Blogue de Philippe Rezzonico

Nine Inch Nails: le retour en grâce

vendredi 4 octobre 2013 à 9 h 47 | | Pour me joindre

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Trent Reznor: le leader de Nine Inch Nails a encore des choses à dire. Photo La Presse canadienne.

Après un album donné gratuitement sur le web, l’abandon volontaire de la scène et une brouille épique avec l’industrie du disque à la fin des années 2000, l’avenir semblait sombre pour Nine Inch Nails.

La refonte du groupe il y a quelques mois, une tournée estivale couronnée de succès et un nouvel album paru en septembre (Hesitation marks) ont effacé les doutes, au point que le passage de Trent Reznor et de sa bande jeudi soir au Centre Bell avait l’allure d’un retour en grâce.

L’Américain a beau avoir délaissé les planches durant près de cinq ans, il sait encore comment s’y prendre pour plonger le spectateur en immersion totale en un tournemain. Noyés dans les fumigènes sur une scène épurée, Reznor et ses collègues ont amorcé leur prestation de deux heures avec Copy of a, un nouveau titre au rythme galopant.

Enchaînement aussi sec avec la nerveuse 1 000 000, dont le tempo était en parfait synchronisme avec le jeu de lumière. À peine terminée, les amateurs ont reconnu les premières mesures de Terrible lie, tandis que les musiciens baignent dans la lumière provenant cette fois du fond de la scène.

Personne n’a eu le temps de reprendre son souffle. Le batteur Ilan Rubin a martelé ses peaux et lancé March of the pigs, tirée du légendaire album The downward spiral, qui fait bondir de joie les quelque 10 000 admirateurs massés dans l’amphithéâtre, alors qu’un troisième jeu de lumière d’un blanc éclatant s’est ajouté aux deux précédents afin de matraquer les rétines sans ménagement. On aurait aimé, comme Corey Hart, avoir nos « sunglasses at night », tellement c’était éblouissant.

Reznor et ses potes ont finalement fait baisser le mercure – mais pas l’intensité – en enchaînant avec la sombre Piggy. Les faisceaux de lumière balayaient les hauteurs du Centre Bell pendant que les admirateurs chantaient « nothing can stop me now (rien ne pourra m’arrêter) ». Une première demi-heure qui a fait l’effet d’un coup au plexus.

Les nouveautés

Petit futé, Reznor a eu la bonne idée d’enrober les nouvelles chansons d’Hesitation marks de quelques-uns des meilleurs effets spéciaux de la production de Moment Factory. Placée derrière un écran translucide, la bande de NIN Nails donnait l’impression d’être enfermée dans une cage.

Durant All time low, le groupe pataugeait dans les faisceaux lumineux rouges et bleus qui suivaient le groove. Lors de Disappointed, on croyait voir des néons verticaux ou horizontaux se déplacer de haut en bas ainsi que de façon latérale : La matrice rencontre NIN.

Chaque chanson avait un enrobage visuel différent. C’était franchement et souvent spectaculaire, mais l’effet de surprise n’était certes pas le même qu’en 2008, quand NIN avait déployé ce genre de production. En fait, ça détournait un peu l’attention des nouveaux titres et d’autres chansons nettement moins fortes. Sans cet attirail technologique de premier plan, Find my way, Satellite et Running, notamment, auraient été beiges.

NIN a pu racheter cette portion de spectacle en dents de scie durant laquelle le point fort fut le doublé The frail-The wretched, qui nous a plongés à nouveau dans le passé.

Bombardement sonore et visuel

La portion qui a précédé le rappel fut aussi tonitruante et éclatante que l’amorce du spectacle, avec la succession de Somewhat damaged – digne d’un cri primal – et des incendiaires Wish et Burn, ainsi qu’avec la défonce provoquée par Head like a hole, tirée du tout premier disque de 1989. Véritable crescendo tout en puissance de rock industriel, l’effet de chaque chanson semblait amplifié par des éclairages désormais dignes des salves d’un fusil-mitrailleur.

Ce bombardement sonore et visuel allait de pair avec la hargne et la rage qui semblaient animer Reznor comme à ses débuts. Cela dit, si le leader de NIN peut parfaitement recréer son passé bâti sur le chaos et la tourmente au plan musical, on sent qu’il ne le revit pas de l’intérieur. Simple impression, cela dit. Être à 48 ans le père d’un jeune enfant qui a mis un terme à ses dépendances à l’alcool et aux drogues il n’y a pas si longtemps, ça doit changer profondément un homme…

Mais Reznor ne renie pas ses influences. À preuve, NIN a joué A warm place – essentiellement une relecture de Crystal Japan, de David Bowie – et a interprété I’m afraid of Amercains (excellente), une chanson de Bowie dont Reznor a réalisé plusieurs remixages.

Et NIN a évidemment conclu avec sa sublime Hurt (non, jeune homme placé devant moi, ce n’est pas une chanson de Johnny Cash) qui provoque toujours des frissons à chaque écoute.

Si ce spectacle ne fut pas le plus mémorable que NIN ait livré à Montréal au cours de sa longue carrière de 25 ans, il aura été de très fort calibre et il aura démontré que Reznor a bien fait de reprendre le chemin des studios et de la scène. Le monsieur a encore des choses à dire.