Blogue de Philippe Rezzonico

Osheaga 2013 : une première journée – presque – parfaite

samedi 3 août 2013 à 3 h 41 | | Pour me joindre

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The Cure, tête d’affiche de la première journée du festival Osheaga. Photo reproduite avec l’autorisation d’Evenko/Pat Beaudry

MONTREAL – Ciel clément, mercure idéal, mer de monde, prestations mémorables et atmosphère digne d’une colonie de vacances policée : on pourrait presque résumer la première journée du festival Osheaga par le titre de la chanson du groupe The Cure Friday I’m in love.

De l’amour, du bonheur et du plaisir, il y en avait tout plein sur le site du parc Jean-Drapeau, vendredi. Si le dénominateur commun de ce festival de trois jours demeure la musique, un tel événement est tributaire de l’ambiance générée par ses festivaliers.

Ceux-ci étaient tellement nombreux dès l’ouverture du site que Capital Cities a attiré des milliers d’amateurs au-devant de la scène de la rivière dès 13 heures. Un rassemblement monstre comme le festival n’en avait jamais connu un si tôt dans une journée, assure Nick Farkas, le producteur d’Osheaga.

Les gars de Capital Cities ont fait des heureux, mais pas le rappeur k-os. Arrivé avec 20 minutes de retard sur la scène de la montagne, il a prétexté un problème de son après quelques minutes pour s’en aller. L’ex-gros nom du rap torontois a-t-il mal digéré de se produire si tôt dans la journée?

Il était bien le seul à ne pas afficher sa bonne humeur parmi les milliers de gens présents sur l’île (40 000 000festivaliers). Sourires épanouis, casquettes, peinture de couleur vive sur le visage, sac à dos, shorts et sandales : on se croyait à la plage. Sentiment renforcé par les dizaines de tapis en simili-gazon disposés près des tables de pique-nique qui permettaient aux visiteurs de s’allonger.

Ils ont pu apprécier la pop alternative mélodique du groupe new-yorkais Oberhofer, la fougue de son chanteur et la coloration du glockenspiel de Matthew Scheiner. Un complément idéal au soleil éclatant du moment.

Ceux qui se sont levés pour aller voir DIIV sur la scène verte ont tout de suite su que les Américains ont écouté The Cure et New Order à l’adolescence. On a passé un bon moment. On note que l’ajout de rampes d’escalier pour améliorer la fluidité des déplacements est un succès. Chaque promenade entre la scène de la rivière et la scène verte (les plus éloignées) a pris de 10 à 15 minutes.

De retour sur l’aire principale, on ne pouvait manquer Alt-J, le nouveau chouchou de la jeune génération. Nouveau chouchou de ces dames, devrais-je dire, à voir et à entendre le nombre de jeunes femmes qui chantaient avec lui.

Celle à côté de moi, vêtue comme nos mères ou nos grand-mères à Woodstock en 1969 (jupe, fleurs dans les cheveux), chantait malheureusement comme une casserole. N’empêche, ce fut un moment de communion collective qui rivalisait avec l’accueil de Of Monsters and Men, l’an dernier. Il fallait entendre la chorale durant Something good. Joli.

Notre homme Jake

Cela dit, tout le monde a ses préférences. J’étais bien plus comblé avec Jake Bugg, le jeune Anglais de Nottingham. Quand il interprète Trouble town, on pense d’emblée à Johnny Cash. Quand il nous offre Kentucky, c’est Dylan qui vient en tête. Ce gamin a tout pigé, rayon références. Mais sa voix nasillarde, son timbre rauque et son accent à couper au couteau lui confèrent une personnalité propre. Sa ballade Broken et ses chansons rythmées comme Kingpin, taste it et Lightning bolt sont impeccables.

Puis, petit détour dans le sous-bois, à la scène des arbres, où l’on pouvait humer la bonne odeur du paillis fraîchement étendu. Nous étions nombreux à être attirés par le vacarme de Palma Violets, un groupe de Londres qui verse dans le rock de garage comme les MC5 et The Stooges.

Leur bassiste hurle tel un animal blessé, le claviériste va danser dans la foule et le chanteur invite les spectateurs à monter sur scène. Ça, les gars de la sécurité ne l’ont pas vu venir… Un petit chaos, comme tout festival en a besoin.

Les vampires et le Phoenix

Alors que se couchait lentement le soleil, Vampire Weekend et Phoenix ont livré un doublé colossal. Les Américains ont offert une prestation solidement ficelée, bourrée de chansons fédératrices et pimpantes telles Diane Young, A-punk, Cape Cod kwassa kwassa et Oxford coma qui demeurent gravées dans votre mémoire. Et le chanteur Ezra Koenig, il sait désormais s’adresser à une foule.

Les vampires ont quand même été doublés sur la droite par Phoenix, un groupe qui semblait presque trop pop pour être de l’affiche d’Osheaga. Les Français qui chantent en anglais ont cartonné, comme on dit dans l’Hexagone. Ouverture dynamitée avec Entertainment et enchaînement de titres (Lisztomania, Run run run) où s’entremêlent rock, électro et musique classique. Le chanteur Thomas Mars a même plongé dans la foule, afin de surfer sur les spectateurs. Le gros délire.

The Cure, la grande forme

Il ne restait plus qu’à Robert Smith, avec ses cheveux ébouriffés, son maquillage et son look gothique, de venir conclure avec ses collègues. Un grand show, celui offert par The Cure? Peut-être bien l’un des meilleurs du groupe depuis les années 1980.

Smith était en voix, il était habité et on lisait son âme en regardant ses yeux sur les écrans géants. Quant à la cohésion du groupe, elle était soudée comme jamais. Les livraisons de Pictures of you, In between days, A forest, Just like heaven, pour ne nommer que celles-là, étaient renversantes. Cela contrastait avec la production scénique dépassée, c’est-à-dire, la projection d’une image du groupe dans un plan fixe sur écran. Risible, en 2013. Mais nous n’étions pas là pour ça.

The Cure était dans la dernière ligne droite et enchaînait The lovecats et autres Close to me, quand, durant Boys don’t cry, à 23 h 03, les techniciens ont coupé l’alimentation des haut-parleurs. À une minute près, on aurait peut-être pu permettre à The Cure de terminer leur chanson, non? La foule s’en est chargée, en chantant jusqu’à la fin.

Sans cet impair de la onzième heure (c’est le mot…), cette journée aurait été parfaite. Mais la perfection n’existe pas, tout le monde le sait. Deuxième service dans quelques heures.