Blogue de Philippe Rezzonico

Ronnie Spector: la survivante de la pop

jeudi 18 septembre 2014 à 21 h 45 | | Pour me joindre

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Ronnie Spector vient présenter ses chansons et son histoire. Photo courtoisie Pop Montréal

Ronnie Spector vient présenter ses chansons et son histoire. Photo courtoisie Pop Montréal

Figure emblématique des groupes de filles des années 1960, Ronnie Spector a eu une vie à la fois de contes de fées et de films d’horreur. Égérie de la pop qui a survécu à la violence conjugale, l’interprète des immortelles Be my baby et Baby I love you vient nous raconter son histoire sans filtre à Pop Montréal.

Beyond the beehive est un spectacle qui marie confidences, chanson, photos et vieilles images de films. Celle qui était perçue comme la bad girl de son époque peut ainsi raconter de vive voix, en chanson ou par l’entremise de la vidéo, le périple de sa vie publique avec les Ronettes et de sa vie privée avec Phil Spector.

« L’idée est venue en 2001, alors que je faisais des spectacles intimistes, se souvient Spector. J’ai commencé à raconter des anecdotes et le public adoré ça. Graduellement, les histoires se sont peaufinées. L’idée d’ajouter des vidéos, des photos et des images des Ronettes avec les Beatles et les Rolling Stones est venue naturellement. Les gens peuvent voir ce que nous avons vécu. Tout ça m’a été enlevé par mon ex-mari. Il m’a enlevé la chose que j’aime le plus au monde : chanter sur scène. »

Jamais durant l’entrevue la chanteuse ne prononcera « Phil ». Uniquement des allusions à « lui » ou à son « ex-mari ». Le prénom est tabou.

Ronnie, née Veronica Bennett, c’est une voix capable de survoler le fameux « wall of sound » de Phil Spector, une chevelure stratosphérique qui a inspiré Marge Simpson et Amy Winehouse, des yeux dignes de ceux de Cléopâtre et une attitude rebelle.

« Nous [avec sa sœur Estelle Bennett et leur cousine Nedra Talley] n’étions peut-être pas les meilleures, mais nous étions différentes. Nous étions le premier groupe de filles multiracial, on s’habillait avec des robes (très) ajustées et il y avait nos cheveux. »

Le chant dans le sang

Élevée par une mère serveuse dans le quartier de Spanish Harlem à New York, Spector se servait des plafonds hauts des immeubles d’avant-guerre comme caisse de résonance quand elle interprétait des chansons de Frankie Lymon et de ses Teenagers. L’écoute de la voix de Lymon quand elle avait 12 ans l’a conforté dans son désir de chanter.

C’est ce qu’elle fit avec Estelle et Nedra sous le nom des Darling Sisters lors d’un concours de découvertes au théâtre Apollo en 1959. Cela a éventuellement mené à un contrat de disques avec Colpix, où le trio a enregistré ses premiers titres sous l’appellation Ronnie and the Relatives. Le bide.

Mais une sortie au Peppermint Lounge, un club de twist situé dans la 45e rue qui accueillait les groupes populaires, a tout changé.

« Le proprio voulait des danseuses pour entourer les groupes en vedette, comme Joey Dee et ses Starliters ce soir-là. Nous nous étions habillées chic. À l’entrée, un type nous apostrophe et nous lance : “Vous êtes en retard!” Ma sœur répond : “Nous ne sommes pas les danseuses que vous avez embauchées!” Et il a répliqué : “Vos gueules! Allez danser!” C’est comme ça qu’on a commencé. On touchait 30 $ par soir. »

C’est au Peppermint Lounge que Phil Spector voit les futures Ronettes pour la première fois. Le trio signera un contrat avec Philles Records en 1963. À la fin d’août, Be my baby, perçue par nombre d’observateurs comme la chanson pop parfaite, résonne dans toutes les radios. Brian Wilson, le génie des Beach Boys, a admis avoir immobilisé son véhicule le long de l’autoroute quand il l’a entendue pour la première fois.

Be my baby et Baby I love you propulsent les Ronettes à l’avant-scène de la pop américaine. Le trio se rend en Angleterre, joue sur les mêmes scène que les Rolling Stones et rencontre les Beatles. Ronnie a un flirt avec John Lennon et craque pour Keith Richards. Estelle sort avec George Harrison. Le conte de fées.

Puis, Phil Spector, possessif et déjà en relation avec Ronnie, espace graduellement les parutions de disques à succès (Walking in the rain, Do I love you). Après la rupture des Ronettes en 1967, Phil et Ronnie se marient, et la chanteuse disparaît de la scène publique, pratiquement cloîtrée chez elle. Ce qu’elle a documenté dans  son autobiographie parue en 1990.

« C’est ce que l’homme que j’ai marié par la suite m’a enlevé : le droit de chanter. Tu ne peux te douter que celui avec qui tu graves des disques, ton partenaire, ne va plus te laisser enregistrer des chansons après ton mariage. Ne va plus te permettre de fouler les planches d’une scène. C’était : “Fais ce que je te dis!” »

Ronnie divorce en 1974, mais les temps ont changé en musique, et elle commence à avoir des problèmes d’alcool. Certes, il y a eu une collaboration avec le E Street Band en 1977 (la reprise de Say goodbye to Hollywood, de Billy Joel), une autre avec Eddie Money dans les années 1980 (Take me home tonight) et le minidisque She talks to rainbows (1999), produit par Joey Ramone, mais rien qui a approché ses succès de jeunesse. Son influence auprès des générations futures – Winehouse l’adorait – est néanmoins considérable.

En 2003, les Ronettes ont obtenu le paiement de 3 millions de dollars de redevances impayées par Spector avant d’être intronisées au panthéon du rock and roll en 2007. Quant à Phil, il purge actuellement une peine de prison pour le meurtre de l’actrice Lana Clarkson. Finalement, à 71 ans, Ronnie Spector, qui a retrouvé le plaisir de se produire sur scène, ne joue plus dans le film d’horreur.

Ronnie Spector, au Rialto (Pop Montréal), le vendredi 19 septembre à 19 h. Avec Bloodshot Bill.