Blogue de Philippe Rezzonico

Son nom est Green, Dallas Green

vendredi 5 décembre 2014 à 15 h 08 | | Pour me joindre

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Dallas Green, le visage derrière de nombreux projets. Photo City and Colour.

Dallas Green, le visage derrière de nombreux projets. Photo City and Colour.

Un duo nommé You + Me a mis en marché une chanson du même nom en septembre. Elle : Alicea Moore. Lui : Dallas Green. Moore, ça va. Après tout, elle a vendu plus de 40 millions de disques dans le monde en 15 ans sous le nom de scène de P!nk. Mais Dallas Green? Aux États-Unis en particulier, le nom n’était guère familier.

Green a pourtant une aussi longue carrière que celle de P!nk, mais le Canadien n’a tout simplement jamais mis son nom à l’avant-plan dans ses réalisations musicales. De plus en plus de gens découvrent son œuvre actuelle et passée, et la tournée qu’il propose en décembre au Québec et en Ontario ne va qu’accentuer cette renommée. Portrait.

Vu de chez nous, on a l’impression que la collaboration de Green avec P!nk a dû mener à quelques commentaires du genre : « Dallas qui? » en sol américain. Peut-être même au Québec… Il n’est pas rare que des amateurs de musique connaissent un groupe sans pouvoir nommer ses membres.

Nous avons eu un exemple spectaculaire de ce genre au Québec l’an dernier, quand Louis-Jean Cormier a été désigné comme juge à l’émission télévisée La voix. Des milliers de gens ignoraient qui était cet artiste qui avait fait carrière pendant plus d’une décennie au sein de Karkwa, un groupe qui a pourtant remporté toutes les distinctions musicales possibles (Félix, Juno, prix Polaris).

Green, comme nombre d’artistes, a eu des débuts modestes.

Helicon Blue, ça vous dit quelque chose? Uniquement si vous connaissez tout de Dallas Green ou si vous êtes originaire de St. Catharines, en Ontario, où le principal intéressé a formé ce groupe à la fin des années 1990. De nos jours, on désigne le trio d’Helicon Blue (guitare, basse, batterie) comme étant le « vieux groupe» de Dallas Green. Il faut bien commencer quelque part.

La rage d’Alexisonfire

Pour bien des gens, la carrière de Green s’amorce en 2001 avec le populaire groupe post-hardcore Alexisonfire, qu’il forme avec George Pettit, Wade McNeil, Chris Steele et Jesse Ingelevics. Jordan Hastings remplacera Ingelevics à la batterie en 2005.

Rares sont les groupes canadiens aux sonorités lourdes issus de la frange alternative à avoir fait une percée significative auprès d’un public plus large durant les années 2000. Alexisonfire a été du nombre. Les albums Alexisonfire (2002) et Old crows/young cardinals (2009) ont été certifiés or (plus de 50 000 exemplaires), tandis que Watch out! (2004) et Crisis (2006) ont obtenu la certification platine (100 000 exemplaires).

En dépit d’une facture sonore abrasive, les chansons d’Alexisonfire étaient souvent nappées de fortes mélodies. Green, en parallèle de son travail avec le groupe, écrivait depuis le début des années 2000 des chansons de son cru. Ainsi est né ce qui a longtemps été son lieu d’expression parallèle, City and Colour.

La richesse de City and Colour

Le premier disque, Sometimes, a vu le jour en 2005. Avec son enveloppe folk, ses chansons acoustiques et des textes empreints de vulnérabilité, Green n’était plus du tout dans le même univers sonore qu’avec ses collègues, qui ont peut-être compris, d’instinct, qu’à plus ou moins long terme, les jours d’Alexisonfire étaient comptés.

La parution de Bring me your love (2008) et, surtout, la tournée qui a suivi n’allaient plus laisser planer de doutes, même si Green a alterné les tournées et les parutions d’albums avec Alexisonfire et son propre groupe durant les années subséquentes. En 2012, après une virée d’adieu sans Green, parti l’année précédente, Alexisonfire a fermé boutique.

Green – dont le prénom est un hommage à l’ancien gérant des Phillies de Philadelphie, Dallas Green — a ainsi pu se consacrer à ce qui était devenu son véhicule artistique principal. Déjà guitariste et pianiste, le musicien a pu élargir sa palette sonore avec City and Colour avec des instruments organiques des tels que l’harmonica et le banjo.

City and Colour est un peu pour Green ce qu’est Bran Van 3000 pour James Di Salvio : son terrain de jeu personnel, indépendamment des musiciens qui l’accompagnent en studio ou en tournée. City and Colour a ainsi partagé l’affiche avec Tegan and Sara en Amérique du Nord et P!nk en Europe. Green a également travaillé avec Gordon Downie (Tragically Hip) et Shad.

Tournée solo

Et sa démarche a porté ses fruits. Tous les disques de City and Colour, Sometimes, Bring me your love, Little hell (2011) et The hurry and the harm (2013), ont obtenu la certification platine depuis leur parution. Pour leur part, les chansons Fragile et Thrist ont grimpé au sommet du palmarès alternatif canadien. Joli fait d’armes en cette période moribonde de l’industrie du disque.

Les choses vont tellement bien pour Green qu’il s’offre une gâterie pour le mois de décembre : cinq spectacles en solo, uniquement lui et sa guitare, à Montréal, à Québec, à Ottawa et à Sherbrooke. Le spectacle de Montréal à la Maison symphonique affiche complet.

Et la popularité de Green aux États-Unis se porte très bien, merci, après des passages avec P!nk aux émissions de Jimmy Kimmel et d’Ellen DeGeneres. City and Colour a beau être dorénavant son vaisseau amiral de création, sous peu, tout le monde saura que le nom du créateur canadien derrière cette appellation se nomme Green. Dallas Green.

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City and Colour en solo

6 décembre – Montréal, Maison symphonique (complet)

7 décembre – Québec, Grand Théâtre

8 et 9 – Ottawa, Centre national des Arts

10 – Sherbrooke, Théâtre Granada