Blogue de Philippe Rezzonico

Diana Ross : le survol suprême

mercredi 2 juillet 2014 à 15 h 35 | | Pour me joindre

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Diana Ross fera un retour à Montréal après des années d'absence au FIJM. Photo AP

Diana Ross fera un retour à Montréal après des années d’absence au FIJM. Photo AP

NEW YORK – Chanteuse, actrice, diva, reine de Motown et icône de la communauté gaie, Diana Ross fait un retour après des décennies d’absence à Montréal avec la présentation de deux spectacles au Festival international de jazz de Montréal. Coup d’œil en primeur de La filière Rezzonico à ce qui attend le public montréalais, jeudi et vendredi soir, à la salle Wilfrid-Pelletier.

Les deux batteurs-percussionnistes qui jouent dans la pénombre depuis le lever du rideau marquent un temps d’arrêt. La mélodie se fait entendre, puis, la ligne de guitare. On entend : « I’m coming! » Les lumières s’allument. Diana Ross arrive sur scène, et les 5600 spectateurs présents le 21 juin au théâtre du Madison Square Garden bondissent de leur siège comme mûs par un unique ressort.

La tournée In the name of love, qui arrive au Québec mérite bien son nom. La chanteuse américaine, qui a eu 70 ans cette année (elle ne les fait pas), ne se contente pas d’interpréter une poignée de titres phares de son répertoire. Diana Ross offre à son public ce qu’il désire, à savoir une cascade de succès qui survolent les décennies : chansons légendaire des Supremes, tubes individuels et reprises qu’elle s’est appropriés au fil des ans, au point de les enregistrer pour ses propres albums.

Au-delà du contenu, il y a la manière. Et la recette de Ross, qui recevra le prix Ella-Fitzgerald du FIJM, est sans équivoque : à fond la caisse. Tout le temps.

La frénésie ne retombe pas une seconde au MSG quand Ross enchaîne More today than yesterday, de Spiral Staircase, à I’m coming out. C’est alors qu’elle mentionne à la foule qu’il y a eu « l’époque Motown » avant de se lancer dans une version galopante de My world is empty without you.

L’avalanche de succès

Durant un quart d’heure, Diana Ross enfile les titres qui ont bâti sa légende, du temps qu’elle partageait les planches avec Florence Ballard et Mary Wilson. Et elle les joue de façon intégrale. Pas de pot-pourri, ici. La voix de Ross est encore éclatante, le timbre familier est bien présent, et l’usure des ans est imperceptible.

S’ensuit Where did our love go, le premier d’une série de cinq numéros 1 successifs des Supremes de juin 1964 à avril 1965, période durant laquelle les Beatles régnaient sur la planète pop. En fait, quand Nothing but heartaches a pris la 11e position du palmarès Billboard en juillet 1965, Berry Gordy jr., le grand patron de Motown, a fait circuler à l’interne ce mémo : « Nous allons mettre en marché rien de moins que des chansons  Top 10 pour tous nos artistes. Mais comme les Supremes ont une reconnaissance mondiale plus importante que tous les autres, pour elles, ça ne sera que des numéros 1. » Et I hear a symphony s’est hissée au premier rang en novembre 1965.

Dans le théâtre du MSG, la foule se dandine sur le tempo de Baby Love et hurle « Stop! In the name of love! », quand Ross prend la pose avec le bras tendu, paume de la main ouverte. Et les spectateurs sont en liesse pour You can’t hurry love. De 7 (la petite fille avec sa mère à ma droite) à 77 ans (la dame âgée avec son mari à ma gauche), tout le monde est debout. En fait, sauf pour deux ou trois chansons, la foule new-yorkaise va danser sans retenue durant 70 des 80 minutes du spectacle. On espère la même chose à Montréal.

Du cinéma à la scène

Ross a personnifié la vie de Billie Holiday au grand écran (Lady sings the blues) en 1972: Don’t explain, sobre, est donc au programme, tout comme Do you know where you going to, la chanson-thème du film Mahogany. Ce doublé et Touch me in the morning s’avèrent des accalmies nécessaires, afin de reprendre son souffle après les Upside down, The boss, Why do fools fall in love et autres Love hangover que le groupe offre en faisant pétarader la section de cuivres.

Au terme de certaines chansons, les musiciens poursuivent avec fougue et entrain en mode instrumental, ce qui donne le temps à Ross d’aller mettre ses robes aux couleurs monochromes (turquoise, bleu nuit, jaune, vert, rouge) avec froufrous et éventails assortis. Diana Ross et Cher, même combat.

Sans surprise, Ain’t no mountain high enough et Reach out and touch (somebody’s hand) s’avèrent les grands moments escomptés, ce qui compense pour l’absence d’interaction entre la chanteuse et les spectateurs. On se dit que Ross aurait pu nous livrer des dizaines d’anecdotes liées à des événements ou des chansons durant ce spectacle, mais elle préfère s’en tenir au langage musical.

Parfois au langage musical des autres, tiens, comme l’emprunt de I will survive, de Gloria Gaynor. Curieux, cette finale, pour une artiste qui aurait pu jouer tant d’autres immortelles de son catalogue de chansons. Mais dans le contexte de cette prestation vibrante, livrée à un train d’enfer, cela s’avère un point d’exclamation tout à fait justifié.

Diana Ross : la tournée In the name of love, au FIJM, les 3 et 4 juillet à la salle Wilfrid-Pelletier. Première partie : Rhonda Ross.