Blogue de Philippe Rezzonico

Les hauts et les bas de Pascale Picard

mercredi 29 octobre 2014 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Pascale Picard. Photo LePetitRusse.

Pascale Picard. Crédit photo LePetitRusse.

L’album Me, myself & us a propulsé Pascal Picard au firmament des vedettes en 2007. Plus de 300 000 exemplaires vendus chez nous et en Europe. Des spectacles au Québec, en France, au Canada anglais, deux Félix… Le rêve éveillé, quoi.

Quatre ans plus tard, une Pascale Picard au nouveau look lance A letter to no one dont elle n’a vendu que 30 000 exemplaires. Que s’est-il passé? À la veille de la rentrée montréalaise de son disque All things pass, Pascale Picard fait le point. Conversation à cœur ouvert.

Retour en arrière. Los Angeles, février 2008. Pascale Picard et ses musiciens, Mathieu Cantin, Philippe Morissette et Stéphane Rancourt, se sont isolés derrière un mur, au fond du jardin de l’ambassade canadienne à Los Angeles, où le groupe vient de livrer une prestation liée à la présentation des trophées Grammy.

Picard, jeans, t-shirt, assise en tailleur, fume une cigarette, visiblement perdue dans ses pensées. On entendrait presque voler la proverbiale mouche, si ce n’était du brouhaha qui émane de la réception où champagne et petits fours attirent une foule chic et branchée. Pour l’auteur de ces lignes, présent sur place, le contraste est frappant avec l’image de ce groupe remuant qui a l’habitude de se défoncer sur les planches.

« Oui, je m’en souviens, dit Picard. J’ai beau être du genre verbomoteur et hyperactive (rires), je suis low profile dans la vie. J’habitais Québec. Je vendais des patates frites… Il n’y a pas moyen de se préparer à un tel succès, à se faire applaudir cinq soirs par semaine, le décalage horaire, tous les jours dans une ville différente… De 2007 à 2009, ça s’est passé trop vite. J’en garde des souvenirs confus parfois.

« Je chante depuis l’âge de 13 ans. J’ai toujours écrit en anglais, même si on me disait :  » C’est pas bon pour les quotas. »  Je n’avais pas planifié d’être chanteuse. J’étudiais pour être prof. »

Me, myself & us a cartonné au Québec et dans une France séduite par la jeune Québécoise francophone qui chantait dans la langue des Beatles. Et il n’y a pas que le public qui a été séduit.

Artiste française

« La France a acheté le contrat de Me, myself & us. Nous sommes devenus des artistes français au début 2008. Si Universal France n’avait pas acheté ce contrat, je ne pense pas qu’on aurait fait salle comble à La Cigale. Ils avaient placardé le métro d’affiches. Et puis, on a fait L’Olympia. »

Le rêve, disais-je. Mais toute médaille a son revers.

« Quand est venu le temps de faire le deuxième disque, nous étions à 6000 kilomètres de là. La communication était difficile. La France était fâchée parce que nous avions pris des décisions sans eux. Cela a été comme une relation de couple qui s’est détériorée à la vitesse de la lumière. Ils n’ont jamais sorti l’album là-bas. Bref, les 30 000 exemplaires vendus de A Letter to no one, c’est sans promo et sans clip. Je ne vois pas ça comme un échec. »

Ce deuxième album paru au Québec, pas vilain du tout, a surpris plus par son contenant que par son contenu. La musique était plus lisse, moins rugueuse, moins spontanée. Picard elle-même avait une tout autre allure. Les cheveux courts étaient devenus longs. Les t-shirts et les espadrilles avaient été remplacés par des robes et des bottes (rentrée montréalaise 2011), un peu comme si l’Alanis Morissette québécoise s’était transformée en une France Gall brune au look rétro.

« Pour le deuxième album, je me suis cherchée. J’étais déboussolée. Le disque était un peu aseptisé. On a tellement travaillé dessus. Il y a des « erreurs » qu’on voulait corriger et je voulais être une meilleure guitariste. Pour le look, j’avais envie d’essayer ça. J’avais toujours été le petit bum aux cheveux courts. Jamais été la belle fille… J’aspirais à quelque chose de différent. »

Pascale Picard n’a pas lâché prise, en dépit du fait qu’elle est retombée partiellement dans l’anonymat, et c’est une réalisation parallèle, un album de reprises concocté pour la série télévisée Trauma, qui l’a relancée.

« Fabienne [Larouche] m’a dit : « C’est toi que je veux en guitare-voix. » J’avais de bonnes chansons sous la main (Dylan, Rolling Stones, Cohen). Je ne voulais pas les scraper. Ça m’a permis de revenir à la base. Je n’avais plus besoin de me cacher derrière une belle coupe de cheveux. »

L’inspiration

Tout le monde le sait, il n’y a rien de tel que le vécu pour inspirer de nouvelles chansons. Et l’écoute d’All things pass est sans équivoque. Thérapeutique, ce disque?

« (Rires) La musique est pas mal souvent une thérapie. Il y a beaucoup de chansons à double sens. J’étais très fâchée, très déçue. Il y a eu des deuils à faire. J’étais tellement en colère. Je trouvais ça injuste. C’est comme si on t’avait donné un gros bonbon et qu’on te l’enlevait. Mais, aujourd’hui, je n’ai plus d’amertume. Je me dis que tout arrive pour quelque chose. On n’est pas hip. On n’est pas cool. On n’est jamais à la mode. »

Mais on peut apprendre des erreurs du passé.

« Pour la deuxième tournée, on était tellement écœurés de jouer les tounes du premier disque, qu’à part Gate 22 et Smilin’, on faisait les 14 chansons du nouvel album. Ce n’était pas facile pour les gens qui venaient nous voir, et on n’a pas eu de fun. Là, on fait plein de tounes du premier disque, quelques titres du deuxième et les chansons les plus upbeat du troisième. Ça va être un show festif. »

Le ton de Picard, lui aussi, est sans équivoque. La vie, cela peut parfois ressembler à des montagnes russes, mais l’amour de la musique demeure le plus fort.

Pascale Picard au Club Soda (Montréal), le jeudi 30 octobre et au Théâtre Petit Champlain (Québec), le vendredi 28 novembre.