Blogue de Philippe Rezzonico

Stromae : un nom, une œuvre, une vision

lundi 16 juin 2014 à 12 h 48 | | Pour me joindre

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Stromae, que l'on voit ici en spectacle à Rabat la semaine dernière, livrera deux spectacles au Centre Bell. Photo AP/Abdeljalil Bounhar

Stromae, que l’on voit ici en spectacle à Rabat la semaine dernière, livrera deux spectacles au Centre Bell. Photo AP/Abdeljalil Bounhar

Paul Van Haver est indiscutablement la tête d’affiche de la deuxième semaine des FrancoFolies de Montréal. Ce nom ne vous dit rien? Il est vrai que le Belge est plus connu sous le nom d’artiste de Stromae.

Écoutez la critique du premier concert de Stromae au Centre Bell (17 juin)

Ce pseudonyme, en verlan, est une inversion de maestro. Et il cause sa part d’ennuis, rayon prononciation. On se dit que l’on devrait prononcer « Stro-maé », mais il n’en est rien. On doit prononcer « Stro-maï » ou « Stro-maille ». Fin du cours de phonétique. Place à la musique.

Ou à la danse, tiens. Si le clip C’est Stromae a été la carte de visite de ce Belge pas comme les autres en 2007, c’est l’irrésistible chanson Alors on danse (2009), qui s’est hissée au sommet des palmarès de huit pays d’Europe, qui a été le coup d’envoi d’une déferlante, transformée en raz-de-marée avec la parution de Racine carrée.

Des chiffres? La somme des albums vendus de Racine carrée (2013) et Cheese (2010) a dépassé les 2,5 millions d’exemplaires. En ajoutant les chansons écoulées à la pièce en format physique ou numérique, on peut avancer sans risque que Stromae avoisine les 3 millions d’unités écoulées depuis 5 ans.

La somme de visionnements sur YouTube de ses clips Formidable et Papaoutai est de l’ordre de 240 millions. Méfiez-vous, ces chiffres sont déjà périmés. Ils sont en hausse depuis que vous avez amorcé la lecture de ce texte…

La présente tournée de Stromae a déjà surpassé la centaine de représentations en Europe, et le tsunami vient d’atteindre nos terres. Environ 22 000 billets sont vendus pour les spectacles prévus mardi et mercredi, lors des FrancoFolies de Montréal. Quand on sait qu’il n’y a pas 10 artistes francophones issus de l’Europe – dont Aznavour, Bécaud, Johnny Halliday, Patrick Bruel et Indochine – qui ont livré un spectacle au Centre Molson/Bell en qualité de tête d’affiche depuis son ouverture en 1996, on mesure mieux le fait d’armes.

Cela serait pourtant injuste de réduire l’apport de Stromae à la culture musicale à une simple colonne de chiffres, si impressionnante soit-elle. Le dandy au nœud papillon est un exceptionnel auteur-compositeur-interprète qui cisèle les mots comme peu d’artistes le font, peu importe la langue ou le style de musique.

La puissance des mots

Les tournures de phrases, les jeux de mots et les structures chansonnières : tout permet au flot de paroles de Stromae de devenir une forme de rythme en soi. Et de surcroît, ses textes ne servent pas à véhiculer des phrases creuses et des clichés éculés, comme cela se voit parfois dans la pop et le hip-hop.

Stromae, métis né d’un père rwandais absent et d’une mère belge, est un as de la forme, mais il ne néglige pas le fond. Le fond, ce sont les constats sociaux et les interrogations qu’il nous propose dans ces chansons.

Si Papaoutai incite n’importe qui normalement constitué à danser, le propos de base (l’absence du père), c’est du sérieux. « Tout le monde sait comment on fait les bébés, mais personne sait comment on fait des papas », chante le Belge. En effet.

Bâtard, pour sa part, repose sur des tas d’oppositions : « T’es de droite ou t’es de gauche? T’es beauf ou bobo de Paris? » Avec Stromae, les chansons ont de la chair.

Musique festive et paroles pleines de sens. Oppositions et contradictions. Stromae apprécie au plus haut point toutes les formes de dualité. Observez ses clips et notez l’écran divisé à l’horizontale pour Alors on danse et le fait que le chanteur tient à la fois les rôles masculins et féminins dans le clip de Tous les mêmes. Il n’est jamais là où on l’attend, ce mec.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles il semble plaire à toutes les générations. Adultes, adolescents et enfants adhèrent à l’artiste et à son univers éclaté et singulier.

Selon les échos de la tournée européenne, nous savons déjà que ce spectacle repose sur une mise en scène où l’originalité est de mise. Ceux qui ont vu Stromae sur la place des Festivals à l’automne 2013, quand il est venu interpréter une poignée de chansons en plein air, savent à quel point cet artiste a du charisme. Cette fois, nous allons le revoir au sein d’une production d’envergure.

Spectacle par excellence de la semaine en vue? Et si c’était l’un des meilleurs spectacles de l’année tout court qui nous attendait?