Blogue de Philippe Rezzonico

Vincent Vallières: le rocker à l’avant-plan

vendredi 14 février 2014 à 1 h 46 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Depuis qu’On va s’aimer encore a été sacrée chanson de l’année au gala de l’ADISQ en 2011, le statut de Vincent Vallières a quelque peu changé. Terminées, les premières à l’Astral ou au Club Soda. Désormais, c’est au Métropolis que ça se passe.

Cela dit, il y a encore un clivage entre les amateurs qui suivent l’auteur-compositeur-interprète depuis plus d’une décennie et ceux qui l’ont découvert il n’y a pas si longtemps grâce aux ondes radiophoniques. Et c’était patent, jeudi, lors de la rentrée montréalaise du principal intéressé.

Quiconque a écouté le disque Fabriquer l’aube paru en octobre, sait à quel point cet album comprend son lot de titres vitaminés soutenus par des guitares robustes. Vallières le sait mieux que quiconque. Cela expliquait l’absence de chaises et de tables au parterre. Il n’y avait que des tabourets de cabaret. Ce spectacle n’était pas bâti pour une écoute contemplative.

De là à s’attendre à la déferlante de décibels qui nous est tombée dessus, il y a peut-être un pas que peu de gens auraient franchi. Un quart d’heure après une mise en bouche de quatre titres de son guitariste André Papanicolaou, Vallières et ses collègues ont amorcé leur prestation avec une livraison trépidante de Avec toi qui rappelait bigrement Mumford & Sons.

La forme olympique

Enchaînement derechef avec En regardant finir le monde. Soutenue par le martèlement lourd de la batterie de Simon Blouin, cette composition aux effluves dignes du terroir d’un Tom Petty s’est conclue dans une finale qui rappelait les années grunge de Kurt Cobain. Vallières a noté que son groupe était dans une « forme olympique ». Bien d’accord.

Mélie, avec ses cascades de notes de claviers, Café lézard, qui n’a jamais été aussi musclée sur scène depuis sa naissance, et la vivifiante Le temps passe, dont la mesure a été battue par la foule, ont complété une entrée en matière explosive de 25 minutes. Vallières n’a pas eu de guitare acoustique en mains durant tout ce temps… Je n’avais jamais vu ça en 15 ans, ni de spectacle aussi rock de sa part, d’ailleurs.

L’amateur de rock que je suis était comblé, mais pas surpris. Vallières peut être remuant sur les planches. Je me disais toutefois que le spectateur qui avait acheté son billet sur la base de succès radiophoniques comme L’amour c’est pas pour les peureux, qui tourne en boucle présentement à la radio, devait être un peu désarçonné.

Le jeu de lumières et des chansons musclées ont fait de l'effet. Photo Mathieu Lavoie.

Le jeu de lumière et des chansons musclées ont fait de l’effet. Photo Mathieu Lavoie.

Vallières étant Vallières, il a amorcé une habile transition doublée d’une originale introduction de ses musiciens. Évoquant le passé, il a présenté Papanicolaou, Blouin et Michel-Olivier Gasse en parlant du secondaire, de la ville de Laval, de Sherbrooke, et de son premier groupe (anglophone). Il a même joué un bout d’une de ses vieilles chansons. Le but? Montrer le gouffre entre des débuts ardus reposant sur des chansons sombres et le moment où les gars ont brisé leurs propres règles afin d’écrire des chansons d’amour et d’espoir.

Une introduction appropriée pour le trio de titres très personnels de Vallières formé par la poignante Lili (écrite à sa grande fille), Le repère tranquille (une chanson d’amour) et La chanson de la dernière chance, une grandiose nouvelle composition d’espoir, dotée d’une mélodie accrocheuse.

Les doublés coup-de-poing

Comme les athlètes canadiens qui ont groupé les podiums avec deux médailles lors des premières journées des Jeux olympiques, Vallières aime les doublés coup de poing : doublé ouvrier avec les intenses Asbestos (grève) et Fermont (solitude), doublé pop-rock avec L’amour c’est pas pour les peureux et Stone (avec le concours d’Olivier Langevin, de Galaxie), et doublé abrasif avec les décapantes Le monde tourne fort et Pas à vendre. Et en prime, une chouette version en français de Everybody knows, de Leonard Cohen.

En dépit d’interprétations bien senties, d’une cohésion évidente de ses musiciens et d’un jeu de lumières raffiné de Sébastien Pedneault, la foule qui saluait les offrandes par des applaudissements nourris semblait un peu calme, sauf au-devant de la scène. Le clivage dont je parlais au début?

Le rappel aura confirmé l’hypothèse : l’enfilade des succès Février (festive), En attendant le soleil (lumineuse) et On va s’aimer encore, interprétée à l’unisson, a mené à une ambiance qu’on n’avait pas vue jusque-là. Pas de doute : en misant un peu trop sur son nouveau disque (11 des 20 chansons interprétées), Vallières a peut-être sous-estimé son statut actuel.

L’ajout de quelques chansons familières comme Le temps est long (« En attendant…») et Je pars à pied aurait offert un meilleur équilibre, sans contraindre Vallières à des choix déchirants. Nous aurions pris dix minutes de plus de cet excellent spectacle un peu court, à une heure et 35 minutes au compteur.

Au fil d’arrivée, les habitués des spectacles de Vallières qui apprécient son côté rock ont été comblés, mais ses récents admirateurs qui connaissent surtout ses succès radiophoniques pop sont peut-être restés sur leur faim.