Blogue de Philippe Rezzonico

Heart : le retour au Canada d’un duo rock pionnier

jeudi 12 juin 2014 à 10 h 34 | | Pour me joindre

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Photo : Danny Moloshok/Invision/AP

Photo : Danny Moloshok/Invision/AP

Les sœurs Ann et Nancy Wilson n’ont pas été les premières femmes à s’imposer dans l’univers de la musique populaire : Aretha Franklin, Diana Ross et Tina Turner, pour ne nommer que celles-là, les ont précédées. Mais quand vient le temps de mesurer l’apport de Heart à la sphère rock, force est d’admettre qu’il n’y a eu qu’une poignée de pionnières, telles Wanda Jackson et Janis Joplin, pour leur ouvrir la voie.

Heart, qui sera au Centre Bell le 14 juin, première escale d’une tournée canadienne de 11 villes, comprenant des arrêts à Québec (15 juin), à Ottawa (18 juin) et à Edmonton (24 juin), n’est pas un duo rock au féminin comme les autres. En fait, Heart, c’est un duo rock. Point. Si nombre d’artistes féminines se sont inspirées d’autres femmes quand est venu le temps de faire de la musique, Ann et Nancy Wilson ont des repères masculins.

Peut-être parce qu’elles ont été frappées en voyant les Beatles à la télévision en 1964? En raison de l’interprétation de chansons d’église d’Elvis et de titres des Doors à l’adolescence? À moins que ce ne soit parce que la première incarnation de Heart était celle d’un groupe de gars de Seattle (White Heart/Hocus Pocus) auquel Ann Wilson s’est jointe? Ou bien, en définitive, parce que le groupe établi à Vancouver en 1974/1975 (désormais avec Nancy) livrait des spectacles où les reprises de Led Zeppelin et des Who étaient à l’honneur? Allez donc savoir… Seule certitude, les modèles étaient masculins.

Photo : Norman Seeff

Photo : Norman Seeff


Écoutez les hymnes rock de Dreamboat Annie, l’album qui a sorti le groupe de l’anonymat : le crescendo de la guitare acoustique de Nancy qui précède le refrain explosif de Crazy on you, le soul teinté d’effluves blues de Magic man et, par-dessus tout, la voix à la fois puissante et souple d’Ann. Ces chansons sont écrites par des femmes et doivent être chantées par une femme – il suffit d’écouter les paroles –.

Dreamboat Annie a obtenu du succès au Canada dès sa sortie, à l’été 1975, par la maison Mushroom, basée en Colombie-Britannique. L’album n’a été lancé aux États-Unis qu’en 1976. C’est toutefois sur les ondes radiophoniques montréalaises que Magic man a été diffusée pour la première fois. Cela explique le lien tangible qui prévaut entre Heart et le public canadien, ce qu’Ann Wilson ne manque jamais de rappeler en spectacle.

Jusqu’en 1980, tous les albums de Heart dépassent largement le million d’exemplaires vendus et regorgent de succès (Barracuda, Straight on, Even it up, Dog and butterfly, Heartless, Bebe le strange) qui ont fait les beaux jours des radios rock. Fatalité, tout ce qui monte redescend…

Il faudra attendre 1985, le changement de maison de disques et un album dont les chansons font la part belle à la bande FM grand public pour que Heart relance le duo. Le disque grimpe au sommet des palmarès et quatre extraits These dreams (no 1), Never (no 2), What about love (no 3), Nothin’ at all (no 6) se hissent parmi les 10 premières positions du Billboard.

(Source : YouTube/emimusic)

Le deuxième creux de vague a peu à voir avec la musique et tout à voir avec la vie. Après la sortie du très joli disque The road home (1995), Nancy en a un peu marre de Heart et s’accorde du temps avec sa famille. Des projets divers, des collaborations et même des tournées individuelles seront à l’agenda des frangines.

Officiellement, les retrouvailles ont lieu en 2002. Officieusement, ce n’est qu’en 2010, avec Red velvet car, que Heart renoue avec le succès au terme d’une décennie où le hip-hop, le country et la musique dite alternative auront tenu le haut du pavé.

Étiez-vous à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts le 5 février 2011 (ou ailleurs au pays) lors de la tournée Red velvet car? Ou au Centre Bell en mars 2013? Ceux qui y étaient peuvent en témoigner. La voix d’Ann déplace encore des montagnes et Nancy fait son fameux coup de pied à la lune à un âge où elle pourrait être grand-mère.

Mais s’il faut résumer le présent, le passé, l’héritage et les influences de Heart en un tout, rien ne surpasse l’interprétation de Stairway to heaven devant les trois membres survivants de Led Zeppelin, lors de la remise des prix Kennedy en 2012 à Washington. Devant leurs idoles et modèles, Ann et Nancy, accompagnées par Jason Bonham (le fils de John), d’autres grands musiciens, d’une section de cordes et d’un chœur, ont littéralement subjugué le président Obama et ses invités de prestige.



Même Robert Plant a versé une larme. Il a probablement réalisé que si Led Zeppelin reprenait encore du service pour un soir, comme ce fut le cas en 2007, il ne serait plus capable de livrer la mythique chanson avec autant de panache.