Blogue de Philippe Rezzonico

Justin Timberlake: la quintessence pop

samedi 26 juillet 2014 à 2 h 16 | | Pour me joindre

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Justin Timberlake affiche désormais une maîtrise exceptionnelle de son art. photo AP/Charles Sykes

Justin Timberlake affiche désormais une maîtrise exceptionnelle de son art. photo AP/Charles Sykes

Chaque génération musicale possède un artiste-phare. Celui qui symbolise la quintessence contemporaine de son art, au point qu’il peut s’approprier le répertoire des géants qui l’ont précédé sans coup férir. Justin Timberlake, le garçon révélé au petit écran par le club Mickey Mouse et qui, adolescent, a chanté au sein du boys band  *NSYNC, est devenu cette référence en matière de pop.

Le spectacle à guichets fermés livré par l’Américain, vendredi, au Centre Bell, fut d’une qualité rarement atteinte par quiconque. Voix porteuse, fougue indéniable, chansons irrésistibles, musiciens de haut calibre, chorégraphies redoutables, production spectaculaire : le tout, offert face à une foule conquise (17 000 personnes) qui a hurlé sa joie au point d’y laisser ses cordes vocales ou ses tympans, c’est selon.

Bien sûr, on savait déjà avant que ça commence à quel point les femmes de toutes générations (les trois quarts de l’assistance) allaient hurler leur plaisir face au jeune trentenaire charismatique au sourire éclatant. Nous étions là en août 2007. Et il faut admette que Timberlake est un as pour faire des pauses quand il est ovationné à tout rompre… ce qui fait redoubler les applaudissements. Mais il serait réducteur de minimiser sa popularité à son statut de vedette populaire, tant dans le milieu de la musique que celui du cinéma.

Avec son diptyque The 20/20 experience, Timberlake a su élargir son spectre musical sans jamais perdre sa personnalité. Artiste pop, rock star, crooner, danseur émérite, comédien, il échappe plus que jamais à toute forme de catégorisation, comme ses spectacles, d’ailleurs.

Passé et présent

Suit and tie, avec son chic rétro, embrasse le passé avec une touche actuelle, alors qu’un doublé comme celui de Holy grail et Cry me a river, fusionne les matières les plus explosives qui soit. Avec plus de 20 musiciens (ses Tennessee Kings), chanteurs et danseurs à ses côtés, Timberlake a plusieurs barils de poudre qui ne demandent qu’à pétarader.

Et que dire de cet écran surdimensionné aux innombrables alvéoles qui sont autant d’écrans et de projecteurs? Et de cette scène d’une largeur inouïe dont les extrémités sur les flancs grimpent jusqu’à la dixième rangée des rangées rouges dans le Centre Bell? Le gigantisme, rien de moins.

La scène se transforme en passerelle et s’élève à une trentaine de pieds du sol pour ensuite survoler complètement le parterre durant Let the groove get in. Timberlake et ses quatre choristes chantent et dansent sans retenue au-dessus d’une foule hystérique. Ils referont ensuite le chemin inverse durant Take back the night, cette fois, avec Justin et ses cuivres au-dessus de la foule. Nous avons déjà vu quelques passerelles surélevées du tonnerre au cours des ans, mais de cette envergure, jamais.

Entre l’aller et le retour par la voie des airs, Timberlake a transformé le Centre Bell en cabaret. Ce qui était un peu le cas, d’emblée, au fond du parterre, avec une zone d’invités qui prenaient place dans une configuration tables et chaises.

Elvis et Michael

Seul sur une petite estrade avec sa guitare, le natif de Memphis s’est offert le plaisir coupable d’interpréter Heartbreak hotel : bonne voix, gestuelle impeccable et effet bœuf. Le prince de la pop a fait honneur au roi du rock, soixante ans après le début de la carrière d’Elvis. Honneur, aussi, au roi de la pop, car sa reprise de Human nature épousait parfaitement les inflexions vocales de Michael Jackson.

L’amphithéâtre du Canadien est presque devenu une église quand Timberlake a amorcé en mode acoustique What goes around… comes around, chantée spontanément par la foule. C’est sur la petite scène qu’il a précisé que ce n’était pas une blague, mais qu’après 89 spectacles : « c’est la foule la plus folle à laquelle on a eu droit ». Si je me fie à l’était de mes tympans, Timberlake n’a pas menti… Les spectateurs qui seront au Centre Bell, samedi, pour le deuxième spectacle, ont une lourde tâche qui les attend.

Timberlake a mentionné plusieurs fois que tout le monde était là pour faire la fête. Dieu qu’il avait des munitions à sa disposition pour arriver à ses fins.  Jungle boogie (Kool and the Gang), Murder (un tantinet meurtrière, en effet), Poison (Bell Biv DeVoe) ainsi que Sexy Back (incendiaire) et Mirrors (fédératrice) étaient toutes comprises dans la dernière demi-heure de cette généreuse prestation de deux heures et quart.

Le chanteur a achevé l’interprétation de Mirrors à genoux, s’inclinant devant les spectateurs, bras bien tendus, histoire de les remercier à leur tour. Partout autour de moi, petites filles, adolescentes, jeunes femmes, mères de famille et même une poignée d’hommes éparpillés, hurlaient et applaudissaient à tout rompre. Sauf moi, qui était occupé à écrire « quintessence pop » sur un traditionnel calepin de notes.