Blogue de Philippe Rezzonico

Arcade Fire : le point d’orgue de 10 ans de succès

dimanche 31 août 2014 à 2 h 49 | | Pour me joindre

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Arcade Fire a proposé un spectacle festif et rassembleur en clôture de sa tournée mondiale. Photo PC.

Arcade Fire a proposé un spectacle festif et rassembleur en clôture de sa tournée mondiale. Photo PC.

Après une année de virée et plus de 110 spectacles présentés dans quelque 80 villes réparties sur 4 continents, la tournée Reflektor, d’Arcade Fire, jetait l’ancre à Montréal, samedi, pour sa dernière escale.

Si les chansons de Reflektor se voulaient la charpente de cette prestation offerte devant 25 000 personnes au parc Jean-Drapeau, ce spectacle était aussi le point d’orgue d’une décennie qui aura vu le groupe basé à Montréal grimper au sommet de l’Olympe.

Arcade Fire n’aurait pu greffer plus de succès de ses précédents albums aux chansons de Reflektor. Durant tout près de deux heures, presque chaque titre livré avec fougue par la bande à Win Butler était une chanson digne de figurer sur un éventuel album de grands succès. Et comme le mot d’ordre de la tournée était de danser jusqu’à plus soif, Arcade Fire avait réquisitionné toutes ses bombes d’antan.

Coup-de-poing

Ouverture avec une version dynamique de Reflektor accompagnée d’une pluie de serpentins, aussitôt suivie du doublé coup-de-poing de Neighborhood # 3 (power out) et Rebellion (lies), toutes deux tirées de Funeral, album qui a révélé Arcade Fire au monde entier. Régine Chassagne a hurlé « Come on! » pour amorcer la première avec force, tandis que Will Butler a tambouriné durant la seconde avec tant de vigueur qu’il a fait semblant de s’évanouir sur scène. Avec les cordes de Sarah Neufeld et d’Owen Pallett, les percussions et une section de cuivres, Arcade Fire pouvait revêtir ses bombes sonores d’arrangements riches.

Et pas question de lever le pied. La rythmique militaire de Joan of Arc a saturé les oreilles et Empty room – après une amorce ralentie en regard de sa version studio – a pris un élan digne d’un TGV, afin de boucler une première demi-heure proprement ahurissante.

Les tempos frénétiques et les rythmes galopants contrastaient avec l’ambiance détendue, bon chic bon genre, qui prévalait en début de soirée, lors des prestations de Fraka (pop des Caraïbes), de Spoon (rock indie) et de Dan Deacon (DJ déjanté). Des centaines de spectateurs avaient accepté l’invitation des membres d’Arcade Fire de se costumer ou de porter une tenue de soirée.

BCBG

Les nœuds papillon, vestons, cravates et hauts-de-forme (colorés) des messieurs, partageaient la vedette avec les robes du soir, paillettes, masques, plumes et crinolines de ces dames. Mais dès qu’Arcade Fire a mis la pédale au plancher, le décor vaguement carnavalesque n’attirait plus vraiment l’attention, tant les spectateurs semblaient saisis d’une frénésie irrésistible, proche de la transe.

En dépit de son gigantisme, le dispositif scénique d’Arcade Fire s’est avéré moins efficace qu’en aréna.

L’écran du fond de scène n’avait pas la résolution de ceux, à haute définition, placés sur les flancs, les miroirs hexagonaux ont été sous-utilisés et le public était privé d’autres ajouts de dispositifs de lumière en raison de l’absence de plafond. On ne pouvait non plus récréer l’esprit des pistes de danse comme on l’a vu dans tous les arénas nord-américains durant cette tournée en raison du volume de spectateurs massés devant la grande scène. Ce qui soulève une question…

Montréal ne méritait-elle pas un spectacle extérieur et un autre au Centre Bell, comme cela a été le cas à Toronto en mars (Centre Air Canada) et en août (Amphithéâtre Molson)?

Cela importait visiblement peu aux spectateurs présents au parc Jean-Drapeau quand Win Butler a pris place au piano, et Régine, à la batterie pour livrer The suburbs, rare moment d’accalmie, avant une reprise trépidante de Ready to start.

La version écourtée, presque a cappella, de My body is a cage a été un autre court répit avant une succession de titres dansants et d’hymnes fédérateurs : Keep the car running, No cars go, Haïti, Sprawl II (mountains beyond mountains). Montréal avait droit à une piste de danse hors du commun.

Comme à son habitude, Chassagne était radieuse et enjouée lors de l’interprétation de la chanson inspirée du pays de ses parents. Même la sombre Afterlife n’a pas porté préjudice au plaisir ambiant, probablement parce qu’elle était charpentée dans le même moule tonifiant que les autres chansons.

Céline et Wolf Parade

Durant cette tournée, Arcade Fire livre dans chaque ville une chanson d’un artiste ou d’un groupe local et fait un clin d’œil par l’entremise de son « faux » groupe, à savoir les marionnettes grandeur humaine que l’on voit dans le clip de Reflektor. La chanson offerte, chaudement accueillie, a été I’ll believe in anything, de Wolf Parade, défunt groupe phare de la scène alternative montréalaise.

Le clin d’œil a été Une colombe, de Céline Dion, sur bande enregistrée, pendant qu’un pape en papier mâché se dandinait sur la petite scène au milieu du parterre. Chapeau pour la parodie, mais si le silence de 25 000 personnes est une indication de son état d’esprit à l’écoute d’une chanson qui devrait être accueillie par un tonnerre d’applaudissements (comme l’aurait été 1990, de Jean Leloup), celui-là était d’une rare éloquence.

Win, Régine et leurs copains avaient encore des pétards à leur disposition avec Normal person, Here comes the night (avec confettis et serpentins) et le chant fédérateur et générationnel qu’est devenu Wake up, salué par un feu d’artifice. Et c’est Montréal elle-même que Régine Chassagne a salué en clôture : « Montréal est une ville fertile, créative, où tout est possible. »

Sans aucun doute. Arcade Fire l’a prouvé depuis 10 ans.