Blogue de Philippe Rezzonico

100 meilleures chansons canadiennes : pourquoi Vigneault et Leclerc n’y sont pas

jeudi 24 juillet 2014 à 11 h 29 | | Pour me joindre

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Arcade Fire (Photo : Kevin Winter/GI)

Vous n’êtes pas d’accord avec le choix de la chanson numéro 1 du palmarès de CBC music portant sur les 100 plus grandes chansons du pays? Moi non plus. Both sides now, de Joni Mitchell, est une chanson remarquable, mais c’est un titre de Leonard Cohen – peut-être Hallelujah, qui me fait léviter quand je l’entends – qui aurait dû, en toute logique, trôner au sommet. Imaginez le même exercice en Angleterre sans que ce soit une chanson des Beatles qui occupe le premier rang…

Remarquez, j’ai des réserves avec le choix de la deuxième place. Neil Young, oui. Mais Helpless… Vraiment? Tom Sawyer (Rush) au 7e rang devant Suzanne (Cohen) en 8e place? Certainement pas pour moi. En revanche, c’est rafraîchissant de voir des chansons du 21e siècle comme Wake up (Arcade Fire, no 5) et Mushaboom (Feist, no 9) parmi les 10 premières.

Sympathique, aussi, de voir une « oubliée » des jeunes générations comme Four strong winds (Ian and Sylvia) se trouver si haut, mais j’aurais mis 5 days in may à la place de Lost together (no 16), quitte à insérer une chanson de Blue Rodeo parmi les 20 premières. Et… Et c’est ainsi.

C’est ainsi, parce que toutes les listes du genre sont tributaires de deux ou trois facteurs qui empêchent l’unanimité : le média qui la dresse, la composition de ses membres et la méthodologie retenue. Mais, plus que tout, l’exercice demeure hautement subjectif.

Quels sont les 100 meilleures chansons ou les 100 meilleurs albums selon Rolling Stone, Spin et NME (New Musical Express)? En dépit de similitudes dans chacune des listes, celle de Rolling Stone fera la part belle aux rockeurs classiques, Spin privilégiera la musique dite alternative, et l’on verra dans la liste de NME des jeunes groupes du Royaume-Uni qui ne figureront pas dans celle de Rolling Stone.

Le verdict du temps

Pour Rolling Stone, la meilleure chanson de l’histoire est Like a rolling stone, de Bob Dylan (Photo : AP Photo/David Vincent)

Dans son Alternative guide (édition papier 1995), Spin désigne Ramones, des Ramones, comme le meilleur disque alternatif de l’histoire. Après deux décennies de recul, Nevermind, de Nirvana (jeune album de 1991 classé 5e à l’époque), ne mérite-t-il pas de figurer au premier rang aujourd’hui? Ce qui était vrai en 1995 ne l’est pas nécessairement en 2014. Parfois, c’est le temps qui élève un disque ou une chanson à un statut supérieur.

Pour Rolling Stone, la meilleure chanson de l’histoire est Like a rolling stone, de Bob Dylan. Choix éminemment défendable, comme celui de Both sides now, d’ailleurs. Quoique je préfère (I can’t get no) satisfaction, des Rolling Stones, qui vient au 2e rang, ne fut-ce qu’en raison de l’universalité de sa ligne de guitare que l’on reconnaît instantanément.

Dresser un classement est un exercice ardu pour des albums. Il devient encore plus casse-cou de le faire pour des chansons, car il n’y a pas le fil directeur du disque pour nous guider.

Aucune liste ne fera donc jamais consensus, et ce, peu importe les paramètres retenus. Nous avons tous des goûts et des préférences personnelles. Celle-ci n’est pas différente des centaines d’autres qui l’ont précédée et de celles qui ne manqueront pas de suivre. Elles sont toutes sujettes à débat (c’est d’ailleurs le plaisir de la chose, non?)

Cela dit, si c’est déjà un casse-tête de soupeser les mérites de chansons issues de la pop, du folk, du rock et du hip-hop qui partagent une même langue, cela devient casse-gueule de comparer des chansons dans différentes langues.

De genres et de langues

Félix leclerc (Getty/AFP)

Sur cet aspect, il aurait probablement été plus indiqué de dresser une liste des meilleures chansons anglophones, et une autre des meilleures chansons francophones au pays. N’oublions pas que cette liste a été concoctée par les membres de CBC music. Pas par ceux d’ICI Radio-Canada. Les membres étaient très, très majoritairement des anglophones, tout comme les personnalités (chanteurs, musiciens, auteurs) qui ont commenté le tout.

Cela explique la proportion négligeable des chansons francophones (5) parmi les 100 titres retenus et l’absence de grands noms comme Vigneault, Leclerc, Ferland, Piché et compagnie, même si de jeunes artistes comme Cœur de pirate et Karkwa y figurent. On note que la décennie la plus représentée est la première tranche des années 2000 (24 chansons), et que le Québec, malgré tout, vient au deuxième rang (18 chansons) pour la province ayant le plus de chansons retenues.

Faisons donc deux – nouvelles – listes, tiens, des 100 meilleures chansons du Québec. L’une, toute francophone, l’autre, bilingue. Dans le deuxième cas, il sera intéressant de voir le nombre de chansons anglophones qui figureront dans ce palmarès (Rebellion (Lies), Rainshowers, Sunglasses at night, peut-être?).

Dans le premier cas, peut-être aurons-nous des surprises. Quand les hommes vivront d’amour, de Raymond Lévesque, l’équivalent en envergure d’Hallelujah à mes yeux, ne viendra peut-être pas au premier rang. Le p’tit bonheur, Le petit roi, La complainte du phoque en Alaska et Frédéric peuvent toutes y prétendre, parmi tant d’autres.

C’est la beauté des listes. Au-delà du débat d’idées et de l’argumentaire musical, elles sont surtout l’occasion d’aller (ré)écouter toutes ces chansons immortelles.