Blogue de Philippe Rezzonico

London Grammar: une plume et une musique bien de notre temps

jeudi 22 janvier 2015 à 20 h 23 | | Pour me joindre

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London Grammar: xx, Hannah Reid et Dan Rothman. Photo Jem Goulding

London Grammar: Dominic Major, Hannah Reid et Dan Rothman. Photo Jem Goulding

Parc Jean-Drapeau, le vendredi 1er août 2014, 18 h 30 : devant la scène verte du festival Osheaga, le brouhaha ambiant n’existe plus. Des milliers de personnes se taisent pour écouter la voix d’Hannah Reid survoler les mélodies atmosphériques et nocturnes de London Grammar. Un vrai tour de force en plein soleil.

Le public nord-américain devait renouer avec le trio britannique dès l’automne, mais la tournée a été reportée sans préavis à l’hiver 2015. Pour quelle raison? À l’aube du retour de London Grammar pour un concert à guichets fermés à l’Olympia de Montréal, vendredi, on a posé la question – et plusieurs autres liées – à la principale intéressée.

Au bout du fil depuis Toronto où le groupe anglais vient d’atterrir en provenance de Londres, Reid répond d’emblée et sans détour à la question : « Comment va votre voix? »

« Ça va vraiment mieux présentement, assure-t-elle. Il y a eu du surmenage. J’ai pris le temps pour que tout se replace et j’ai fait des exercices », dit-elle, confirmant ainsi que le report de la tournée était directement lié à sa santé.

London Grammar s’est révélé au public britannique et européen il y a deux ans avec la mise en ligne de l’extrait Hey now et la parution de l’album If you wait. La percée nord-américaine et mondiale a suivi en 2014, avec de nombreuses apparitions télévisées et un horaire de tournée surchargé.

« Oui, tout a été très vite l’an dernier. Mais honnêtement, ça change bien peu de choses au quotidien… sauf pour ce qui est des tournées. Là, c’est plus ardu. Il y a une pression additionnelle que l’on mesure avec ce que je définirais comme étant un autre style de vie. Mais entendons-nous, les tournées sont vraiment plaisantes, et ça nous permet de faire des tas de connaissances. »

De Nottingham à Londres

Hannah Reid est née à Acton. Elle fait la connaissance de Dan Rothman (composition, guitares) lors de ses études à l’Université de Nottingham. Le duo devient rapidement un trio avec l’arrivée de Dominic « Dot » Major, et ce, avant que le groupe s’établisse à Londres.

C’est la jeune femme qui a écrit les textes des succès Wasting my young years, Help me lose my mind (en collaboration avec le duo britannique de Disclosure) et Strong. Son écriture – tout comme sa personnalité – semble tenir en équilibre entre deux pôles. Les textes sont tantôt autobiographiques, tantôt contemplatifs. La personnalité semble forte et fragile, tout à la fois. Comment l’auteure se perçoit-elle? Plume autobiographique ou contemplative?

« Je suis un peu des deux. Dans mes textes, j’aime bien parler de la condition humaine et de la vie en général. Pour ce qui est de cette perception entre force et  fragilité, je le sais. La chanson Strong parle d’ailleurs de ça. Je suis comme ça. Cette dualité est là. »

Wasting my young years pourrait avoir été écrite par quelqu’un de bien plus âgé qu’Hannan Reid. Dans les faits, c’est plutôt un constat d’échec désillusionné bien de notre temps.

« J’étais peut-être précoce, admet-elle du bout des lèvres. Cela dit, Wasting my young years est de loin la chanson la plus autobiographique que j’ai écrite. »

Plume spontanée

À l’université, Reid a étudié l’histoire et la littérature, deux sujets qui apportent vraisemblablement de l’eau au moulin de l’auteur. Au fait, est-ce le cas?

« Je ne pense pas, réfute immédiatement la jeune femme. On ne devient pas un meilleur auteur parce que l’on a suivi des cours de littérature, par opposition à quelqu’un qui n’a jamais étudié les lettres. Cela indique simplement ton intérêt pour une forme de créativité. »

Quelqu’un comme Leonard Cohen semble toujours rechercher le mot juste et la phrase idéale pour exprimer une idée. D’autres plumes musicales, en revanche, tentent de choisir les mots qui vont privilégier l’émotion avant toute chose. Où se situe Hannah Reid?

« Je suis plus du genre spontané quand j’écris. Ça sort d’un coup, et les mots sont le reflet de mon état d’esprit du moment. »

Espace sonore

L’une des caractéristiques de la musique de London Grammar est cette capacité d’envelopper l’auditeur dans un univers aérien où paroles et musique cohabitent sans heurts, chaque entité laissant de l’espace à l’autre. Un peu comme chez Portishead ou The XX, auxquels le groupe a été comparé. Parfois, l’écoute de chansons de London Grammar nous plonge dans un monde qui semble défiler sous nos yeux en cinémascope.

« Ça a toujours été la philosophie du groupe depuis le début, confirme la chanteuse. On veut laisser de l’espace pour respirer. Il faut que l’émotion passe. Quant à l’aspect cinématographique, c’est quelque chose qui va de pair avec notre musique et on pense sérieusement à faire une trame sonore si l’occasion se présente. »

Là où Hannah s’avoue moins bonne juge, de son propre aveu, c’est quand vient le temps de mesurer l’effet de la musique du groupe sur ses admirateurs. À Osheaga, c’était patent, sauf pour celle que l’artiste français Dominique A décrit comme étant une « Adele qui possède de l’élégance ».

« Je m’en rends rarement compte, dit-elle d’ailleurs à ce sujet. Ce n’est pas comme lorsque l’on s’installe ensemble pour écouter notre musique, pour la décortiquer. Dan est plus instinctif que moi là-dessus. Dès la première écoute, il mesure à quel point une livraison a été étonnante. Moi, je suis trop proche de notre musique. »

Signe des temps, Wasting my youg years a déjà été reprise au sein d’émissions de téléréalité, et la chanson Hey now, remixée par le duo français The Shoes, fait partie intégrante d’une publicité de parfum.

« Une reprise, c’est le plus beau compliment que l’on puisse nous faire. Nous voulons tous que notre musique survive au passage du temps. Quant à la publicité, c’est une plateforme de diffusion d’aujourd’hui. Il suffit de choisir celle qui te représente le mieux et il faut faire preuve de retenue. La publicité pour Dior (avec l’actrice Charlize Theron), ce fut un honneur et c’est une belle création artistique. »

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London Grammar à l’Olympia de Montréal, vendredi 23 janvier. Première partie : Until the Ribbon Breaks.