Blogue de Philippe Rezzonico

Toutes les faces de Vincent Vallières

mercredi 12 novembre 2014 à 23 h 50 | | Pour me joindre

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Vincent Vallières

Le microsillon, ce support audio fait de vinyle depuis la fin des années 1940, vit une renaissance, mais il a toujours eu des fidèles au sein de toutes les générations d’artistes. Vincent Vallières l’aime tellement que les spectacles qu’il présente jeudi (Face A) et vendredi (Face B) au Lion d’Or, durant le Coup de cœur francophone, s’en inspirent.

« On voulait se faire plaisir dans de petites salles. On a trouvé preneur », dit-il, en soulignant l’intérêt des organisateurs de l’événement annuel à sa proposition. « On voulait jouer des disques au complet. Les vieux bands font ça ».

Ce n’est pas d’hier que groupes et artistes proposent d’interpréter intégralement – dans l’ordre ou dans le désordre – toutes les compositions ou toutes les chansons d’un album phare durant un spectacle donné.

Roger Waters l’a fait avec The dark side of the moon et The wall, chaque fois, à l’aide de productions monstres. Van Morrison (Astral weeks), Steely Dan (Aja), les Pixies (Doolittle), The Breeders (Last splash), Our Lady Peace (Naveed), Public Enemy (It take a nation of millions to hold us back, Fear of a black planet) ont fait de même dans des tournées qui sont passées à Montréal ces dernières années, tandis que The Offspring (Smash) et Twisted Sister (Stay hungry) ont interprété leurs albums fétiches cet été, au festival Osheaga.

Au Québec, Jean-Pierre Ferland (Jaune) s’est prêté à l’exercice et on se rappellera que Les Cowboys Fringants ont été les premiers à réintroduire le plaisir de l’album intégral au 21e siècle durant en décembre 2002. Ils ont joué tous les titres de 12 grandes chansons, Sur mon canapé, Motel Capri et Break syndical lors d’une virée de 10 spectacles dans cinq salles de la métropole. Chanteurs et groupes de terroir francophones, rockeurs, punks ou rappeurs, peu importe : la proposition artistique reste la même.

D’ordinaire, les artistes offrent ce cadeau à leurs admirateurs durant une soirée unique. S’ils sont de stature nationale ou internationale, ils mettent sur pied une tournée, mais ils se limitent le plus souvent à un seul album. Pas Vallières.

« Je me suis inspiré de ce que Bruce Springsteen a fait il y a quelques années : jouer les chansons de plusieurs disques (Born to run, Darkness on the edge of town, Born in the U.S.A., The river…) lors d’une même tournée. »

Quatre disques

Vallières va donc survoler plus de 10 ans de carrière en 48 heures. Jeudi soir, il va interpréter toutes les compositions de Chacun dans son espace (2003) et du Repère tranquille (2006). Le lendemain, Le monde tourne fort (2009) et Fabriquer l’aube (2013) seront à l’honneur.

« C’est une tout autre expérience de spectacle. Je ne sais pas comment ça va se passer parce qu’on respecte la séquence du disque. Ce n’est pas un pacing de show. Il y a une cohésion. Les tounes sont placées dans un certain ordre. »

À moins d’interpréter fréquemment des albums entiers sur scène, l’exercice est loin d’être aisé. Si certaines chansons très populaires conservent leur droit de cité d’une tournée à l’autre, d’autres disparaissent dès qu’un nouvel album paraît. Et il y a les oubliées.

« L’école est finie (issue de l’album Le monde tourne fort), on ne l’a jamais interprétée sur scène. Elle est difficile à jouer. Et il y a pas mal de chansons qu’on a jouées pas plus de trois fois. Il y en a même plusieurs que je n’ai pas réécoutées depuis des années. Pour nous (Andre Papanicolaou, Michel-Oliver Gasse et Simon Blouin et moi), c’est un défi. Et c’est très bien ainsi. Tu ne peux pas monter sur un stage comme tu rentres au bureau. Il y a un désir, là, d’être sur scène… »

Vallières apprécie depuis toujours le vinyle : les grandes pochettes qui permettent à l’art de resplendir, le fait de prendre physiquement l’objet dans ses mains, de le déposer sur la platine, d’y placer l’aiguille et d’attendre durant quelques secondes l’arrivée des premières notes. Tous ne partagent pas ce goût.

Certains consommateurs embrassent la nouvelle technologie et ils préfèrent de loin des spectacles de grands succès avec moins de chansons obscures. La cohésion de l’œuvre à la source, l’idée directrice qui sous-tend un album, très peu pour eux.

Toujours vivant

« Il est important de garder ça vivant, soutient Vallières. J’ai un public qui s’intéresse à ce que je fais. Un public qui s’intéresse au disque. Un tel spectacle place l’artiste et l’auditeur dans un contexte particulier. On parle de disques plutôt que de chansons. »

Est que ce retour en grâce du vinyle n’est qu’une autre manifestation de nostalgie? Une mode qui va faire son temps?

« Il y a beaucoup d’aspects positifs avec les nouveaux modes de diffusion. Mais la pochette, l’objet physique… Il ne faut pas oublier qu’il y a des humains qui font la musique avant qu’elle se retrouve dans un iPod », précise celui qui écoute des « nouveaux classiques » comme les disques de Philippe B. ou le premier MGMT, et des classiques d’antan de Bob Dylan, des Rolling Stones et des Beatles.

« Le disque persiste et signe, comme une entité, dit-il. Toutes les chansons rassemblées prennent leur sens. Les amoureux des disques ont besoin de se rencontrer. »

Vincent Vallières, Face A (jeudi 13 novembre) et Face B (vendredi 14 novembre) au Lion d’Or, durant le Coup de cœur francophone.