Blogue de Philippe Rezzonico

Imagine Dragons: tambours et carte identitaire

mardi 4 mars 2014 à 10 h 21 | | Pour me joindre

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Wayne Sermon et Dan Reynolds, d'Imagine Dragons, plus tôt cette année à New York. Photo AP

Wayne Sermon et Dan Reynolds, d’Imagine Dragons, plus tôt cette année à New York. Photo AP

« Ba-doum-tssh! Ba-doum-doum! Boum ! Boum! Ba-doum! Ba-doum! » : Ces onomatopées évoquent le bruit des cymbales, de la batterie et de la dizaine de tambours de toutes sortes et de toutes dimensions éparpillés sur la scène du Centre Bell lors du spectacle d’Imagine Dragons.

C’est ce qui retient l’attention au premier chef. Il s’agit de la carte de visite du groupe de Las Vegas. Mais la bande à Dan Reynolds a un autre as dans sa manche pour soulever les foules comme elle l’a fait lundi soir.

J’avoue, je n’étais pas convaincu l’an dernier, quand Imagine Dragons est venu faire un succès monstrueux durant le festival Osheaga, présenté à Montréal. Impressionné, certes, mais pas convaincu.

Pour reprendre une expression familière en politique, Imagine Dragons avait rassemblé les conditions gagnantes en août 2013 : une courte prestation (60 minutes) offerte à 19 heures devant des milliers de festivaliers, dont les deux tiers s’hydrataient à la bière depuis des heures. Facile, d’être conquérant dans de telles conditions.

Remarquez, je devais bien être le seul sceptique. Il y avait pas moins de 17 500 spectateurs lundi au Centre Bell, et 90 % des billets avaient été vendus au premier jour de la mise en vente, le 9 octobre dernier. C’est d’ordinaire le lot de vedettes internationales comme U2 ou Lady Gaga.

Cette fois, Imagine Dragons était la tête d’affiche et non pas un groupe parmi des dizaines. Il faut toutefois admettre qu’avec des centaines de spectacles à son actif depuis la parution de son disque Night Visions, en 2012, le groupe est soudé comme pas un et il n’a pas lésiné sur la production.

Belle production

Un immense écran rond (tambour?) qui surplombe la scène servait d’écran pour montrer le groupe en action ou des projections qui apportaient une valeur ajoutée. Le jeu de lumière était impeccable, et deux plateformes sur les flancs – où se trouvait un tambour – permettaient à Reynolds et à ses collègues de voir leurs fans de près.

Sans rien révolutionner dans le genre, cette production scénique s’est s’avérée parfaitement adéquate pour un groupe dont le centre d’intérêt est un chanteur dynamique qui occupe tout l’espace et des musiciens qui privilégient une forme percussive dans l’approche sonore.

Si on doit admettre que les textes du groupe n’ont pas le génie de ceux de Dylan, le côté sombre de ceux de Thom Yorke (Radiohead), ou même le petit côté mystérieux de la bande d’Arcade Fire, Imagine Dragons joue la carte identitaire. C’est fou à quel point un nombre considérable de leurs chansons permettent à chacun de s’identifier à quelque chose ou à quelqu’un.

C’est évident dans Tiptoe quand la phrase (traduction libre) : « Personne ne peut m’élever plus haut » apparaît sur les écrans, tel un slogan qui nous matraque. C’est déchirant dans Hear me, quand l’amoureux demande : « Personne ne m’entend? » Et c’est proprement un cri d’émancipation durant It’s time, quand Reynolds hurle : « Tu comprends désormais pourquoi je ne changerai jamais ».

Chants fédérateurs

Durant cette dernière chanson, interprétée à l’unisson par la foule, adolescents, jeunes adultes et beaucoup de couples dans la trentaine étaient portés par la même charge émotive. Et on a atteint l’Everest avec Who we are quand Reynolds a scandé à répétition : « Ils disent que nous sommes cinglés. » Vous avez saisi? C’est nous (le band et les amateurs) contre le reste du monde. Identification instantanée et effet bœuf. C’est ça, la raison du succès. Pas besoin de grande prose pour ça.

Ces chants de ralliement ont fait hurler la foule au point que c’en était insupportable pour l’ouïe. Nous étions dans la ligue des U2, des Metallica, des Backstreet Boys et autres Madonna. Et Reynolds semblait estomaqué par la réaction du public. Il a dit ne s’être jamais senti aussi aimé d’une foule. Le sentiment était visiblement partagé par les Néo-Zélandais du groupe The Naked and Famous (excellents) et les New-Yorkais de X Ambassadors (solides), qui l’ont précédé. Cette soirée était placée sous le signe du gros délire.

Imagine Dragons a proposé des solos de ses instrumentistes, notamment de la part du guitariste Wayne Sermon qui a fait des clins d’œil à Hendrix et à Cream. Nous avons eu droit à une reprise de Tom Sawyer, une chanson de Rush, groupe vénéré à Montréal s’il en est.

Cela apportait des variantes à l’offrande, tout comme la seule réelle ballade de la soirée, 30 lives, dédiée à un jeune amateur de Imagine Dragons mort du cancer à l’âge de 17 ans. Comme on l’a vu à maintes reprises dans cette soirée, des milliers de cellulaires ont illuminé l’aréna telle une pluie d’étoiles. Très joli.

Reynolds a rendu aux spectateurs leur amour d’un soir en descendant au parterre, afin de faire le tour de la patinoire durant On the top of the world, chanson durant laquelle ceux-ci ont eu droit à des ballons remplis de confettis. On aurait cru voir Jon Bon Jovi. Il a même plongé spontanément dans cette marée humaine durant Radioactive. Cette fois, les spectateurs ne l’ont pas vu venir et Reynolds a disparu comme il l’aurait fait dans une mer déchaînée. Pour s’en extirper aussitôt sans mal.

Le groupe a eu la bonne idée de limiter sa prestation à 95 minutes, car il y a indiscutablement redondance dans l’approche musicale. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César. Après avoir passé avec succès le test du festival, le groupe de Las Vegas a passé brillamment celui de l’aréna. Peu importe dans quel contexte il reviendra la prochaine fois, j’en connais 17 500 qui sont prêts à y retourner tambour battant.