Blogue de Philippe Rezzonico

Quand la nouvelle génération prend sa place au Gala de l’ADISQ

lundi 27 octobre 2014 à 12 h 26 | | Pour me joindre

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Les soeurs Boulay (Photo : Julie Mainville)

Alex Nevsky, Philippe B, Klô Pelgag, Les sœurs Boulay, Patrice Michaud, Jimmy Hunt, Koriass, Pawa Up First, Trio Jérôme Beaulieu, Daniel Clarke Bouchard et De Temps Antan ont remporté au moins un Félix en 2014, lors de l’une ou l’autre des remises de prix liées au Gala de l’ADISQ. Avouons que personne ne l’avait vu venir.

Ce qui frappe, ce n’est pas tant le volume considérable de nouveaux visages, plutôt que la frange musicale de laquelle ils proviennent, à savoir cette mouvance indépendante québécoise qui s’affirme tant en anglais qu’en français. Notons aussi qu’aucun lauréat ne doit son Félix à une surexposition télévisuelle. Sur cet aspect, il y a, du moins en partie, une explication technique.

Cette année, les deux catégories de l’interprète de l’année, ainsi que celles de la chanson populaire et du groupe de l’année, reposaient encore sur le vote populaire, mais seulement à 50 %, le vote des membres de l’Académie (767 membres) comptant pour l’autre moitié. C’est pour cette raison que Marie-Mai a annoncé que « le public » et « l’Académie » décernaient à Alex Nevsky le Félix de l’interprète masculin. Ça change la donne.

Revoyons ça de plus près. Serait-il possible qu’avec un vote provenant exclusivement du public, Serge Fiori aurait devancé Nevsky dans la catégorie de l’interprète masculin de l’année? Je le crois. Il était d’ailleurs largement le favori, après son retour d’exception sur disque. On leur a fait croire aurait-elle pu être battue par Tout le monde en même temps, de Louis-Jean Cormier, assis dans une chaise à La voix? Ce n’est pas impossible.

Alex Nevksy

Les sœurs Boulay auraient-elles pu voir Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau ou même Kaïn leur souffler le Félix du groupe de l’année? Pas exclu, même si les radios commerciales ont finalement intégré Mappemonde à leur programmation.

Si cela n’a rien changé pour Marie-Mai, dont la popularité est telle qu’elle fait presque figure de gagnante annoncée (couronnée en 2010, 2011, 2013 et 2014 – elle n’était pas en nomination en 2012), force est d’admettre que cette modification à la réglementation redonne un droit de cité aux créateurs et à l’industrie dans ces catégories majeures. Question d’équilibre, comme le chante Francis Cabrel.

Comme il y a dix ans

Quoique sur le fond, ne nous trompons pas. La cuvée 2014 des lauréats de l’ADISQ aurait quand même été celle de la jeunesse et du renouveau. Question de cycle, comme on l’a vu en 2003 et 2004.

En 2003, les Cowboys Fringants remportaient le Félix de l’album de l’année – alternatif, celui du spectacle auteur-compositeur-interprète pour la tournée de Break syndical et leur première statuette pour le groupe de l’année.

La révélation? Ariane Moffatt, qui remportait aussi le Félix de l’album de l’année – pop-rock (Aquanaute). Le Félix de l’auteur ou compositeur était décerné à Jérôme Minière, et la bande de Star Académie empochait ses premiers Félix (album de l’année – pop et album de l’année – meilleur vendeur). Il n’y avait aucun abonné aux statuettes parmi ces jeunes.

L’année suivante, c’est Andrée Watters (album rock) qui remportait son premier Félix, tout comme Marie-Élaine Thibert (interprète féminine, album – meilleur vendeur), Corneille (interprète masculin, artiste s’étant le plus illustré hors Québec) et Ben Charest (révélation). Renouveau, il y avait déjà.

L’apparition de nouveaux artistes, une Académie dont les nouveaux et les jeunes membres sont en phase avec leur génération, un public cible branché sur le web et qui rajeunit sans cesse, ainsi qu’une tendance universelle vers une forme musicale indépendante sont autant de facteurs qui expliquent ce portait de fraîcheur.

La musique, c’est comme la mode et la vie en général. Chaque génération, chaque décennie amène ses nouveaux visages et ses nouvelles sonorités. Le Gala de l’ADISQ aura tout simplement confirmé cette semaine que la chanson québécoise vient d’aborder une nouvelle ère.