Blogue de Philippe Rezzonico

Amélie Veille, bien installée en France

jeudi 20 novembre 2014 à 23 h 31 | | Pour me joindre

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Amélie Veille: désormais liée à  Paris. Photo courtoisie.

Amélie Veille: désormais liée à Paris. Photo courtoisie.

PARIS – Rencontrer Amélie Veille dans un bistro de la cour Saint-Émilion est aussi naturel que de la croiser à Montréal. Avec son sourire craquant, ses cheveux qui flottent dans le vent de novembre et son manteau bien coupé, la Québécoise qui semble être une héritière de la Nouvelle Vague se fond dans ce décor néo-chic.

Cette impression est sans doute accentuée par le fait que l’artiste n’est pas en visite dans la Ville Lumière : c’est là qu’elle vit, écrit, compose et collabore avec des auteurs-compositeurs européens en vue de son prochain album. Rencontre.

Le hasard fait bien les choses, dit-on. Parfois, un coup de téléphone a le même effet. Ceux qu’Amélie Veille a donnés au parolier Boris Bergman et à l’auteur-compositeur François Bernheim au moment où elle a repris Mon cœur pour te garder, une chanson de 1977, interprétée par Noëlle Cordier, a provoqué une réaction en chaîne.

« J’ai contacté Bergman et Bernheim pour leur dire que j’avais repris cette chanson, se souvient-elle. On n’a pas l’obligation de demander la permission aux auteurs ou aux compositeurs quand on reprend une chanson, mais je l’ai fait par politesse. »

Repères historiques : Bergman a écrit, entre autres, pour Dalida, France Gall, Juliette Gréco et Alain Bashung (Gaby oh! Gaby et Vertige de l’amour). Bernheim a réalisé les deux premiers disques de Renaud, il a composé pour Patricia Kaas (Mon mec à moi, Les hommes passent) en plus d’être directeur chez Barclay. Des pointures.

Peu de temps après, lors d’un passage à Paris, l’auteure-compositrice et interprète québécoise rencontre les deux hommes séparément. Double coup de foudre, d’autant plus que ces messieurs apprécient au plus haut point la reprise de Mon cœur pour te garder.

Paroles, musiques et collaborations

« Ça a vraiment cliqué. Par la suite, tous les deux m’ont envoyé des chansons. Bernheim m’a offert des chansons toutes faites et Bergman m’a envoyé des textes que je mets en musique. Les textes de Bergman sont déjà musicaux. C’est géant. C’est un Anglais d’origine russe, marié à une Japonaise, qui vit à Paris et qui parle couramment huit langues, dont le mandarin, le polonais, l’espagnol et l’italien. Il est sensible au son des mots et il a une façon d’écrire avec plusieurs degrés de compréhension.

« J’ai commencé à mettre des musiques sur ses textes et je me suis rendu compte que ça m’amenait complètement ailleurs. Il m’en a envoyé d’autres et on a commencé à se renvoyer la balle. Puis, Boris et François ont commencé à m’écrire des chansons ensemble. Bernheim est plus mélodiste et il a un important réseau de contacts. C’est emballant. »

Mon cœur pour te garder s’est révélé un immense succès pour Amélie Veille. La chanson est restée durant 54 semaines parmi les 10 chansons les plus populaires du palmarès BDS de l’ADISQ, soit l’unité de mesure des chansons les plus entendues au sein du regroupement des grandes radios de la région de Montréal.

La vie sur les deux continents

Cette chanson lui a servi de carte de visite en France, notamment lors de prestations en première partie des spectacles de Garou, au Casino de Paris, à l’automne 2013, et d’une prestation individuelle à La Nouvelle Seine. Cette visibilité lui a même valu une invitation à l’émission de télévision Boulevard des planches, enregistrée à Deauville, en Normandie.

Après une année chargée passée à faire la navette entre le Québec et la France en 2013, une évidence s’est imposée d’elle-même.

« Tu ne peux pas travailler à distance », assure-t-elle, en parlant de ce qui est devenu son processus de création. « Il faut que je sois en France pour rencontrer les gens avec qui j’écris et je compose. Pour les voir au bureau, afin d’aller en studio, pour établir les contacts, etc. »

D’où le pied-à-terre qu’elle a désormais dans le 9e arrondissement, ce qui lui permet d’être présente des deux bords de l’Atlantique quand la situation l’exige. Elle est ainsi revenue au Québec tourner le clip de Jamais comme elle, quatrième extrait de son disque de 2012, après avoir demandé à Antoine Gratton de créer des arrangements de cordes. Quand elle aura livré ses derniers spectacles au Québec, elle sera de retour en France pour poursuivre son travail.

« Nous avons déjà enregistré une première chanson, qu’il reste à mixer en studio. Et j’ai aussi en tête ce qui pourrait être un premier extrait pour 2015. J’ai déjà beaucoup de matériel sous la main, mais je travaille sur plusieurs fronts, histoire de ne pas me retrouver le bec dans l’eau. La vie m’a appris ça. Elle prend parfois des chemins sinueux. Rien ne m’empêche de sortir un extrait, puis un autre, puis un autre… »

– Pas d’album, donc?

« On va commencer par sortir Mon cœur pour te garder en single en France. Puis, on va y aller avec un autre extrait. Puis, des spectacles. Je suis basée ici. Il faut en profiter. Ça pourrait être un EP, un genre de minidisque de six titres forts. »

Pour ce qui est des spectacles, l’artiste a également rencontré en France de jeunes artistes et auteurs, comme Jérémy Chapron, qui vont l’accompagner sur scène. Elle envisage quelque chose qui ressemble à l’esprit des soirées de cabaret d’auteurs Les veillées d’Amélie, présentées au Québec en 2011 et 2012.

« Mais ce seront avant tout des spectacles d’Amélie Veille », précise la principale intéressée.

Comme elle n’est pas aussi trash qu’une Lisa LeBlanc, mais pas du tout issue du moule préfabriqué des vedettes des émissions de téléréalité, on a parfois l’impression qu’une chanteuse et auteure tout en finesse comme Amélie Veille n’a guère de place évidente au Québec. L’Hexagone, avec sa tradition de grande chanson française, serait-il un terreau plus naturel pour elle?

« Je suis assise entre deux chaises », dit-elle en rigolant, à propos de sa situation au Québec. « Zaz et Rose ont réussi en France avec de la chanson à texte dans la tradition de la chanson française. De la tradition des variétés, qui n’était pas électro. Qui était très organique. Je m’identifie à ces deux artistes qui sont de ma génération et qui racontent des histoires. Nous avons toutes été nourries à la chanson française.

« Je ne me suis jamais préoccupée d’être dans la bonne gang, d’être à la mode… Ça fait plus de 10 ans que je fais de la chanson et j’ai du métier. En continuant à faire ce que je fais, en suivant mon cœur et mon inspiration, je vais faire mon chemin sur la durée. »

Sur la place des Festivals, ou bien sur les Champs-Élysées…