Blogue de Philippe Rezzonico

Montréal a toujours la foi en Depeche Mode

mercredi 4 septembre 2013 à 2 h 39 | | Pour me joindre

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Dave Gahan, de Depeche Mode : une bête de scène. Photo : AP

Au cours des derniers jours, deux amis m’ont donné leur avis sur le plus récent disque de Depeche Mode, Delta machine. Le premier, un irréductible du groupe, l’a adoré. Le second, un amateur de longue date, l’a détesté au point qu’il ne l’a même pas piraté. C’est vous dire.

En dépit de leurs divergences d’opinions, mes potes étaient tous les deux présents parmi les 12 375 spectateurs réunis au Centre Bell, mardi, pour le spectacle de Depeche Mode. Dans le fond, c’est un peu comme les paroles de la chanson Personal Jesus. Une fois qu’on a été touché par la foi, il est difficile de ne plus assister aux grandes messes.

Ma foi, en revanche, a été mise à rude épreuve durant les 45 premières minutes de cette généreuse prestation de plus de deux heures. Mon appréciation de Delta machine se situe quelque part entre le point de vue aux antipodes de mes deux copains : un disque valable, certes, mais avec peu de chansons fortes, et du nombre, peu d’entre elles sont taillées pour la scène.

Mauvaise amorce

L’idée de commencer la soirée avec les deux titres aux rythmes lents qui amorcent le disque (Welcome to my world, Angel) n’était ni originale, ni indiquée. En fait, durant un moment, j’ai eu l’impression que Depeche Mode s’autotorpillait.

Walking in my shoes a permis aux spectateurs de participer à la fête en chantant avec vigueur le refrain, mais la relecture de Precious qui a suivi a été plombée par une rythmique exacerbée. Black celebration a redonné du tonus, et Policy of truth a enfin provoqué la secousse habituelle. Mais Dave Gahan, Martin L. Gore et Andrew Fletcher ont fait retomber le mercure avec Should be higher.

Soyons francs. Sans l’appui des images de fonte en fusion projetées simultanément sur l’écran géant et les bandes lumineuses qui ceinturent le Centre Bell aux deuxième et troisième balcons (bonne idée), cette chanson aurait été oubliée instantanément.

Curieusement, c’est l’habituel intermède durant lequel Gore prend le plancher en qualité de chanteur qui a insufflé de l’émotion. Sûrement pas en raison de la somnifère The child inside, il est vrai, mais par une interprétation bien sentie d’une But not tonight dépouillée à souhait.

Quand Gahan et Fletcher sont revenus sur scène, Depeche Mode était revigoré. L’intense Heaven a tranquillement remis le train sur les rails, la nouvelle et vivifiante Soothe my soul (qui aurait dû amorcer le spectacle) a fait vibrer l’enceinte, et A pain that I’m used to a été embellie au plan visuel par les triangles et autres formes géométriques qui ont également servi d’inspiration à la scène.

Gahan, la bête de scène

Gahan, qui a été irréprochable au plan vocal, a pu donner la pleine mesure de son talent. Comme d’habitude, son immense pied de micro a tournoyé dans les airs quand il ne lui servait pas à se soutenir ou à se frotter l’entrejambe…

Charismatique à outrance, la bête de scène de 51 ans dotée d’abdominaux d’acier avait toutes les munitions à sa disposition pour transformer le Centre Bell en piste de danse. Question of time, Enjoy the silence et Personal Jesus, chantées en succession, ont porté le spectacle à un autre niveau.

Qui plus est, Enjoy the silence a été offerte dans une version plus rock que naguère et a eu droit à une portion instrumentale accélérée. Un jour, néanmoins, quelqu’un m’expliquera pourquoi on nous a montré sur écran des contorsionnistes féminines coincées dans des boîtes vitrées translucides. Je n’ai pas pigé.

Quant à Personal Jesus, elle s’est amorcée sur un tempo archilent, tel un blues sale, avant d’atteindre sa vitesse de croisière. D’intéressantes variations musicales pour un groupe qui, il faut avouer, mise beaucoup sur son passé nostalgique.

La chorale locale

Au rappel, Gore a repris du service pour Home, tout en incitant la foule à chanter à profusion les « Ohh-Ohh-Ohhh » d’usage. Il a fait mouche au point que les spectateurs ont continué le manège alors que Gahan revenait sur scène. Les deux artistes se sont assis et les rôles ont été inversés l’espace d’un instant. Gahan a alors salué « la chorale de Montréal ».

On ne sait trop si c’est la festive Just can’t get enough, la mordante I feel you ou Never let me down again, qui a déferlé tel un tsunami (il fallait voir la marée humaine de bras levés), qui a par la suite été la plus appréciée du public, mais on peut vous assurer qu’il y avait bien peu de gens parmi les 12 375 spectateurs qui n’avaient pas la foi en quittant le Centre Bell.