Blogue de Philippe Rezzonico

Les nouvelles aurores de Marie-Pierre

vendredi 13 février 2015 à 15 h 39 | | Pour me joindre

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Marie-Pierre Arthur nous revient avec Si l'aurore. Photo : Marc-Étienne Mongrain

Marie-Pierre Arthur nous revient avec Si l’aurore. Photo : Marc-Étienne Mongrain

Marie-Pierre Arthur est graduellement passée du statut d’accompagnatrice de premier plan à celui d’auteure-compositrice-interprète de plein droit. La gagnante du prix Félix-Leclerc en 2012 fait un retour la semaine prochaine avec Si l’aurore, son troisième album depuis 2009.

C’est un disque qui démontre que l’auteure a raffiné ses qualités d’observation pour charpenter ses textes et que la musicienne, toujours aventureuse, n’hésite pas à remiser son instrument de prédilection, afin de sortir de sa zone de confort.

Dans le café du boulevard Saint-Laurent où a lieu l’entretien, Marie-Pierre Arthur, menue, souriante et posée, a l’allure d’une étudiante de fin de bac dans la vingtaine. Pas d’une jeune mère trentenaire.

À la lecture de ses textes  signés à quatre mains avec Gaële, il est pourtant évident que c’est une femme ayant du vécu qui s’adresse à nous. Les chansons de Si l’aurore parlent de désir, d’éloignement, de rupture, dans un contexte quelque peu chaotique pour les personnages qu’elles mettent en scène.

Il ne s’agit pourtant pas de récits autobiographiques. Si l’aurore a été réalisé par le pianiste et ex-Karkwa François Lafontaine, compagnon de vie d’Arthur depuis plus d’une décennie. Les remerciements dans le livret sont sans équivoque. Tout est au beau fixe.

En revanche, 2014 a été une annus horribilis sur le plan personnel pour nombre d’amis de l’artiste. Marie-Pierre, observatrice, s’est imprégnée comme une éponge de ces bouleversements autour d’elle.

« J’ai une empathie… Je me garroche dans les autres, dans la vie… Bien trop intensément, assure-t-elle. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans mon entourage. Je mets les choses en perspective par rapport à mon couple, même si ce n’est pas de nous qu’il s’agit. Il y a eu beaucoup de couples d’amis formés depuis une dizaine d’années qui ont eu des enfants et qui commencent à vivre des éloignements, des déchirements.

« On était dans autre chose il y a cinq ans. On voulait des flos. On voulait bâtir quelque chose… Maintenant, on a bâti quelque chose. Et là, what’s next? Tout le monde est perdu. Tout le monde cherche quelque chose. Et c’est difficile de ne pas faire de relation avec ce qui m’attend peut-être.

« On brûle la chandelle par les deux bouts. Dix ans, dans notre cas, c’est 25 ans pour d’autres. Trois albums, un enfant, la tournée ensemble… Ça va très bien, mais ce serait naïf de penser que tout ce qui arrive autour de moi ne nous guette pas non plus. »

Inspiration libre

Nombre d’auteurs cherchent l’inspiration dans le quotidien. Marie-Pierre Arthur le fait aussi, mais pour cette nouvelle tranche de vie musicale, elle semble avoir retenu des aspects plus sombres, pourrait-on dire.

« Quand je regarde une série télévisée, je ne regarde pas ça pour du monde qui va bien. Du monde qui va bien, c’est dull raide à regarder…. (Rires) Il n’y a pas beaucoup de viande. Cela dit, ça va plus mal là-dedans (En pointant son disque) que réellement dans mon entourage. Ça demeure de l’inspiration libre.

« Je me suis placée du point de vue de la personne trompée, de la personne qui trompe et du point de vue de la personne avant même qu’elle ne pense tromper l’autre… J’ai essayé d’aller jouer dans la tête de tous les intervenants. Dans La toile, je dis que Je vais tout te prendre et ne rien te laisser. Dans Papillons de nuit, c’est la chum de la personne qui trompe qui lui parle dans le casque…

« Je me suis amusée avec les profils. J’aime ça, faire des profils. Si je n’écrivais pas des chansons, j’écrirais des dialogues. Mes textes sont presque toujours sous forme de dialogues avant que ça devienne des tounes. »

Grooves cochons

La musicienne nous a habitués à des structures de chanson qui reposent sur des musiques folk, pop et rock. Si l’aurore va dans d’autres directions. Grooves lents et sensuels dignes de la soul de Huff and Gamble (Philadelphie), textures riches, chœurs, cuivres, effluves de blue-eyed soul. On ne parlera pas de métamorphose, mais Arthur ne joue pas la carte de la continuité.

L’arrivée de Joe Grass et de Sam Joly au sein du noyau dur créatif, ainsi que le départ de Robbie Kuster et d’Olivier Langevin (présents en qualité de collaborateurs) explique en partie ces différences. Mais tout cela n’est que la résultante de l’élément déclencheur qui a mené à l’orientation du disque.

« J’ai eu une révélation. Tu vas peut-être être déçu (Sourire). J’ai entendu un album des Commodores, le groupe de Lionel Richie. Je ne connaissais pas ça, moi, les Commodores (Groupe phare soul- funk des années 1970 et 1980). Et là, j’ai écouté le bassiste… Je me suis dit : « Je ne sais pas ce qui m’attend dans la vie, mais moi, je vais jouer comme ça. » »

« Ça a été la première chose dont j’ai été certaine en vue du disque. J’ai fait écouter ça à Frank (François Lafontaine) et il m’a dit :  Vraiment? Es-tu folle? Sérieuse?«  » Mais ça lui a pris deux secondes et il s’est mis à composer en pensant à ça. Il m’a regardé et il a dit : « C’est vrai? On va faire de la groove ? De la groove lente? Cochonne? » Il tripait raide. Il était tellement content. »

Cette révélation a mené à une autre décision. Draconienne. On risque pour un moment de ne plus voir Marie-Pierre Arthur manier sa fidèle Höfner, cette guitare basse en forme de violon popularisée dans les années 1960 par Paul McCartney.

« Je ne joue plus de la Höfner. Je joue de la basse haute précision. Ça donne complètement un autre son. La Höfner, j’étais tannée raide. »

C’est ainsi qu’est né ce disque francophone qui affiche pourtant des sonorités que l’on associe aux écoles de slow soul et au soft rock des années 1970. La basse d’Arthur, plus douce que naguère, est néanmoins bien en avant dans le mix. Ce disque va révéler une autre facette de la musicienne que l’on a découverte aux côtés d’Ariane Moffatt, de Mara Tremblay et de Stefie Shock.

« Quand je sens qu’un projet m’amène ailleurs, il y a quelque chose qui se passe de tellement fort. Si je n’entends pas de musique qui déclenche quelque chose, qui provoque quelque chose… Si je ne vis pas ça, je me sens fanée. Il faut qu’il rentre du nouveau dans ma vie. »

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Marie-Pierre Arthur, Si l’aurore (Simone). En vente le 17 février.

Première montréalaise, le 26 février, Club Soda.

Première québécoise, le 27 février, Impérial de Québec.