Blogue de Philippe Rezzonico

Sam Smith, jeune sensation britannique, fait connaissance avec Montréal

mardi 20 janvier 2015 à 10 h 19 | | Pour me joindre

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Sam Smith | Crédit : John Shearer/Invision/AP

Sam Smith | Crédit : John Shearer/Invision/AP

Sam Smith. Il y a 18 mois, ce nom anglo-saxon qu’on pourrait qualifier de commun aurait pu être celui d’un barman de Melbourne ou d’un chauffeur de taxi de Brooklyn. Il est maintenant connu comme étant celui d’un artiste international. Sam Smith, un jeune Britannique de 22 ans, est désormais le chanteur le plus en vue du moment.

Smith, qui a récolté 6 nominations en vue de la cérémonie des Grammy du 8 février et 5 autres aux Brit Awards (25 février), a attiré pas moins de 12 601 spectateurs lundi soir au Centre Bell. L’engouement est-il justifié? Verdict.

« Je ne peux vous expliquer ce que je ressens présentement, dans une ville où je ne suis jamais venu », a lancé Smith à la foule après son doublé d’ouverture, la main sur le cœur. Venant de nombre d’artistes, le commentaire aurait semblé destiné à combler les spectatrices déjà surexcitées qui composaient les trois quarts de l’assistance. Pas cette fois.

Pour comprendre à quel point Smith était sincère, il faut savoir qu’il devait se produire il y a 10 mois au Belmont, une salle montréalaise de quelque 300 places. Le spectacle a été annulé en raison d’une invitation à l’émission américaine Saturday night live qui a propulsé la carrière du chanteur dans la stratosphère. Les artistes qui sont en tête d’affiche au Centre Bell après la parution d’un seul album (In the lonely hour) sont rarissimes. Même Lady Gaga a dû passer par le Métropolis.

Alors, pourquoi cet intérêt qui semble tenir du phénomène? Sûrement pas en raison de la durée du spectacle. Il y avait, certes, une première partie (George Ezra, intéressant), mais la prestation de Smith a eu du mal à franchir la limite syndicale de 75 minutes. Il est rare de se produire au Centre Bell avec si peu de matériel. Sur cet aspect, le répertoire de Smith n’a pas pris de l’expansion au même rythme que sa popularité.

On ne va pas voir Smith non plus pour la production qui l’entoure. Deux écrans sur les côtés de la scène, six blocs rectangulaires où sont placés cinq musiciens, trois choristes et c’est tout. Pas de passerelle qui survole l’aréna, pas d’effets pyrotechniques, pas de lasers. Rien. Plus sobre que ça, tu offres un récital piano-voix à la salle Wilfrid-Pelletier.

L’Anglais, avec sa coupe de cheveux à la Morrisey, son veston-cravate tel un Michael Bublé et ses espadrilles comme Jamie Cullum, n’est pas exactement une bête de scène. Cela s’explique peut-être par le trouble obsessionnel dont il souffre. Pour lui, chanter est une thérapie. Et le reste a peu d’importance.

Il faut aussi admettre que le sympathique jeune homme manque de métier. Demander aux spectateurs de mimer les pas de côté qu’il fait sur scène quand ils sont tassés comme des sardines au parterre ou coincés dans l’espace restreint de leur siège dans les gradins, c’est futile. Mais il est conscient de son inexpérience. Smith a d’ailleurs noté qu’il avait livré son tout premier spectacle il y a 18 mois devant 100 personnes. On peut mesurer l’immense chemin parcouru en un an et demi.

Maîtrise vocale

En fait, on ne va pas voir Smith. On va l’entendre. Sa voix justifie tout. Même s’il jure qu’il n’est pas « un gars triste, mais heureux », l’auteur-compositeur écrit presque exclusivement sur le thème le plus vieux du monde, celui de l’amour. Et avec l’émotion que sa voix souple et élastique arrive à transmettre, il touche la cible.

Peu importe s’il apparaît debout sur un piédestal rétractable en ouverture (le seul gadget de la soirée, finalement), on comprend durant Life support où il niche. Le slow groove sur lequel repose I’m not the only one n’est pas assez puissant pour générer un incendie du calibre de ceux d’Earth Wind and Fire, mais tout le monde se dandine à l’unisson. Nul besoin, non plus, de rajouter à la pulsion gospel qui sous-tend Give it to you. On ressent l’émotion.

Soutenu par ses choristes qui viennent le rejoindre à l’avant-scène et le public qui bat la mesure, Like I can met en vedette des voix énergiques qui reposent sur des rythmes aux effluves africains. Solide.

Doublé coup-de-poing

Et que dire du doublé central coup de poing formé de Good thing (piano-voix) et de Lay me down, où la voix de Smith vient de ses tripes et fait vibrer tout le monde. Là, j’avais oublié que nous étions au Centre Bell. Je me pensais au Belmont…

La voix de Smith se promène d’une octave à l’autre avec une aisance que peu de chanteurs possèdent, surtout pas ceux de 22 ans. Il pourrait tellement surcharger. Mais non. Il demeure tout en retenue pour la légendaire My funny Valentine rehaussée de violoncelle, au point que j’avais presque l’impression de voir un jeune Tony Bennett.

Smith sait être méchant avec Money on my mind – écrite pour envoyer promener des gens qui ne pensent qu’à l’argent –, mais il revient tout en douceur au rappel, a capella avec ses choristes, pour la fort jolie Break it to me, composée pour son premier ami de cœur. Et quand il boucle la soirée avec Stay with me, c’est comme s’il invitait plus de 12 000 personnes à le rejoindre.

Le verdict? Il y a beaucoup de choses à peaufiner pour les tournées à venir du jeune artiste, aucun doute là-dessus. Mais l’essentiel (la voix) vaut largement le détour.