne pourra accuser Adams de fausse représentation. La tournée du 30e anniversaire de Reckless a permis d’entendre durant les 60 premières minutes toutes les chansons du disque et trois titres qui n’avaient pas été insérées sur l’album à l’époque, notamment la chanson-titre.

Le musicien a conservé l’esthétisme de la pochette pour les images qui défilaient sur les trois écrans géants au gré des chansons: que du noir et du blanc.

Pour ceux qui étaient adolescents ou jeunes adultes au milieu des années 1980, l’exercice fut un délice nostalgique. Les bombes aux refrains fédérateurs que sont Run To You, Someboby, Heaven, It’s only love (avec la voix de Tina Turner pour amorcer la chanson), Kids wanna rock (percutante) et Summer of ’69 (mémorable) ont fait mouche, comme d’habitude, mais c’était plaisant d’entendre One night love affair dans une livraison rafraîchie, de découvrir sur scène Reckless et The boys night out, et d’apprécier pour une rare fois le blues de Long Gone et l’esprit punk de Ain’t gonna cry, « pas très connue », comme le faisait remarquer Adams.

Le reste du catalogue

Mais pour celles qui ont écouté les chansons d’Adams sur les radios commerciales dans les années 1990, ce n’était pas le nirvana. En 1985, Reckless était un disque de jeunesse où Adams s’adressait aux filles comme le jeune homme dans la vingtaine qu’il était. Après, ce fut autre chose…

Le «après», du moins dans ce spectacle, ce fut à la suite de la troisième inédite livrée en mode voix-guitare (Let me down easy). Adams a noté que la portion concept du spectacle était terminée, mais qu’il avait fait 11 autres disques.

Un prétexte pour enchaîner aussitôt avec Everything I do (I do it for you) durant laquelle des tas de couples massés aux premières rangées du parterre se sont embrassés sous l’œil des caméras qui retransmettaient leur passion sur écran. Le petit couple tout sage devant moi s’est ainsi levé pour la première fois de la soirée afin de s’enlacer comme s’il était seul sur terre.

Soudainement, le Centre Bell est passé du noir et blanc au Technicolor, tout comme les images projetées sur les écrans. La fougue de jeunesse a fait place aux amours d’adultes et le rock est devenu plus pop. Dans la catégorie « adulte », on insère cette performance d’une spectatrice de la section 113 désignée par Adams qui s’est déhanchée dans des poses suggestives avec un faisceau de lumière braqué sur elle pendant If you wanna be bad you gotta be good. Torride.

Participation collective

Pour les 80 minutes restantes, les 12 418 spectateurs ont été mis à contribution pour les refrains – et même les couplets – de Please forgive me, Straight from the heart, She knows me, ainsi que Me voilà et All for love, deux chansons qui n’étaient pas annoncées sur la sélection remise aux membres des médias. Dire qu’Adams était charmé de cette contribution digne des meilleurs chœurs est un euphémisme. Il s’est d’ailleurs exprimé en français toute la soirée.

Et en dépit de nombreuses ballades, Adams a continué à mettre le pied au plancher pour le reste, à savoir, 18 til I die, When you’re gone, qu’il avait enregistrée avec Sporty Spice (Mel C) en 1998, la pince-sans-rire The only thing that looks good on me it’s you et une formidable reprise de C’mon everybody, d’Eddie Cochran. Un peu comme si Adams s’était dit qu’il n’avait pas 55 ans, mais bien l’âge qu’il avait en 1984.

Finalement, on-t-elles bien vieilli les chansons de Reckless et les autres ? Pas toutes, il est vrai. Mais elles sont désormais des classiques. C’est probablement l’une des raisons pour laquelle il ne reste qu’une poignée de billets pour le deuxième spectacle prévu vendredi soir.