Blogue de Philippe Rezzonico

Arthur H, le Québécois d’adoption

jeudi 15 janvier 2015 à 16 h 16 | | Pour me joindre

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Arthur H: de la France au Québec, du soleil partout. Photo courtoisie.

Arthur H: de la France au Québec, du soleil partout. Photo courtoisie.

Il y a, bien sûr, Thomas Fersen, qui vient nous voir avec une assiduité sans faille depuis 20 ans. Il y a, évidemment, Daran, qui réside au Québec depuis quelques années. Mais pour ce qui est de la longévité, aucun artiste provenant de l’Hexagone n’a été aussi présent sur nos terres qu’Arthur H depuis un quart de siècle.

Le Français revient nous présenter lors d’une tournée hivernale l’album qu’il a créé au Québec sous nos yeux l’an dernier. En causant de musique, de production, de grands espaces, de fait français et de culture, on réalise plus que jamais qu’Arthur H est désormais un Québécois d’adoption. Conversation.

Après les salutations d’usage au bout du fil, ce n’est pas une question, mais un constat qui amorce l’entretien : « Il fait moins 23 degrés ici ce matin », dis-je, histoire de faire comprendre à l’ami Arthur qu’une tournée québécoise qui le mènera de Rimouski à Alma en passant par Montréal, de la fin janvier au début février, n’est peut-être pas l’idée du siècle. Il faisait plus 7 degrés à Paris le jour de l’entrevue.

« Mais l’amour, c’est sérieux », dit-t-il, résumant en une courte réplique son lien avec les Québécois.

La réponse était prévisible. Arthur H n’est pas de ces artistes qui sont de passage chez nous uniquement pour faire de la promotion ou présenter des spectacles. Depuis le temps du Bachibouzouk Band du 20e siècle, il a créé de solides amitiés au Québec. Lhasa de Sela était sa meilleure amie. Son cercle d’intimes québécois s’est élargi depuis qu’il a travaillé avec la « tribu » de Lhasa (Patrick Watson, Mishka Stein, Robbie Kuster) et l’ex-Karkwa, le réalisateur François Lafontaine, pour la création de Soleil dedans.

Si c’est le concert offert en hommage à la disparue qui lui a donné le goût de travailler avec Watson et compagnie, l’idée d’un disque réalisé au Québec n’allait-elle pas de soi depuis le temps?

« C’était une évidence, oui. Et ce n’est peut-être pas le dernier non plus. Le Québec, en général, et Montréal, en particulier, m’ont toujours inspiré. Ça offre de nouvelles possibilités. La langue, l’espace, la sensibilité… C’est une terre en ébullition. Le frottement entre l’anglais et le français qui provoque des étincelles… Tout ça, c’est une richesse. »

– Il n’y a plus ça en France?

« C’est plus difficile de se rendre compte de ce que tu as chez toi. D’où l’intérêt des voyages. Quand j’arrive au Québec, j’ai un regard neuf. »

Les textes de Soleil dedans ont été composés à l’étranger, mais la musique a été créée au Centre Phi de Montréal, en janvier 2014, sous les yeux du public. Un processus hautement atypique pour un perfectionniste comme Arthur H. A posteriori, croit-il que le disque aurait été très différent, s’il avait composé ses musiques de façon traditionnelle?

« C’est impossible à dire. Le facteur troublant, c’est le temps. C’est une matière étrange. Des fois, on prend trop de temps. Ça se dilue. Là, on a pris très peu de temps. On a fait confiance à la spontanéité. Mais, si on avait fait autrement, on aurait fait face à d’autres problèmes. Il n’y a pas de processus idéal. »

– Tu n’as pas saisi que l’idée de faire vite au Québec est liée au manque de fric ?

« Globalement, c’est un peu pareil partout. Pas seulement au Québec. Les Québécois sont plus Américains que la France. Il y a un sentiment d’urgence chez vous. On joue notre vie [quand on créé un disque). Il n’y aura peut-être pas de deuxième chance. J’ai senti ça bien plus au Québec.

« En France, à cause du statut d’intermittent, il y a un côté fonctionnaire de la musique. Il y a plus de confort. Ça, c’est le bon côté. Au Québec, il y a un peu plus de folie. C’est une énergie qui me convenait. J’étais comme un poisson dans l’eau dans votre feu. »

– Ça explique des variantes de ton, comme le chant plus haut (L’autre côté de la lune, Une femme qui pleure)?

« Non. Je cherche la liberté. Si je veux transmettre quelque chose, je dois trouver ça en moi. Faire preuve de souplesse, ouvrir mon cœur… »

– Tu te remets en question. C’est plutôt rare chez les artistes qui ont un quart de siècle de métier. Nombre d’entre eux poursuivent dans la même veine, sur les acquis du passé.

« Je me remets en question. C’est une forme de désespoir. Une forme de sentiment d’échec. C’est ma façon de m’améliorer, de trouver des solutions. Et c’est aussi une forme de politesse face aux gens. Mon devoir est de me renouveler, d’être perpétuellement en ébullition par rapport à votre écoute. Si je veux surprendre, je dois me surprendre moi-même. »

Il y a 20 ans, les artistes québécois et français semblaient suivre des chemins parallèles en dépit de la langue commune. De nos jours, les collaborations avec les artistes d’outre-Atlantique ne sont plus une exception. Il suffit de penser à Ariane Moffatt avec – M – ou à Pierre Lapointe avec Albin de la Simone.

« C’est une histoire de génération, pense Arthur H. Le combat pour le français n’est plus du tout le même que lorsque j’ai commencé à venir au Québec. Les artistes sont souvent en avance. Ce mélange va être nécessaire pour lutter contre le rouleau compresseur de l’anglais. Le Français va nous unir plus que jamais en dépit de nos différences ».

­- Nous sommes si différents que ça?

« Vous avez une mentalité différente. Vous avez un ressenti différent. Vous êtes les Latins d’Amérique du Nord. Ça se sent dans votre chaleur, dans votre gastronomie… Vous avez un plaisir à cultiver l’art. »

Arthur H en tournée québécoise :

Gatineau (23 janvier, Salle Jean-Deprez)

Rosemère (24 janvier, Salle Pierre-Legault)

Montréal (27 janvier, Club Soda)

Rimouski (28 janvier, Salle Desjardins Telus)

Saint-Hyacinthe (30 janvier, Centre des arts Juliette-Lassonde)

Sherbrooke (31 janvier, Théâtre Granada)

L’Assomption (1er février, Théâtre Hector-Charland)

Québec (4 février, Théâtre Petit Champlain)

Rivière-du-Loup (5 février, Centre culturel de Rivière-du-Loup)

Alma (7 février, Salle Michel-Côté)