Blogue de Philippe Rezzonico

Fioritudes: passé glorieux et présent triomphant

samedi 14 juin 2014 à 3 h 16 | | Pour me joindre

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Andréanne Alain, Catherine Major, Marie-Pierre Arthur et Alexandre Désiltets etaient au nombre des artistes retenus pour Fioritudes. Photo Frédérique Ménard-Aubin/FrancoFolies de Montréal

Andréanne Alain, Catherine Major, Marie-Pierre Arthur et Alexandre Désiltets etaient au nombre des artistes retenus pour Fioritudes. Photo Frédérique Ménard-Aubin/FF de Montréal

« Fiori! Fiori! Fiori! » Cela faisait cinq bonnes minutes que le spectacle Fioritudes était terminé, vendredi, et les quelque 3000 spectateurs présents à la salle Wilfrid-Pelletier applaudissaient encore à tout rompre. Leurs bravos et leurs cris n’étaient toutefois plus dirigés vers la scène où le rideau venait de tomber, mais bien en direction de la toute première loge sur le flanc droit de la salle, où se trouvait Serge Fiori.

Ce point d’orgue se voulait complémentaire au commentaire émis par Monique Fauteux quelques instants plus tôt : « Merci, Serge Fiori. Ça fait longtemps qu’on attendait ton disque. Tu nous as comblés et tu nous as rassemblés. »

Toute la singularité de Fioritudes tenait là-dedans. Le spectacle d’ouverture des 26e FrancoFolies de Montréal, conjuguant l’œuvre passée et présente de Fiori, proposait la livraison intégrale de son plus récent disque, mais sans la participation du principal intéressé qui estime ne plus pouvoir rendre justice à son répertoire devant public.

Privés de la voix si distinctive de Fiori, les créateurs Marc Pérusse et Luc Picard ainsi que les principaux interprètes (Antoine Gratton, Catherine Major, Marie-Pierre Arthur, Alexandre Désilets) faisaient face à quelques écueils potentiels. Le plus évident était, croyais-je, la livraison des classiques imprimés dans notre mémoire collective, plutôt que l’interprétation des nouveaux titres. Pas vraiment, en définitive.

Les créateurs ont opté pour une approche diamétralement opposée à celle présentée aux Francos en 2006 avec le spectacle Salut à Serge Fiori, où l’on avait aligné les monuments d’Harmonium (Si doucement, Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie, Pour un instant, L’exil, Dixie).

Fiori avant Harmonium

Vendredi, on célébrait bien plus Fiori qu’Harmonium. Désilets et Gratton ont donc partagé une vivifiante Viens Danser, de Fiori-Séguin; Marie-Pierre Arthur, avec le concours de Désilets, s’est attaquée avec brio à Duodadieu, pourtant estampillée du sceau Fiori-Diane Dufresne; Major a livré tout en douceur D’accord, une chanson que Fiori a composée en 1990 pour l’album Changement d’adresse de Nanette Workman; et Gratton s’est frotté à Chasseur, tirée du disque de 1986 de Fiori.

Nous étions loin d’une soirée de grands succès, même si Depuis l’automne et En pleine face, ont eu droit à leur lot d’applaudissements dès les premières notes. Des choix audacieux, mais légitimes.

Le quatuor d’artistes flanqué d’un ensemble de 11 musicien(ne)s et choriste était appliqué au possible, au point que les débordements de fougue habituels de Gratton et Major étaient amenuisés. En revanche, la présence des interprètes durant presque toutes les chansons – ne fut-ce qu’en qualité de choristes – conférait une unité réelle à l’ensemble.

Cette unité fut plus mouvante dans la deuxième partie quand Daniel Lavoie (qui a trébuché durant Chat de gouttière), Coral Egan, Ian Kelly et Monique Fauteux, la grande amie de Fiori, se sont joints à l’ensemble pour la livraison en séquence de Serge Fiori, l’album québécois par excellence de 2014.

Alexandre Désilets et Catherine Major en duo pour Jamais. Photo Frédérique ménard-Aubin/FrancoFolies de Montréal

Alexandre Désilets et Catherine Major en duo. Photo Frédérique Ménard-Aubin/FF de Montréal

Par moment, ça ressemblait aux anciennes « carte blanche » des FrancoFolies avec les kyrielles d’artistes, mais les élans étaient bien partagés entre les chansons rythmées farcies de commentaires sociaux (Le monde est virtuel, Crampe au cerveau, Zéro à dix) et les titres déchirants.

Preuve que de grandes chansons le demeurent peu importe l’approche vocale, Kelly a été bouleversant avec Laissez-moi partir, Egan a subjugué l’assistance lors de l’interprétation de Ce qui est là et Monique Fauteux a transcendé Si bien, durant laquelle la voix de Fiori – échantillonnée – s’est fait entendre.

C’est fut la différence majeure entre le spectacle de vendredi et celui de 2006 : Fiori n’était pas présent sur les planches dans les deux cas, mais cette fois, l’ovation monstre qui lui a arraché des larmes après le doublé final formé de Comme un fou et Ça fait du bien, saluait autant le passé glorieux que le présent triomphant.