Blogue de Philippe Rezzonico

Paul McCartney, le conquérant

mercredi 24 juillet 2013 à 4 h 04 | | Pour me joindre

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Paul McCartney, une fois de plus, a triomphé sur les plaines d’Abraham. Photo AP

QUÉBEC – Cinq ans après son triomphe à Québec lors du 400e anniversaire de la fondation de la ville, Paul McCartney était de retour dans la capitale québécoise, mardi, pour présenter sa tournée Out there. La production était toute neuve, le répertoire, grandement modifié, le contexte, fort différent, mais Sir Paul a encore une fois conquis les plaines d’Abraham.

Combien étions-nous? Beaucoup moins que les estimations de 200 000 spectateurs ou plus de 2008. Normal, le spectacle était cette fois payant. Le promoteur local 3E n’avait d’ailleurs mis que 70 000 billets en vente, et ils n’ont pas tous trouvé preneur. Qu’importe, le gardien du panthéon des Beatles a su satisfaire le grand public, ses amateurs de longue date et il a salué au passage les victimes de Lac-Mégantic.

Il est encore phénoménal, McCartney, en dépit de ses 71 ans. Enjoué, dynamique et charmeur, il est d’une vitalité hors du commun. C’est quand même incroyable de le voir hurler comme un jeune homme durant Helter skelter au deuxième rappel et d’interpréter Maybe I’m amazed au piano, tel un possédé. Parfois, sa voix commence à afficher son âge. Ce fut le cas durant All my loving ou Here today, la « conversation inachevée avec John ». Mais il tient encore la route.

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Arrivé sur scène à 21 h 15 dans sa longue veste bleu marine, McCartney a amorcé sa généreuse prestation avec une pétaradante version de Eight days a week, une chanson qu’il n’avait chanté qu’une fois avec les Beatles avant cette tournée de 2013. Mesurez l’écart… Ce fut le coup de départ d’une demi-heure dynamitée qui comprenait Junior’s farm (vivifiante) Let me roll it (puissante) et une abrasive Paperback writer. Toute une entrée en matière.

Le spectacle boni

Mais la vraie entrée en matière, c’est peut-être bien durant le test de son qu’elle est survenue. Avec McCartney, cette obligation technique devient un spectacle en soi.

Durant 45 minutes en début de soirée, Sir Paul a aligné les Blue suede shoes et It’s so easy qui l’ont influencé dans sa jeunesse, il a offert une reprise de Honey don’t enregistrée jadis par le Fab Four et livré de formidables tubes des Beatles (Penny lane, I’ll follow the sun) et des Wings (Jet, Let’em in, Every night). Chemise blanche, cravate noire dénouée, jeans, basse, guitare, piano et ukulélé : McCartney s’amusait comme un gosse sous le soleil.

Dans un aréna, cet exercice n’aurait été qu’un immense privilège pour quelques invités et une poignée de membres des médias, comme ce fut le cas à Ottawa, il y a deux semaines. Mais en plein air, avec un tel volume de son, une bonne partie des milliers d’amateurs qui attendaient derrière la grande scène pour accéder au site ont pu entendre les chansons. Au total 14 titres, dont 11 qui n’étaient pas compris dans le « vrai » spectacle. Immense cadeau.

Le catalogue sans fond

Des cadeaux de ce genre, le Britannique en avait beaucoup dans sa valise. Dans des conditions climatiques idéales, il a offert un spectacle ou plus de la moitié du répertoire était différent de celui de 2008. Qui plus est, il a extirpé des titres peu ou jamais joués auparavant. Dans un français un peu hésitant mais charmant, McCartney n’a cessé de noter que telle ou telle chanson était interprétée pour la première fois à Québec. Il a même joué Ram on qui n’était pas au programme…

Du lot, Your mother should know, soutenue par les notes des ivoires du fameux piano multicolore, Lovely Rita (absolument magnifique), All together now (rassembleuse) et Being for the benifit of Mr. Kite, ont touché des cordes sensibles chez les amateurs, à en juger par leurs applaudissements nourris. Logique, les chansons ont été gravées par les Beatles pendant qu’ils s’étaient cloîtrés dans un studio. Les spectateurs mesuraient la chance de les entendre pour une toute première fois.

Mais McCartney n’oublie jamais l’essentiel : ses succès légendaires et les gens. À Québec, on peut même parler de sa « gang »! Il fallait voir ce couple dans la force de l’âge s’embrasser comme des adolescents passionnés durant And I love her, ces milliers de gens chanter Yesterday comme si leur jeunesse repassait pour un instant et cette foule taper des mains pour battre la mesure de Ob-la-di, ob-la-da.

Et que dire du chant fédérateur durant Something, avec les images de George Harrison sur les écrans verticaux géants de 75 pieds, et de cette liesse collective pendant Hey Jude, quand quelque 50 000 personnes (estimation personnelle) avaient les bras en l’air. Frissons garantis.

Tout comme lorsque McCartney a dit dans un français impeccable : « Je veux dédier cette chanson aux gens de Lac-Mégantic », avant d’interpréter Let it be. Là, tout le monde a craqué. McCartney avait offert 1000 billets aux sinistrés de Lac-Mégantic et 900 personnes ont accepté l’offre.

Et l’ami Paul aime aussi satisfaire un fan unique dans sa collectivité d’admirateurs. Il avait repéré l’adolescente qui brandissait une pancarte sur laquelle était écrit : « Je veux un câlin pour mon anniversaire .» La jeune fille de 14 ans a été invitée à monter sur scène au rappel, et McCartney l’a prise dans ces bras avant de lui chanter Birthday.

Et il y a eu aussi au menu une frénétique Back in the USSR, une galopante Get back, et l’explosive Live and let die (pétards assourdissants et éléments pyrotechniques en prime). Tellement de bombes, au sens propre et au sens figuré du terme, que lors du trio final tiré d’Abbey Road (Golden slumbers/Carry that weight/The end), les premières gouttes de pluie se sont fait sentir, comme si McCartney venait de crever les nuages. Mais Paul était déjà dans son véhicule quand le déluge nous est tombé sur la tête…