Blogue de Philippe Rezzonico

Osheaga : rock anglais, blues moderne et rap sudiste

Vendredi 1 août 2014 à 9 h 04 | | Pour me joindre

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Alex Turner, des Arctic Monkeys, le mois dernier en Hongrie. Photo AP/Balazs Mohaï

Alex Turner, des Arctic Monkeys, le mois dernier en Hongrie. Photo AP/Balazs Mohaï

Avec plus de 110 prestations prévues ce week-end au parc Jean-Drapeau, le festival Osheaga ratisse large, rayon genres et styles de musique. Des festivaliers vont se diriger vers le site pour voir la jeune sensation néo-zélandaise Lorde, le trio pop féminin Haim, Nick Cave, London Grammar ou les vétérans des Replacements.

Mais peu importe le volume et l’offre, ce sont quand même les têtes d’affiche qui assurent le succès d’un festival. Rappelons-nous comment The Flaming Lips a tiré les marrons du feu dès la première année du festival (2006) devant une foule modeste, puis, les marées humaines pour Coldplay (2009), Eminem (2011) et Mumford & Sons (2013).

Et, non, le succès d’une tête d’affiche n’est jamais garanti par sa simple présence sur la grande scène en fin de soirée. Rappelons-nous les Smashing Pumpkins en 2007 (spectacle mou) et Elvis Costello en 2011 (parterre déserté)… Outkast (vendredi), Jack White (samedi) et Arctic Monkeys (dimanche) auront la lourde tâche de clore chaque soirée avec éclat. Survol.

Outkast

Le hip-hop est-il en voie de devenir un objet de nostalgie, comme la pop, le rock et le mouvement punk le sont devenus avant lui? Avec le retour d’Outkast, on croirait que oui. Andre 3000 (Andre Benjamin) et Big Boi (Antwan Patton) n’ont rien enregistré conjointement depuis des années, quand les deux compères d’Atlanta ont décidé de faire cavalier seul.

La tournée d’Outkast, qui fait escale dans presque tous les festivals d’Amérique du Nord cet été, n’est rien de moins qu’une tournée de retrouvailles. S’il s’agissait de rockeurs vieillissants comme les Stones ou les Eagles, les critiques auraient fusé de toutes parts. Mais comme il s’agit d’artistes émérites dans leur genre qui n’ont pas encore 40 ans, ne boudons pas notre plaisir et voyons cela comme une belle occasion d’entendre les succès d’antan de la paire.

Important, Outkast? Les apôtres du rap sudiste ont toujours privilégié une approche mélodieuse au sein de ses chansons qui causent de politique, de violence et de classe sociale, mais avec une touche d’humour. Constitué exclusivement de matériel hip-hop, Speakerboxxx/The love below  a remporté en 2004 le Grammy pour l’album par excellence de l’année, tous genres confondus. Une première jamais répétée à ce jour par un album hip-hop – The miseducation of Lauryn Hill, par Lauryn Hill, sacré en 1999, était à prédominance RnB.

Quand on connaît le conservatisme des membres votants de la RIAA (Recording industry association of America), l’exploit n’est pas banal. Quoique le clip de Hey ya ! (clin d’œil du passage des Beatles au Ed Sullivan show) y est sûrement pour quelque chose. Outkast à Osheaga : événement.

Jack White

The White Stripes, en duo avec son ex-épouse Meg (six albums studio); The Raconteurs, en collaboration avec Brendan Benson (deux albums); et The Dead Weather, où il laisse l’avant-scène à Alison Mosshart, du groupe The Kills (deux albums): peu d’artistes ont connu autant d’incarnations musicales que Jack White depuis 15 ans.

Et on doit ajouter les chapeaux d’auteur, de compositeur, de réalisateur et de patron d’ue étiquette de musique (Third Man Records) au cv de l’émérite guitariste américain qui partageait la vedette avec Jimmy Page et The Edge dans le documentaire It might get loud. Cela donne une idée de son statut sur la scène internationale.

The White Stripes est officiellement disparu, l’avenir pour The Raconteurs est très sombre (la longue pause ressemble à une rupture) et The Dead Weather doit lancer un troisième disque en 2015, selon ce qu’a révélé le guitariste.

Peu importe, White n’a besoin de personne. L’assidu de la scène montréalaise propose depuis quelque temps des spectacles décapants où il offre les chansons de blues-rock moderne de ses récents albums Blunderbuss (2012) et Lazaretto (2014). Spectacles auxquels il greffe des titres issus de tous ses répertoires. C’est ce qu’il avait fait en octobre 2012 à L’Olympia de Montréal, survolant ainsi toute sa carrière. Attendons-nous à la même chose ce week-end.

Arctic Monkeys

Les Arctic Monkeys pour clore le festival? Ce fut une question récurrente motivé par de la surprise de certains observateurs de la scène musicale. Pas assez connus, les gars de Sheffield? Pas assez rassembleurs?

La bande à Alex Turner mérite amplement, à mes yeux, cette place de choix, tant nous les avons vus incendier des scènes à Montréal depuis le milieu des années 2000. Et ils ont été placés assez haut sur les affiches d’Osheaga en 2007 et 2009 d’ailleurs.

Ce groupe révélé par la foudroyante I bet you look good on the dance floor a détenu un certain temps le record du premier disque (Whatever people say I am, that’s what I’m not, 2006) le plus vendu en une semaine au Royaume-Uni, résultante de la puissance d’Internet.

Mais les années n’ont pas émoussé leur talent, et le rock anglais des AM est toujours d’actualité. Il faut juste admettre que ce groupe que nous avons découvert dans des salles a désormais pour terrain de jeu le Madison Square Garden et le festival anglais de Glastonbury.