Blogue de Philippe Rezzonico

Le roi lion : bien assis sur le trône de Disney

mardi 19 août 2014 à 9 h 01 | | Pour me joindre

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Le roi lion: une histoire universelle. Photo courtoisie Disney.

Le roi lion: une histoire universelle. Photo courtoisie Disney.

Walt Disney a produit de son vivant les films d’animation Fantasia, Bambi, Cendrillon, Peter pan, La belle et le clochard et Les 101 dalmatiens, qui ont défini le genre et charmé plusieurs générations d’enfants et de cinéphiles.

Comment aurait-il pu se douter qu’un film réalisé par ses studios près de 30 ans après sa mort allait devenir plus populaire que ses chefs-d’œuvre, au point que le musical qui en est inspiré fait fureur de nos jours. C’est pourtant ainsi. Le roi lion trône désormais au sommet du royaume de tonton Walt.

Inspiré du film de 1994 qui est devenu le plus gros succès du box-office des longs-métrages d’animation, Le roi lion, spectacle musical, reprend du service à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal du 19 août au 7 septembre, trois ans après y avoir été présenté à 32 reprises à guichets fermés en 2011.

Au sommet

Les 24 spectacles à venir confirment que l’intérêt envers la production mise en scène par Julie Taymor à Broadway en 1997 n’a pas diminué. Le roi lion est annoncé comme « le plus grand musical du monde ». Quand on sait que certaines comédies musicales ont tenu le haut de l’affiche à Londres ou à Broadway durant des décennies, le slogan ne fait pas dans la demi-mesure.

(source : YouTube/evenko)

Cats a été présenté 21 années d’affilée en Angleterre. Les misérables sont à l’affiche à Londres depuis 1985, et Le fantôme de l’opéra a franchi les 10 000 représentations (un record) à Broadway depuis ses débuts à New York, en 1988.

« — Le roi lion est aujourd’hui le plus grand succès de Broadway », précise le Torontois John Stefaniuk, directeur associé de la production, que Radio-Canada a joint à Londres. En effet, les recettes ont franchi la barre du milliard de dollars américains dans la Grosse Pomme, devançant Le fantôme de l’opéra, qui a amassé quelque 850 millions de dollars.

« Les revenus mondiaux de la production surpassent désormais les recettes combinées des six films de Star wars », ajoute le producteur, non sans fierté.

« — Impressionnant. Mais un billet pour le spectacle est quand même plus cher qu’un billet de cinéma, non? »

«— (Éclat de rire). Vous calculez vite, vous! Mais la production n’existe que depuis 1997. »

Universalité

Le succès commercial du Roi lion n’a eu d’égal que son attrait populaire. Quels sont les éléments qui expliquent cet engouement mondial? La popularité monstre du film d’animation qui a inspiré le spectacle a-t-elle servi de tremplin?

« Le film a attiré les gens en premier lieu, mais il y a plusieurs facteurs, précise M. Stefaniuk. Ce spectacle ne s’adresse pas qu’à des enfants, comme certains l’ont cru au départ. L’histoire est universelle. Qu’avons-nous? Un jeune qui cherche sa voie. Toute personne, enfant ou adulte, peut s’identifier à ça. Et nous n’avons pas édulcoré la production pour les jeunes. Il y a des moments durs. »

Toute adaptation d’un film comporte son lot d’écueils. Ici, la principale difficulté était de transposer sur les planches l’univers animalier d’animation. Les masques, des costumes flamboyants et des marionnettes surdimensionnées (girafes, gazelles, oiseaux) ont permis de le faire avec panache.

« Les masques nous ont permis de recréer l’univers animalier, explique le producteur. Avec des formes variables, nous avons respecté l’essence du royaume des animaux sans sacrifier l’humanité des personnages. Une fois que le spectacle est commencé, vous n’êtes plus à Montréal, mais bien en Afrique. C’est une véritable immersion. »

Les spécificités

Pourtant, cette production, qui met en vedette la musique d’Elton John et les textes de Tim Rice, doit parfois tenir compte de certaines spécificités locales et culturelles.

« — Les comédiens interprètes ont de la latitude dans l’interprétation et le ton, assure Stefaniuk. Quand nous avons présenté pour la première fois Le roi lion à Londres, nous avons réalisé à quel point la notion d’aristocratie et l’attrait pour la royauté cadraient bien avec la culture ambiante. Mais en France, ça n’avait pas la même signification.

« — Dans le pays où l’on a décapité des rois…

« — Exactement. La résonance à la royauté n’était pas la même, et ce spectacle-là a pris une voix quelque peu différente et unique. Cela dit, c’est la qualité de l’histoire et sa trame narrative qui font foi de tout. »

Le roi lion a été présenté sur tous les continents depuis sa création et l’intérêt ne se dément pas. De nouvelles productions pour Shanghai et Mexico ont été annoncées par Disney en juin, et Stefaniuk a mis en scène deux numéros qui ont été présentés à la Maison-Blanche en juillet, lors du repas d’État pour enfants de la première dame des États-Unis, Michelle Obama. Quand est-ce que cela s’arrêtera?

« Je dis toujours qu’il y a un nouveau spectateur potentiel qui naît chaque jour », répond Stefaniuk.

Ce n’est donc pas pour demain…

Le roi lion : livret, Roger Allers et Irene Mecchi; mise en scène et costumes, Julie Taymor; musique, Elton John; paroles, Tim Rice. À la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA, du 19 août au 7 septembre. Deux représentations le samedi et dimanche. Relâche le lundi.