Blogue de Philippe Rezzonico

Heavy MTL : la marée noire du métal

dimanche 11 août 2013 à 9 h 15 | | Pour me joindre

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Dave Mustaine, de Megadeth. Photo courtoisie.

MONTREAL – Dès que l’on a franchi l’arche décorée de têtes de mort et de squelettes à la sortie du métro, il n’y a plus aucun doute. On est bel et bien au parc Jean-Drapeau, où se déroulait le festival Osheaga le week-end dernier, mais les jolies fleurs et la musique alternative ont été remplacées par des sonorités lourdes et un océan de vêtements noirs. Forcément. Cette semaine, place à Heavy MTL.

Festival de niche par excellence, Heavy MTL présente durant deux jours une quarantaine de groupes d’allégeance métal, un genre musical qui demeure marginal auprès du grand public, mais qui dispose d’un bassin étendu d’adeptes au Québec.

Certes, le heavy métal et ses variantes (speed métal, death métal, trash métal) ne plaisent pas à tout le monde, tout comme la musique classique et l’opéra laissent indifférent un autre type de public.

Le métal rallie néanmoins une foule de générations. Contrairement à Osheaga où l’âge moyen des festivaliers avoisinait la jeune vingtaine, les quelque 20 000 personnes présentes samedi représentaient toutes les tranches d’âge, de l’adolescence jusqu’à la cinquantaine avancée. Dans le monde du métal, la fidélité est de mise.

Noir, tout noir

Cette faune homogène, majoritairement masculine, était principalement vêtue d’un t-shirt (noir) de son groupe favori, ce qui donnait l’impression qu’une marée noire engloutissait le site. Les amateurs déambulaient devant des scènes qui présentaient des vétérans chevronnés, de jeunes loups et des groupes singuliers.

À ce sujet, deux d’entre eux ont retenu l’attention : Gwar et Steel Panther. Gwar est un groupe satirique dont les membres sont vêtus de costumes de science-fiction. Ce qui frappe l’imaginaire, c’est quand les artistes décapitent ce qui pourrait être un politicien connu (un genre de mannequin) et qu’un liquide non identifié de couleur rouge gicle sur les spectateurs aux premières loges. C’est à la fois loufoque et spectaculaire.

Il y a aussi les petits rigolos de Steel Panther. Ce groupe faisait, dans une autre vie, des reprises de groupes populaires des années 1970 et 1980 (Poison, Journey, Van Halen) en mimant leur gestuelle et leur tenue vestimentaire (cheveux longs, pantalons à paillettes, maquillage). Le pastiche total, quoi.

Désormais, les membres du groupe interprètent leurs propres chansons comme Asian hooker, 17 girls in a row et Death to all but metal. La plus originale? Just like Tiger Woods, une relecture grivoise des exploits du golfeur hors des verts. À côté de ça, les propos tenus par Jean-François Mercier et Peter MacLeod dans leurs spectacles sont inoffensifs.

Le gros calibre

À l’inverse, il y a des musiciens de fort calibre. Baroness, le groupe de John Baizley, a démontré sa dextérité et son savoir-faire avec des titres lourds (Take my bones away) et des pièces instrumentales recherchées. Quant aux gars de Black Label Society, avec 24 amplis Marshall alignés sur la scène, ils n’ont pas ménagé la poudre, même si les structures des chansons de la bande à Zakk Wylde se ressemblent. Mais quand le groupe interprète Bleed for me, le courant passe tout seul.

Un festival ramène parfois des revenants. Sur la scène Galaxie, Jason Newsted était là avec le groupe qui porte son nom. Newsted, c’est l’ancien bassiste de Metallica, d’où l’affluence considérable. Il a été rassembleur avec des compositions bien ficelées et une attitude festive. King of the underdogs et Nocturnus ont eu l’effet voulu et Newsted a fait plaisir aux fidèles en bouclant sa prestation avec Whiplash (Metallica) et (We are) The road crew (Motörhead).

Au fur et à mesure que les groupes At the Gates, A Day To Remember et Danzig with Doyle se sont succédé sur les scènes principales, le volume de décibels était à la hausse, tout comme la fréquence des jets des canons à eau. Le type de A Day To Remember qui saute dans la foule à bord d’un canot pneumatique, c’était pas mal… Les têtes d’affiche Megadeth et Avenged Sevenfold ont ensuite rehaussé le niveau de quelques crans.

Soutenu par trois écrans géants, Megadeth a offert un condensé de grand cru en un peu plus d’une heure. Dave Mustaine et ses amis ont frappé fort, notamment avec Hangar 18, Skin o’ my teeth, Sweating bullets et À tout le monde, que le public francophone a pu interpréter à pleins poumons.

David Draiman, le chanteur du groupe Device, est venu rejoindre Megadeth en fin de parcours, et Symphony of destruction, Peace sells et Holy wars… the punishment due ont provoqué un effet bœuf. À perte de vue, on voyait des spectateurs dodeliner de la tête d’avant en arrière en brandissant le poing en l’air, index et auriculaire relevés (le signe de Satan). C’est fou, le symbolisme qui existe dans le monde du métal.

Pétards et lance-flammes

Avenged Sevenfold est venu conclure la journée en force avec ses pétards assourdissants, ses lance-flammes et sa production pyrotechnique qui illuminait l’immense chauve-souris à la tête de mort qui trônait derrière les musiciens.

Les Américains ont pris de l’assurance depuis leur passage à ce festival, en 2010. Il faut dire qu’il s’agissait alors de leur premier spectacle depuis la mort de leur batteur, The Rev, ce que le chanteur M. Shadows n’a pas manqué de souligner. Cette mention lui a permis de présenter son successeur, Arin Ilejay, ce qui était idéal pour enchaîner avec Welcome to the familly, où M. Shadows affichait des affinités vocales avec Axl Rose.

Fiction a été dédiée au disparu, tandis que Buried alive s’est amorcée lentement, avec des violons en boîte (synthétiseurs), avant d’accélérer le tempo à un rythme frénétique, au point qu’on a cru qu’un type juché au sommet de la scène V.I.P. allait tomber dans le vide.

Quand Unholy confessions a conclu cette journée de 10 heures de musique tonitruante, on voyait bien au pas alerte des festivaliers qui retraitaient vers le métro qu’ils n’étaient pas rassasiés et que des tas d’entre eux seront de retour au parc Jean-Drapeau dimanche pour voir Rob Zombie, Godsmack et Mastodon.

Un festival de musique métal, ça ressemble aussi à un week-end de pèlerinage.